Le livre de Ruth, une voie de relèvement pour Israël
Ruth, Boaz et Noémie ouvrent une fenêtre d'espoir au cœur de l'anarchie des Juges, et la fuite à Moab est analysée comme une faute à réparer.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Moïse, Samuel et la question du pouvoir en Israël, 16 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chers téléspectateurs, shalom, nous sommes heureux de vous retrouver en cette veille de Chabbat Bamidbar et, bien sûr, en cette veille de fête de Chavouot. Je suis heureux de faire cette émission en compagnie de mon ami Rav Yoël ben Aroch. Shalom Yoël. Shalom Oubracha, mon ami. Nous allons donc parler, si vous le voulez bien, de ce que nous allons lire aussi pendant Chavouot et qui accompagne cette fête chaque année: le livre de Rout.
Il se situe à l'époque des Choftim, mais nous ne le trouvons pas dans les Neviim, ni dans le livre des Choftim lui-même. Nous le retrouverons parmi les hagiographes. Alors Yoël, l'époque de Rout s'est déroulée, be'yemei choftim, à l'époque des juges. On a véritablement l'impression d'une anarchie. Est-ce peut-être la raison pour laquelle Rout est à part ?
Parce que lorsque l'on découvre le livre de Rout et les personnages qui le composent, je parle de ces héros emblématiques comme Rout, comme Boaz, comme Noémie, ils ont fermement l'intention de nous redonner confiance face à une époque où l'anarchie règne. Et quand je dis l'anarchie, c'est bien justement qu'on était incapable de juger ses juges. Le rôle des juges est de rendre la justice, mais il n'y avait pas de justice pouvant être rendue, parce que les justes, tu te rappelles, nous l'avons étudié ensemble dans une certaine littérature, n'étaient pas ajustés, c'est-à-dire qu'ils n'étaient pas à leur place.
Le meurtre empêche la société d'être à sa place, l'idolâtrie de la même manière, etc. Et puis, tout d'un coup, on a mis à part Rout, Boaz et Noémie, comme pour venir nous dire que, malgré cette généralité dans l'événement, qui pourrait ouvrir un certain pessimisme, voici qu'il y avait encore parmi nous des gens dans lesquels était insufflé le souffle de la vie, et dont l'amour permettait à Israël de résister à toutes les turbulences de l'histoire.
Tout à fait. Mon cher Rony, tu sais bien que la fête de Chavouot a été reliée, d'une manière incompréhensible au départ, à cette Méguilat Rout. Le Rav Kook, d'ailleurs, dit qu'on ne pouvait pas supporter le monde, qu'il n'aurait pas pu supporter la lumière de Chir HaChirim. C'est pour cela que cette grande lumière de Chir HaChirim a été cachée à l'intérieur de la Méguilat Rout.
Pourquoi ? Tu as cité le premier verset. Les sages nous donnent une règle générale: dès que l'on commence par Vayehi, il y a quelque chose de l'ordre de la tristesse, du mal, de la déchéance. Vayehi, chon tsahar. Pourquoi tsahar ? Parce que justement, si la racine d'Israël, qui a reçu la Torah au mont Sinaï, n'est pas capable de se structurer avec les valeurs intrinsèques de la Torah, c'est comme s'il y avait eu un certain ratage.
Et à l'intérieur de ce ratage, la Torah nous ouvre une fenêtre, le Tanakh nous ouvre une fenêtre sous la forme de ces personnages, Rout, Boaz, Noémie, pour nous montrer qu'en réalité il est encore possible d'arranger les choses. Il y a encore une fenêtre ouverte sur l'optimisme, sur le lendemain. Et c'est avec cette racine renouvelée de l'amour que nous allons reconstruire le peuple tout entier.
Il est intéressant de constater qu'il y a quand même dans le texte une note discordante, assez probante. Je veux parler d'Élimélekh, de Mahlon et de Kilyon, ces gens qui apparemment étaient des notables de Bethléem, et qui, en tout cas pour Élimélekh, avaient une responsabilité collective. Ils se sont enfuis d'Israël pour des raisons totalement matérielles et se sont réfugiés dans le pays de Moab.
Ce qui, bien sûr, ne va pas tarder à entraîner, comme dit la guemara, que l'on ne peut pas rentrer chez le tanneur et en ressortir sans odeur. Raison pour laquelle les deux enfants vont épouser des princesses moabites. Élimélekh va être, comment dire, condamné et mourir, laissant Noémie veuve. Les deux enfants, Mahlon et Kilyon, vont être touchés un peu à la manière de Job, c'est-à-dire dans leur bien matériel, leur terrain, leur troupeau, etc., jusqu'à ce que, n'ayant toujours pas compris le message envoyé par l'Éternel, ils disparaissent.
Il y avait là un message qui était aussi très important. Quitter Erets Israël, le Rambam l'interdit, sauf pour des raisons qui n'ont plus cours aujourd'hui, comme le mariage, la parnassa ou l'étude de la Torah, puisque l'Israël d'aujourd'hui, souverain, est capable d'offrir tout cela. Mais il dit à un moment donné, dans Hilkhot Mélakhim, que ce n'est même pas une mesure de tsidout, de piété, que de quitter cette terre.
En fin de compte, la note discordante est de ce côté-là. Malgré tout ce qu'on va nous montrer qui est capable de redresser l'histoire, dans son introduction il y a cette présentation de l'anarchie qui règne sur la terre d'Israël, et puis, face à cette anarchie, les responsables s'enfuient. Ils y perdent leur vie, et ce sont des personnages tout à fait présents dans notre quotidien qui vont être capables de relever le défi de l'histoire.
J'ai l'impression, dans ce que tu décris ici, que le fond du problème nous est aussi placé devant les yeux. Nous sommes obligés de voir le fond de ce problème. Le fond du problème, c'est en réalité de ne pas savoir gérer les problèmes, même lorsqu'ils se trouvent sur notre terre en tant que nation. Il ne s'agit pas de venir sur la terre et de rester en fait dans l'individualité.
Notre déplacement, notre sortie d'Égypte pour arriver en terre d'Israël et nous établir en tant que nation, cela prend 480 ans. Cela veut dire que pendant 480 ans il va falloir réapprendre à devenir la nation que nous sommes dans notre structure intérieure. Tant que cette nation n'est pas élaborée, tant qu'elle n'apparaît pas réellement, les gens restent au niveau de l'individualité. Et chaque fois qu'il y a un problème, on quitte la terre d'Israël pour aller s'établir ailleurs.
C'est-à-dire qu'on ne sait plus faire la part des choses. On a l'impression que là-bas, à Moab, nous allons retrouver quelque chose. Et ce n'est pas par hasard que c'est Moab, car Moab vient du mot av, le père. On a l'impression qu'on revient vers papa. Vers maman. Il y a quelque chose de l'ordre du trouble psychologique, il y a en fait un complexe d'Œdipe: à chaque fois qu'il y a un problème, nous allons voir maman et papa. On repart à Moab, on repart vers la faute.
Alors qu'il aurait fallu s'installer, créer la nation, avec toutes les difficultés que cela comporte, pour pouvoir gérer cela. Donc cette note discordante, en réalité, Boaz va pouvoir la rétablir. Regarde son nom: Boaz, la force est en lui. Le oz est en lui, la ouzi est dans ses mains. C'est-à-dire qu'il y a un retour vers le nationalisme, vers la guevoura, vers la force de la nation d'Israël.
Je crois que Noémie, par rapport à ce que tu as dit tout à l'heure, c'est-à-dire la fuite d'Élimélekh vers Moab, fait le chemin totalement inverse, alors qu'elle n'y est pas obligée. Lorsque Élimélekh et les enfants sont morts, Noémie se retrouve dans une situation où elle dit à ses brus: vous pouvez retourner …
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Ce cours fait aussi partie de la série « Rav Rony Akrich, en direct du Machon Meir ».
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