Abraham, Josué, David, Mordekhaï : les quatre monnaies
Le midrash des quatre monnaies frappées par des héros bibliques et ce qu'elles révèlent de leur caractère.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le prieur qui supplie : Samuel et Jérémie dans la Bible, 58 min
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Mes chers amis, bonjour. Aujourd'hui, je vous emmène dans un livre écrit par Abraham Epstein, André Neher et Emile Seban, aux éditions Albin Michel, il y a plus de 45 ans. Ce livre est un recueil de textes rabbiniques traduits et commentés. Si vous le voulez bien, je vous emmène dans l'un de ces textes très intéressants. Quatre héros bibliques ont frappé monnaie, imposant ainsi le sceau de leur personnalité au monde entier.
Abraham d'abord, puisque Dieu lui dit: « Je ferai de toi un grand peuple ». Comme un grand peuple, Abraham a frappé monnaie. Et quelle était l'effigie de la monnaie d'Abraham ? Eh bien, un couple de vieillards sur l'une des faces, un couple d'adolescents sur l'autre. Ensuite, Josué, dont le texte biblique dit: « Dieu fut avec Josué, dont le renom s'étendit à toute la terre ». Toute la terre accueillait sa monnaie, qui portait pour effigie un taureau sur l'une des faces, un buffle sur l'autre.
Puis David, dont le texte dit que le nom de David se répandit sur tout le pays, sur tous les pays: c'est donc qu'il frappait monnaie. Et quelle était l'effigie de sa monnaie ? Une houlette et une besace sur l'une des faces, une tour sur l'autre, la tour de David mentionnée dans le Chir HaChirim, le Cantique des Cantiques. Enfin, Mordechai, car Mordechai était grand à la cour et sa renommée s'étendait à toutes les provinces, parce qu'il frappait monnaie. Elle portait une effigie: le sac et la cendre sur l'une des faces, la cour en or sur l'autre.
Ce texte est une traduction littérale du midrash Rabba, de Bereshit Rabba. Ce midrash est éloquent, écrivent nos chers auteurs, par lui-même, et l'on comprend aisément qu'il a été négligé par les commentateurs. Nous voudrions toutefois dirigeait la réflexion vers un important détail: le dénominateur commun aux quatre héros bibliques mentionnés dans le midrash, Abraham, Josué, David et Mordechai.
La monnaie d'Abraham, avec son couple de vieillards et son couple d'adolescents, soulignait la coïncidence en Abraham de l'identité interne de la jeunesse et de la vieillesse. Tout enfant, Abraham avait déjà l'esprit et la pondération de l'homme mûr. Rebelle aux fantaisies et aux caprices de la jeunesse, Abraham, encore jeune, disposait déjà d'une sagesse et d'une expérience que l'on ne trouve d'ordinaire que chez les vieillards. Inversement, la vieillesse n'estompait pas en lui le courage et la vigueur juvénile. Il continuait à disposer pleinement de l'énergie qui lui permettait de poursuivre sans relâche et jusqu'au bout l'œuvre centrale de sa vie, la lutte contre l'idolâtrie.
Ainsi, en Abraham, ces deux principes contradictoires que sont la vieillesse et l'adolescence s'harmonisaient avec bonheur, et c'est le monde entier qui cueillait les fruits et la bénédiction de ce bonheur. Passons, si vous le voulez bien, à celui qui venait du territoire d'Ephraïm et que l'on appelait Josué.
À Josué devait revenir la bénédiction que Moshé avait accordée à Yaakov: à ce premier-né revient la splendeur du taureau, et ses cornes sont celles du buffle. Or qu'est-ce que la splendeur du taureau, sinon la démarche paisible et harmonieuse de cet animal lorsqu'il tire la charrue pour tracer le sillon ? Tel était bien Josué, le disciple de Moshé, traçant le sillon dans l'esprit de son maître. Mais lorsque les circonstances l'exigeaient, voici qu'à ce premier-né revenaient les cornes du buffle. À Jéricho, par exemple, lorsque l'interdit est violé, ou bien lorsque sont attaqués les Gabaonites qu'il avait juré de mettre sous sa protection, Josué intervient avec l'énergie d'un buffle: il livre au châtiment le parjure de Jéricho et livre bataille aux adversaires des Gabaonites.
Troisième personnage, David. Il n'a pas hérité la couronne de son père. Il a d'abord été berger, puis nomade, et n'avait pour tout patrimoine que les attributs du nomade, la houlette et la besace. Mais c'est cette route qui l'a mené au sommet, au sommet de la royauté, à Yerouchalaïm, la capitale éternelle. Et c'est précisément cette route qui l'a équipé pour exercer, à Jérusalem même, le droit et la justice.
Ayant expérimenté dans sa propre chair les aventures difficiles de la vie, David, devenu roi, n'a pas oublié les humbles et les pauvres. Enfin, la réaction de Mordechai devant le décret cruel et inique d'extermination des Juifs n'a pas emprunté les voies discrètes de l'intervention diplomatique. Mordechai n'a pas cherché à placer un voile pudique sur la brûlure de la souffrance. Au contraire, faisant fi de toutes les règles des convenances, il a déchiré ses habits de notable, s'est couvert d'un cilice et de cendres, et a parcouru publiquement les rues de la capitale en criant à haute voix sa douleur et celle de son peuple. C'est pour cela qu'il a mérité de porter la couronne royale.
Heureux le peuple dont les chefs ont su concilier en leur personne, lorsque les circonstances l'exigeaient, des tendances contradictoires. Nos textes ne disent-ils pas que Dieu lui-même apparaît à la fois comme un sage dans la yeshiva et comme un héros sur le champ de bataille ? Telle nous paraît la doctrine authentiquement juive, je dirais même hébraïque. Heureux l'homme dont la jeunesse est déjà gonflée du sérieux et de la maturité, et que la vieillesse n'empêche pas de poursuivre énergiquement la vocation de son existence.
Heureuse la génération dont le chef, issu des milieux les plus humbles, a connu l'amertume des tribulations. Et heureuse la génération possédant un chef que la souffrance de son peuple projette bien au-delà des vanités de la bienséance, un chef qui sait, au moment de la détresse, partager publiquement, face aux puissants de la terre, l'humiliation de son peuple.
Voilà, j'espère que ce texte et cette découverte des quatre monnaies frappées au nom de ces personnages bibliques si célèbres vous ont donné un moment de réflexion sur les raisons de ces monnaies. À bientôt, depuis Jérusalem, pour Meir TV. Shalom, shalom.
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Ce cours fait aussi partie de la série « Rav Rony Akrich, en direct du Machon Meir ».
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