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Qui peut transmettre la Torah : le critère du malakh

Savoir ne suffit pas : le maître doit être un ange d'Hachem, irréprochable dans sa conduite, selon le Talmud et Maïmonide.

15 min

Rav David Partouche

Ensuite : La Torah comme nature qui ne doit pas étouffer l'être, 16 min

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Shalom à tous. Nous allons parler aujourd'hui des qualités requises pour celui qui va nous transmettre la Torah. Nous savons que, de génération en génération, la Torah s'est transmise de rabbin à élève, de rabbin à élève. Nous voulons savoir ce que la Torah recommande à celui qui doit la transmettre.

Lorsqu'on pose cette question aux personnes qui réfléchissent à ce genre de problème, elles répondent en général que la première qualité, pour être celui qui va nous transmettre la Torah, est d'être le grand Rav, le grand de sa génération. Cette première qualité serait qu'il soit doté d'une intelligence tout à fait particulière, hors normes. En effet, il y a énormément de problèmes à résoudre dans la Torah, des textes compliqués à comprendre et qui ne sont pas donnés à tout le monde. Forcément, celui qui va enseigner la Torah aux générations doit posséder une intelligence particulière pour arriver à comprendre les détails, les finesses et la grande sagesse de cette Torah.

La deuxième qualité que les personnes diront est la suivante. Celui qui doit transmettre la Torah doit connaître toute la Torah. Pour cela, il faut avoir une mémoire phénoménale. Il ne s'agit pas de se rappeler ce qu'on a un peu étudié, ou des commentaires qu'on a un peu lus. Il faut une connaissance vaste, et pas seulement profonde de la Torah, mais une connaissance dans tous les domaines de la Torah. Imaginez qu'une personne connaisse un domaine particulier et qu'elle ignore les autres: elle peut alors commettre des erreurs.

Les personnes diront donc: celui qui va transmettre la Torah doit être doté d'une intelligence hors normes et, deuxièmement, d'une grande mémoire. La question est de savoir si c'est tout, et si cela suffit pour avoir le droit de transmettre cela aux générations.

Nous allons voir un texte extrait du traité Moed Katan, dans le Talmud de Babylone, et quels sont les critères exigés pour celui qui va enseigner la Torah. La Guemara nous rapporte le cas suivant. Il y avait eu de mauvaises rumeurs sur un Rav qui enseignait à la yeshiva, dans la maison d'études. Le dirigeant de cette yeshiva, Rav Yehouda, s'est posé la question: lishma, lo lishma, faut-il l'excommunier ou non ? Cet enseignant s'était mal comporté. La Guemara ne dit pas en quoi il s'était mal comporté, mais on sait que ce n'était pas une personne convenable.

Le Rosh Yeshiva, celui qui était à la tête de cette maison d'études, s'est véritablement demandé ce qu'il fallait faire d'une personne comme celle-là. A-t-on le droit moral de la laisser continuer à enseigner ? Il a dit: si on l'excommunie, il va y avoir un grand problème dans la yeshiva. Pourquoi ? Parce que les sages qui sont venus étudier dans cet endroit ont besoin de l'enseignement de cet homme. S'il part, parce qu'on l'aurait excommunié à cause de son mauvais comportement, alors on aura une perte au niveau des connaissances de la Torah. Lui seul est capable de comprendre ce qui est permis et interdit dans tel domaine, c'est sa spécialité. Si on le perd, il nous manquera des connaissances dans la Torah.

Mais de notre côté, dit Rav Yehouda, si on le laisse enseigner dans cette yeshiva, que diront les gens ? La Torah transmise par une personne si peu convenable, comment est-ce possible ? C'est un khiloul Hachem, dit Rav Yehouda, une profanation du Nom divin.

À côté de lui se trouvait un autre Rav, Rabba Bar Bar Hanna, comme le dit le texte. C'était un Rav tout à fait particulier. De quelle époque parlons-nous ? D'environ l'an 250. Il y avait deux parties du peuple d'Israël. Une partie était restée en Erets Israël, dans le nord du pays, à Tibériade et plus au nord, sous occupation romaine. L'autre partie habitait la Babylonie. Là-bas, des juifs étudiaient la Torah dans de grandes yeshivot, de grands centres d'études, de grandes maisons d'études, de grandes écoles talmudiques, dont Rav Yehouda faisait partie.

Il y avait un Rav qui faisait les allers-retours entre la Babylonie et Erets Israël, pour aller écouter les enseignements d'un grand Rav, Rabbi Yohanan. Celui-ci enseignait dans la ville de Tibériade. Pourquoi Tibériade ? Parce que, depuis plusieurs années, les Romains avaient permis d'étudier la Torah dans cette ville, et avaient baissé les impôts. Nous avons pu ainsi développer la Torah. C'est là-bas qu'a été écrite la Michna par Rabbi Yehouda Hanassi.

Un homme venait chaque année, ou une fois tous les cinq ans, entendre l'enseignement transmis en Erets Israël dans les maisons d'études, pour le rapporter en Galout, en Babylonie. Rav Yehouda savait que Rav Abraham connaissait les enseignements donnés en Erets Israël. La question était de savoir si, peut-être, on avait en Erets Israël la solution à ce problème: un Rav non convenable a-t-il le droit de continuer à enseigner et à transmettre à ses élèves ?

Rav Yehouda se tourne donc vers Rav Abraham et lui demande: « As-tu entendu un enseignement à ce sujet, toi qui vas en Erets Israël, toi qui vas apprendre chez les rabbins d'Erets Israël ? » La réponse de Rav Abraham est stupéfiante. « En effet, dit-il, bien sûr que j'ai entendu cette loi, de Rabbi Yohanan lui-même, qui enseignait à Tibériade. Et Rabbi citait, pour fixer la halakha, le verset du prophète Malachie. »

Le prophète Malachie dit: on doit apprendre la Torah du Kohen, du prêtre, car c'est lui qui concerne la loi de Dieu, car c'est un ange du Dieu des armées. De ce verset, Rabbi Yohanan enseignait que toute personne qui va enseigner la Torah, qui va la transmettre aux générations, qui va être le grand de la génération, celui qui va influencer les générations et attacher les générations à la Torah, doit ressembler au Malakh Hachem. Malakh, c'est un ange, un ange de Hachem.

Quelle est la première qualité d'un ange ? D'avoir des midot tovot, des vertus parfaites, un caractère parfait, un comportement parfait. Seule une personne qui aura un comportement parfait pourra transmettre la Torah aux générations futures.

Qui doit transmettre la Torah ? Doté d'une intelligence ? Bien sûr. Doté d'une mémoire phénoménale ? Bien sûr. Mais la base de tout, ce qui peut faire véto chez une personne, même si elle a une intelligence incroyable, une connaissance incroyable de la Torah, même si elle connaît des sujets que personne d'autre ne connaît, c'est de savoir si cette personne est un ange.

Maïmonide, presque mille ans plus tard, écrira dans sa codification de la loi juive: si un Rav ne se comporte pas bien, même si tout le peuple d'Israël a besoin de sa connaissance, nous n'avons pas le droit d'écouter son enseignement. Pourquoi ? Parce que la Torah n'exige pas seulement des connaissances, pas seulement du savoir. Elle demande une personnalité de Torah, une personne bonne selon la Torah, un homme.

Les élèves d'Aristote étaient allés voir leur maître, doté d'une intelligence phénoménale et d'une mémoire phénoménale. Leur maître avait décidé d'écrire un livre, Éthica, sur la morale, sur l'éthique. Ses élèves ont découvert qu'il était très corrompu dans ses mœurs, qu'il ne se comportait pas comme il fallait. Ils sont …

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