La relation de couple selon la Genèse, de la solitude à la rencontre
Pourquoi la solitude de l'homme rend le monde mauvais, et comment le couple lui redonne son sens.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Qui était Rabbi Nahman de Breslev, 2 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom. Est-ce que le monde dans lequel nous vivons est un monde où il est bon de vivre, ou un monde dans lequel il ne fait pas bon de vivre ? A priori, quand on lit la Torah, nous avons une réponse très simple: Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et il vit que c'était très bien. Sans parler d'ailleurs de tout ce qui s'est passé dans les autres jours. Le premier jour, la Torah nous dit: Dieu vit que c'était bon.
De même pour le troisième jour, où on le dit deux fois, puis le quatrième, le cinquième, le sixième. On voit donc toujours que la Torah, a priori, semble être optimiste. Et pourtant, il y a sur cette terre des hommes qui ont une conception pessimiste du monde. Quand on leur demande: « Alors, comment ça va ? » — « Oh, ça va mal. » — « Et comment ça ira ? » — « Oh, ça ira pire. » — « Et qu'est-ce que tu penses de l'ensemble du monde ? » — « Ça ne vaut pas la peine. »
C'est très intéressant: on peut voir cela même dans la philosophie, dans les mystiques. Il y a des mystiques pessimistes, des philosophies pessimistes, des gens qui considèrent que le monde est mauvais. Et c'est en contradiction flagrante avec ce que nous dit la Torah, à savoir que le monde est bon. Cette opposition est tellement forte qu'on se demande: n'y aurait-il pas, dans la Torah, malgré tout, une indication de la possibilité de considérer que le monde va mal ? Eh bien, en cherchant un peu, en feuilletant la Torah, on voit que dans le deuxième chapitre de Béréchit, de la Genèse,
au verset 18, si je ne me trompe, la Torah dit expressément que le monde entier, avec tout ce qu'il contient, tout ce qu'il y a dans le monde, tout cela est mauvais. Ça vous surprend peut-être, mais c'est écrit en toutes lettres: « Et l'Éternel Dieu dit: ce n'est pas bien. » Remarquez à quel point cette expression est forte. Quand on dit que quelque chose est mal, en hébreu, c'est ra. Ça ne veut pas dire que dans le mal il n'y a pas aussi un peu de bien. Mais si je dis lo tov, ce n'est pas bien, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun bien. C'est le mal absolu.
Et quelle est la raison pour laquelle la Torah nous dit que tout va mal ? Tout simplement: lo tov heyot ha-adam levado, « il n'est pas bon que l'homme soit seul ». C'est la solitude qui fait que le monde entier perd toute sa joie, tout son sens, tout son bien. Et cette solitude est une solitude terrible: l'homme est seul dans le monde, et donc le monde n'a plus de sens.
Si on le précise un peu: l'homme, si l'on veut, est le couronnement de la création, l'aboutissement de l'œuvre de Dieu. Et l'homme est capable de tout connaître. C'est quelque chose d'extraordinaire: il est doué de connaissances. Mais il y a une seule créature que l'homme ne peut pas connaître, et cette créature, c'est lui-même. Or c'est quelque chose d'absolument terrible: être doué, être le seul être de la création doué de connaissances, et finalement ne pas pouvoir se connaître soi-même. Vous comprenez l'absurde de la chose, ce qui fait que la création tout entière ne valait pas la peine.
Et la Torah donne la solution. Elle nous dit: je vais le couper en deux, pour qu'il puisse se connaître. Il va pouvoir se regarder, et alors il va faire la connaissance de lui-même, et c'est comme ça que finalement le monde va retrouver son sens. Vous voyez donc à quel point la vie de couple est importante du point de vue de la Torah, en tant que moyen de donner un sens à la vie, de donner un sens à tout l'être dans son ensemble.
On peut se demander: cet homme qui était seul, dont nous parle la Torah, c'était quoi ? Est-ce qu'il s'agit d'un masculin ou d'un féminin ? En fait, la Torah nous réserve bien des surprises, puisque dans la création du premier homme, il est déjà dit qu'il était fait mâle et femelle, zakhar ou nekeva. Donc l'homme dont il est question, quand la Torah nous dit qu'il est tout seul, ce n'est pas un homme qui ne serait pas homme et femme. Au contraire, le couple existe déjà. Mais c'est un couple qui se connaît à l'état de nature, un peu à la manière des animaux: un chat et une chatte, M. Girafe et Mme Girafe, M. Zèbre et Mme Zèbre.
Alors il y a M. Homme et Mme Homme. On peut dire, de certains points de vue, que cela ne signifie rien pour les hommes. Pour les animaux, être en vie de couple permet la reproduction; c'est sympathique, cela fait partie de la nature. Mais l'homme a une exigence de quelque chose de beaucoup plus grand: il a l'exigence de la connaissance. Donc le fait d'être zakhar ou nekeva, mâle et femelle, ne donne pas encore un sens à la vie. On peut dire à la limite que c'est une fonction naturelle, comme toutes les autres fonctions naturelles de l'homme.
Il faut donc vraiment couper l'identité humaine en deux parties, la partie masculine et la partie féminine, et la Torah nous raconte la manière dont cela a été fait. Elle nous représente une sorte d'opération chirurgicale: l'homme est coupé en deux. On a l'habitude de traduire le mot hébreu tsela par « côte », mais Rachi nous dit que le sens préférable est « côté », dans le sens de un côté comme de l'autre côté. Si on veut dire que l'homme originel aurait été dédoublé, il est devenu un côté homme et un côté femme.
Et là, l'expression employée par la Torah n'est plus zakhar ou nekeva, c'est la relation Ich–Icha. Et la relation Ich–Icha implique une réflexion intellectuelle. L'homme va dire: maintenant, nous sommes Ich et Icha. Zot happaam ètsem mè‘atsamaï ouvassar mibassari: un os de mes os, de la chair de ma chair. C'est cela qui va donner le couple Ich–Icha: la capacité de comprendre qu'en dehors de moi, il y a quelque chose d'autre. Je ne suis pas simplement un homme, il y a en dehors de moi une femme; je ne suis pas simplement une femme, il y a en dehors de moi un homme. Et c'est là que commence la connaissance.
Mais on se rend compte, à la lecture du texte, de quelque chose d'assez surprenant: c'est justement après avoir réussi le premier couple que va naître le péché. C'est là qu'il va y avoir la consommation du fruit défendu. Et cela pourrait entraîner un nouveau pessimisme: la vie de couple entraîne le péché, donc peut-être que cela ne vaut pas la peine, et qu'il vaudrait mieux rester célibataire. Et effectivement, c'est ce qu'a prétendu le premier homme quand il a accusé sa femme d'avoir été la cause du péché …
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