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L'éducation par la peau et le langage du corps

Pourquoi l'enfant se construit par le toucher, le regard et la parole, et comment les parents peuvent le relier à sa propre peau.

17 min

Dr. Michael Aboulafia

Ensuite : Toucher et ne pas toucher dans l'éducation, 4 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom ouvrakha. Nous allons parler aujourd'hui d'un principe très important dans l'éducation juive: revenir à la peau de l'enfant. Il faut savoir que cet espace, la peau, est l'espace le plus extérieur à la personnalité de l'enfant, et qu'il est aussi le plus éloigné de sa néchama. Mais c'est en fait le réceptacle capable de contenir la néchama, l'âme qui est à l'intérieur. Il faut donc comprendre que cette peau doit être d'une énergie plus élevée que la néchama. Pour éduquer l'enfant, on doit arriver à ce point qui est extérieur, mais qui est beaucoup plus intérieur que l'intérieur.

Ce que j'entends par là, c'est que tous les travaux de la psychologie, même moderne, ont compris aujourd'hui que, pour traiter, la période des paroles est en partie révolue. Les paroles sont importantes, mais elles n'atteignent pas les points très essentiels.

Aujourd'hui, on parle beaucoup de travail avec la peau. Avec beaucoup de techniques nouvelles, comme les techniques par le dimaïon, par l'imagination, toutes ces techniques viennent nous aider à retrouver la personne telle qu'elle est au niveau de sa peau. Par exemple, un enfant a besoin qu'on le caresse. Caresser, toucher la peau de l'enfant, non pas de façon où je m'impose à lui, mais de manière à lui donner une place dans son corps.

Un enfant a besoin qu'on lui fasse des massages, qu'on l'embrasse, qu'on lui fasse des câlins, qu'on le touche. Il a besoin d'être touché par nous, il a besoin d'être enlacé par nous. Si on arrive à le serrer dans nos bras et à lui donner une bonne impression de sa peau, il sera beaucoup plus facile de l'éduquer.

Il y a un psychanalyste très important qui s'appelle Ogden, qui a parlé de l'extrémité primitive de l'être. Et Guillaume a parlé du moi-peau, le moi qui se révèle dans la peau. Ce moi-là, il a dit que c'était un point où les paroles ne peuvent pas arriver: des expériences sensorielles qui sont antérieures à la parole. Il a appelé cela un point autiste, un point de toucher.

C'est pour cela qu'il y a des gens qui fument, qui boivent de l'alcool, qui se touchent la peau ou qui se font du mal à leur propre peau. Ils n'arrivent pas à se ressentir. C'est le cas, par exemple, de personnes qui ont vécu des expériences traumatiques. On va donc comprendre que le lieu de la réparation est au niveau de la reconnexion de la personne à sa peau.

On va parler du fait que la peau est reliée à la bouche. La bouche, qui est capable de bien parler ou de mal parler, est reliée à la peau. C'est par exemple ce que l'on trouve dans le judaïsme avec la metsora, la lèpre. On dit que la metsora, la maladie de peau, vient de la façon de bien ou de mal parler. Quel rapport y a-t-il entre la peau et la parole ? La parole est ce même passage entre l'intérieur et l'extérieur. La bouche est un muscle, ce sont des dents, une langue, mais elle révèle un contenu intérieur.

La peau est aussi ce point qui fait le passage entre l'intérieur et l'extérieur, entre l'âme et la réalité extérieure, entre la vérité et la réalité. Ces interfaces entre l'extérieur et l'intérieur, dans la pensée de la Torah, s'appellent malchout, la royauté. La malchout est cette même phase qui nous met en interface entre l'intérieur et l'extérieur. Il y a donc un lien entre la malchout qui s'appelle la parole et la malchout qui s'appelle la peau.

C'est pourquoi la violence, aujourd'hui, est surtout une violence par la parole. Beaucoup plus que les coups, les enfants se maudissent, se parlent mal, se frappent avec des mots. Même entre les couples, on s'aperçoit que la véritable violence d'aujourd'hui, c'est que le mari a décidé de ne pas parler à sa femme pendant trois jours, ou a décidé de lui parler mal, ou bien l'inverse: la femme parle mal à son mari. C'est un travail qui se répercute jusqu'à la peau de l'enfant.

Le point essentiel de l'éducation de l'enfant est le lien entre le père et la mère, puisque l'enfant a été créé par ce même lien. Le Chalom bayit, la paix du foyer, l'amour qui relie les parents, va être le véritable point d'ancrage spirituel, mais aussi sentimental et sensoriel, de l'enfant. C'est de là qu'il pourra grandir. Ou, à l'inverse, il pourra se sentir déphasé par rapport à ce qu'il est en lui.

Il y a une histoire dans la Guemara où Rav se promenait dans les cimetières et disait que 99 % des morts sont morts du mauvais œil, de la mauvaise parole; un seul est mort de mort naturelle. La plupart des gens qui sont morts le sont parce qu'on n'a pas su les voir de façon positive. Par exemple, on sait que la visite au malade retire un soixantième de la maladie. On imagine que soixante personnes viennent voir le malade, cela devrait normalement le soigner. Ce n'est pas comme cela, puisque chacun n'enlève qu'un soixantième, donc il reste toujours quelque chose. Mais ce que cela veut dire, c'est qu'il y a une très grande importance dans la manière dont on regarde l'enfant et dont on lui parle.

C'est ce qui va être en fait la substance de ton éducation. Qu'est-ce que tu lui dis quand il se lève le matin de son lit ? Qu'est-ce que tu lui dis quand il va se coucher le soir ? Qu'est-ce que tu lui dis quand il va à l'école, quand il en revient ? Ce que tu vas lui dire, ce n'est pas seulement le contenu de la parole, mais aussi la voix qui n'est pas dite, la voix du corps, la manière dont tu le touches: est-ce un toucher agréable pour l'enfant, est-ce un toucher qui respecte son corps ? Et tout cela commence par la manière dont toi, tu es avec ta propre peau, comment tu te considères face à toi-même.

Il y a donc deux forces qui élèvent l'enfant: une force qui s'appelle tselem, et une force qui s'appelle dmout. On dit que l'homme a été créé à l'image de Dieu. Tselem est un principe de conscience. Dmout est un principe de représentation intérieure. Sur le tselem, Rabbi Akiva dit dans Pirké Avot... C'est la force de la parole. L'enfant aura un grand sentiment d'être aimé parce qu'il a été créé par Dieu, mais il aura une conscience encore plus grande d'être aimé quand il prendra conscience qu'il a été créé par Dieu.

Le deuxième principe, dmout, est la représentation intérieure, la représentation corporelle. C'est la façon dont tu te vois de l'intérieur, le regard de papa et maman sur toi. Cette même façon dont tu as été vu, tu te vois être vu, et c'est ce qui va te créer ton monde visuel intérieur. C'est ce qu'on appelle le monde du dmout. La racine de dmout est aussi celle de dimouï atsmi, ton estime de toi-même. L'estime de soi ne passe pas seulement par la pensée, mais surtout par l'impression. Cette impression peut être modifiée par le lien …

Cours de Machon Meir

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