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Maïmonide : quelles parties de l'âme sont libres

Le Rambam distingue sens et émotions, libres, de la digestion et du rêve, qui ne le sont pas.

20 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Maïmonide, la prophétie et la morale juive, 19 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom. C'est aujourd'hui un grand jour, puisque nous ouvrons l'étude du deuxième chapitre des Chemonah Pérakim du Rambam, c'est-à-dire le traité des huit chapitres. Il est officiellement une introduction au Pirké Avot, au traité des Pères, et il est en fait un traité des fondements de la morale selon la tradition juive. Alors, de quoi s'agit-il ? Le premier chapitre nous avait bien fait comprendre que le Rambam (Maïmonide) a dit que l'être humain, l'âme, est unique. C'est-à-dire que nous sommes en fait faits d'une seule substance, et que cette substance se divise, non pas en parties, mais en actions différentes.

Il y a cinq manières d'agir en tant que personne sur Terre. Il y a la partie nutritive, c'est-à-dire tout ce qui est physiologique, qui appartient aux choses du corps et qui est étudiée par la médecine. Et puis il y a les cinq sens, ce qu'on appelle marguiche en hébreu. La troisième partie s'appelle médamé, la partie imaginative, qui comporte la mémoire et l'imagination. La quatrième partie, qu'on appelle mit horaire, ce sont les émotions, les sentiments. Et la cinquième partie, qu'on appelle la partie intellectuelle, en hébreu sékhel.

Je reprends: zan, marguiche, médamé, mit horaire et sékhel. Nutritif, sensitif, imaginatif, émotif et intellectuel. Ce sont les cinq parties, les cinq sortes d'actions que fait notre âme.

Dans le deuxième chapitre, le Rambam va nous parler d'un problème extrêmement important: savoir laquelle des parties de mon âme est véritablement libre. Pourquoi est-ce si important de le savoir ? Tout simplement parce qu'on ne peut pas parler de morale tant qu'il n'y a pas de liberté. Si on me dit: il est bien de faire telle chose, il est mal de faire autre chose, cela suppose que je suis capable de faire ou de ne pas faire. Si je n'ai pas le choix, il n'y a pas ici de considération d'ordre moral. Par exemple, un volcan n'est pas considéré comme méchant. Le volcan n'est pas coupable d'avoir fait irruption et d'avoir enterré quelques villages. De même, la pluie n'est pas à louer. On n'a pas besoin de féliciter la pluie d'avoir fait pousser le blé et de donner de la nourriture aux hommes.

On ne peut louer ou condamner que ce qui est véritablement libre. Si quelqu'un fait le mal, un homme fait le mal, alors on peut dire: tu n'aurais pas dû faire le mal. Tandis que s'il a fait le bien, on dit: c'est très bien, tu es méritant d'avoir fait le bien. Seulement, il est important de savoir quelles sont les actions pour lesquelles on peut être loué ou blâmé, et quelles sont les actions qui sont naturelles.

Par exemple, imaginez que, Dieu ne plaise, j'ai mangé un morceau de viande pas casher, par exemple un morceau de lapin, et qu'une fois que je l'ai mangé, il se trouve dans mon estomac. Est-ce que je suis coupable du point de vue de la Torah, si je le digère ou pas ? La réponse est que je ne suis pas coupable. Je n'ai aucun devoir, du point de vue de la Torah, de m'empêcher de digérer ce morceau de lapin. Tandis que ce que je n'ai pas le droit de faire, c'est de l'introduire dans mon tube digestif, parce que l'introduction de ce morceau de viande dans mon corps, c'est quelque chose que je peux maîtriser: le faire ou ne pas le faire. La digestion, c'est quelque chose que je ne peux pas empêcher.

De même, on ne peut pas me donner d'ordre, d'injonction, d'avoir telle rapidité de circulation du sang dans mes artères. Celle-ci est absolument impossible, ce n'est pas quelque chose que je peux dominer. Par contre, on peut me dire: il est interdit de voir telle chose, d'écouter telle parole, de sentir telle fumée, de goûter. C'est-à-dire que ce qui dépend des sens est libre.

Le Rambam juge qu'il est très important, et il a raison, de définir quelle est la partie de notre être qui est libre et quelle est la partie qui ne l'est pas. C'est-à-dire quelle est la partie de notre être qui est concernée par la morale, et quelle partie ne l'est pas. Souvent, on se culpabilise de choses dont nous ne sommes pas responsables, et parfois on fait abstraction de choses dont nous sommes responsables.

Un exemple de cela: la colère. La colère, d'après le Rambam, on va le voir, est quelque chose de maîtrisable. On peut décider d'être en colère ou décider de ne pas être en colère. Cependant, il y a une expression populaire bien connue: « C'est plus fort que moi, je ne peux pas me dominer. » Cette expression est une expression immorale, c'est-à-dire qu'elle essaie de placer le problème de la colère et de la tranquillité dans un domaine extérieur à la morale.

Par contre, la Torah nous dit que la colère ou la tranquillité, l'amour et la haine, l'orgueil et l'humilité, sont des choses qui peuvent être dominées, qui peuvent être orientées. Cela veut donc dire que la morale a quelque chose à voir avec les sentiments. Par contre, si je suis grand ou petit, si j'ai les yeux bleus ou les yeux bruns, tout cela ne dépend pas de moi, cela fait partie de mon code génétique. Et là, il n'y a pas de quoi être blâmé, ni même d'être loué.

Eh bien, nous allons entrer maintenant dans le vif du sujet. Je lis ici, dans le texte en hébreu du deuxième chapitre, qui a pour sous-titre la chose suivante.

Pour donner une réponse à cette question, il y a deux manières d'argumenter. On peut amener des arguments tirés de la Torah, on peut amener des arguments tirés de la nature. Le Rambam commence par un argument tiré de la Torah. On ne peut parler de liberté que dans les endroits où la Torah a donné des commandements et des interdits.

Comme nous l'avons dit tout à l'heure, il n'y a pas de mitsva dans la Torah de digérer ou de ne pas digérer le morceau de lapin que j'ai ingurgité. Par contre, il y a une mitsva dans la Torah de ne pas manger du lapin. Cela veut donc dire que la Torah parle à une partie de ma personne et ne parle pas à une autre partie de ma personne. C'est une des manières de définir. Rappelez-vous, avant de lire le texte, que le nombre des parties de l'âme, d'après le Rambam, est cinq. Ça n'a rien à voir avec le mauvais œil, mais le fait est là: c'est cinq.

Il faut que tu saches que les interdictions et les commandements de la Torah ne se trouvent que dans deux parties de l'âme. C'est seulement dans la partie sensitive et dans la partie émotive.

La partie sensitive, ce sont les cinq sens. La partie émotive, ce sont les sentiments. Et c'est seulement dans ces deux parties-là que se trouvent tous les interdits et tous les commandements. Par contre, la partie nutritive et la partie imaginative, c'est-à-dire tout ce qui concerne le métabolisme de notre corps ainsi que ce que nous faisons à travers l'imagination, n'ont ni commandement, …

Cours de Machon Meir

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