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Le bien, le mal et le médecin de l'âme selon Maïmonide

Trois catégories d'hommes face au mal moral, et la nécessité de consulter les sages avant le chapitre 4.

17 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le juste milieu selon Maïmonide, quatrième chapitre, 17 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Le problème du bien et du mal

Shalom ! Toujours dans le Chemoné Pérakim, dans le Traité des huit chapitres de Maïmonide, nous en sommes au milieu du troisième chapitre, qui traite d'un problème fondamental: la distinction entre le bien et le mal. Nous avons longuement parlé de ce problème qui a agité la conscience des hommes: qu'est-ce que le bien et le mal, quel est le critère ?

Nous avons parlé d'un critère relatif, pas vraiment absolu, qui est l'accumulation de l'expérience morale dans l'histoire. On voit que l'homme primitif, l'homme primordial si l'on veut, est un homme violent. Il y a une sorte de cruauté, de violence dans la nature, qui se trouve également dans la partie animale de l'être humain. Puis cette violence est progressivement dominée par ce qu'on appelle la conscience morale, un surplus d'être qui se manifeste dans l'homme et qui lui dit: « Il faut faire le bien, il ne faut pas faire le mal. » Cette connaissance s'accumule au cours de l'histoire, dans les milliers d'années de l'histoire. Il reste toujours une petite douleur intérieure, du fait qu'on n'est pas vraiment sûr de la définition exacte des valeurs.

## Dédale, Icare et Prométhée

Je crois avoir présenté ça à travers le mythe de Dédale et Icare: l'homme se trouve dans un labyrinthe et ne peut en sortir que par des moyens artificiels, les ailes, qui figurent l'intelligence humaine. Cette intelligence humaine ne satisfait pas totalement les exigences de connaissance de l'absolu. La preuve, c'est qu'Icare, le fils, s'approche du soleil, qui représente l'absolu, la cire qui lui colle les plumes aux bras fond, et il tombe dans la mer. Il y a finalement une sorte de tragédie que les Grecs ont bien ressentie,

qui fait qu'on ne peut pas véritablement se confronter à l'absolu. Cela s'exprime dans la rivalité qu'on trouve souvent dans la tradition grecque entre les dieux et les mortels. Les immortels sont jaloux des hommes. Ils ne supportent pas la prétention de l'homme à se mettre à la mesure du divin, et c'est la raison pour laquelle il y a une sorte de punition pour celui qui tente de s'approcher du divin.

Vous connaissez un autre mythe qui va dans ce sens, celui de Prométhée. Prométhée est celui qui vole le feu aux dieux et le livre aux hommes. Il est puni pour cela d'une punition éternelle. Le feu, c'est la réussite de l'homme, c'est ce qui permet toute la technologie, le développement technologique qui assure la réussite de la civilisation humaine. C'est ce qui donne à l'homme le sentiment qu'il peut se mesurer au divin. Le divin punit ceux qui ont livré le secret aux hommes.

## Le feu et la collaboration entre l'homme et Dieu

Dans la tradition du Midrach, en revanche, nous voyons qu'il y a une sympathie fondamentale entre le Créateur et sa créature. Comment le feu a-t-il été révélé au premier homme selon la tradition du Midrach ? Le Midrach présente cela de manière très poétique. À la sortie du Chabbat, Adam Harichon, le premier homme, était assis dans l'obscurité et s'est mis à pleurer. Il pensait qu'à cause de sa faute, le monde allait être jeté pour l'éternité dans les ténèbres. Alors Dieu lui a donné deux silex et lui a dit: frotte-les l'un contre l'autre. Il les a frottés, et c'est ce qui a donné le premier feu artificiel. C'est la raison pour laquelle, à la sortie du Chabbat, nous faisons la bénédiction sur la lumière du feu.

On pourrait se dire: si déjà Dieu veut le bien de l'homme, a tellement de sympathie pour lui, pourquoi lui donner des silex ? Pourquoi ne pas lui donner une boîte d'allumettes ou un briquet ? Pourquoi ne pas lui donner plutôt une torche déjà allumée ? Si la torche est allumée, à partir de cette torche on peut encore se servir du feu, on n'a pas besoin de le produire. Il semblerait donc que, d'après le Midrach, le Créateur soit intéressé au labeur humain. Il faut que l'homme participe, qu'il soit celui qui, par son initiative, va compléter l'œuvre de la création. Acher bara Elohim laasot: Dieu a créé le monde pour qu'il soit parfait, parachevé, mais par qui ? Par l'homme.

Il y a donc une collaboration de l'homme et du Créateur. De même, dans le verset dont nous avons déjà parlé la dernière fois, qui est l'opposé du mythe de Dédale et Icare, la Torah nous dit: Va'essa etkhem al kanfei nesharim, va'avi etkhem elai, « Je vous ai portés sur les ailes des aigles et je vous ai amenés jusqu'à moi. »

## Monter sur l'aigle: une collaboration

Cela veut dire que non seulement Dieu n'est pas ennemi de l'homme, mais qu'Il est intéressé à l'amener jusqu'à Lui. Dans ce cas, le verset aurait pu dire que des aigles nous ont pris dans leurs serres et nous ont portés jusqu'en haut. Mais ce n'est pas ce qui est écrit. Ce n'est pas qu'un aigle nous prend par le col et nous fait monter: c'est nous qui enfourchons l'aigle. Il y a donc une sorte de collaboration entre l'homme et le don de Dieu. Dieu lui donne sa monture, mais il faut que l'homme monte sur l'aigle pour pouvoir monter. « Je vous ai portés sur les ailes des aigles »: à nouveau, l'idée de la collaboration entre l'homme et le divin. Mais on a quand même besoin d'une étincelle, de quelque chose qui nous vient d'en haut. Là, il s'agit de la révélation du Sinaï: « Je vous ai fait monter sur les ailes des aigles. »

On pourrait dire également qu'il y a une sorte d'étincelle divine dans la conscience morale de l'homme, un petit coup de pouce donné par le Créateur pour permettre à l'homme d'arriver à une connaissance à peu près exacte du bien et du mal sur le plan de la moralité. Il y a donc un certain espoir, mais il reste toujours un problème, celui de l'objectivité. Celui qui est profondément enfoui dans le mal n'est pas capable de juger que le mal, c'est le mal. Il pense que le mal, c'est le bien, et que le bien, c'est le mal. Il faut donc aller voir le médecin de l'âme.

## Savoir qu'on est malade

Nous avons ici plusieurs options. La première: se savoir malade. Je sais que j'ai certains défauts, je veux les réparer. Une autre possibilité: ne pas savoir qu'on est malade, penser que le bien c'est le mal et le mal c'est le bien, et se croire en parfaite santé. Maïmonide va nous en parler.

De même que les malades du corps, lorsqu'ils se savent malades mais ne connaissent pas la médecine, interrogent les médecins pour qu'ils les informent de ce qu'il faut faire, et les mettent en garde contre des choses qu'ils pensent être agréables, et les obligent à prendre des choses désagréables et amères, par exemple les médicaments. Les médicaments sont souvent désagréables, mais on les prend quand même jusqu'à ce qu'ils remettent le corps en bonne santé. Ainsi, ils choisissent le bien et repoussent …

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