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Maïmonide, la liberté de la pensée et l'humilité intellectuelle

Le Rambam se demande si la réflexion est libre, et pourquoi la modestie fortifie la philosophie.

21 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le bien et le mal selon Maïmonide, chapitre 3, 16 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom, nous continuons notre étude du Chemonah Pérakim de Maïmonide, le traité des huit chapitres, qui traite des questions de morale. Dans le deuxième chapitre, nous sommes arrivés à l'examen de la partie qu'on appelle sekhel, la partie intellectuelle. La question que posait Maïmonide était de savoir si la partie intellectuelle est libre ou non. Sommes-nous libres dans les choix intellectuels que nous faisons ?

On pourrait dire effectivement que la réflexion intellectuelle est déterminée à l'avance. C'est-à-dire que je n'ai pas tellement le choix: je pense ce que je pense, parce que l'intelligence m'oblige à arriver à telle ou telle conclusion. Par exemple, si nous disons que 4 et 4 font 8, je n'ai pas vraiment le choix de penser autrement. Il m'est impossible de m'imaginer sérieusement que 4 et 4 feraient 7, ou que 4 et 4 feraient 9, bien qu'on puisse toujours se dire que c'est une question de si c'est à l'achat ou à la vente. Mais mathématiquement parlant, 4 et 4 font toujours 8.

Le problème, c'est de savoir si c'est vrai pour toutes les réflexions intellectuelles, y compris ce qui relève des fondements de la émouna, les fondements théologiques: par exemple l'existence de Dieu, la création du monde, la révélation, l'éternité de l'âme, les choix moraux, etc. Sommes-nous libres de penser ce que nous pensons, ou non ?

Maïmonide nous a bien expliqué qu'en vérité, l'homme est libre, même dans sa pensée. La preuve, dit Maïmonide, c'est qu'il y a des mitsvot concernant la émouna. Il y a par exemple une mitsva de croire en Dieu, ou plus précisément, si on prend le langage de Maïmonide, d'admettre l'existence de Dieu. Il y a également une mitsva de reconnaître Son incorporéité, Son unicité, Sa toute-puissance, Son omniscience, etc. Il y a des mitsvot, des commandements, qui concernent des questions d'émouna.

Le problème, c'est de savoir si le fait d'arriver à ces connaissances est quelque chose de libre ou non. Évidemment, puisque ce sont des mitsvot, et qu'une mitsva est quelque chose que l'on fait librement, on peut éventuellement ne pas la faire. C'est-à-dire que la mitsva implique également la ravera, le commandement implique également l'éventualité de la transgression. Donc il est évident, nous dit Maïmonide, que si la Torah donne des mitsvot, et donc des raverot, à propos du monde de la émouna, cela veut dire que la réflexion humaine, elle aussi, est libre.

Dans notre dernière étude, nous nous étions demandé si cela ne voudrait pas dire que la réflexion humaine n'a pas de sens, puisque tout serait subjectif. Est-ce que cela veut dire qu'il n'y a pas de sens à ce que je pense ? Est-ce que cela ne ruinerait pas totalement la philosophie, et la réflexion de l'homme ? La réponse est évidemment que non.

Pour l'orgueil de la philosophie, effectivement, la philosophie en a pris pour son grade à partir du moment où elle a découvert qu'elle n'était pas absolue, à partir du moment où elle a découvert la subjectivité de la pensée humaine. Cependant, on peut également se dire qu'elle n'est pas totalement abolie, elle est seulement devenue relative.

On pourrait comparer cela à un cadeau. Le Créateur du monde, en créant l'homme, lui a donné un cadeau. Ce cadeau, c'est l'intelligence. Ce cadeau n'est pas parfait, c'est un cadeau imparfait, mais un cadeau quand même. Le Rav Tsvi Yehouda Kook disait: il faut remercier Dieu de nous avoir donné un cadeau, même si ce cadeau est imparfait.

Et au contraire, le fait de devenir un peu humble, d'avoir un peu d'humilité, un peu de modestie dans la réflexion philosophique, c'est ce qui va renforcer la philosophie. C'est-à-dire qu'à partir du moment où je suis conscient des faiblesses de mon raisonnement, ou en tout cas des limites de ma capacité à raisonner, c'est alors que mon raisonnement commence à prendre une proportion normale. C'est alors que je sais dans quelle mesure faire confiance à ma réflexion, et dans quelle mesure ne pas le faire.

Contrairement, par exemple, à un philosophe bien connu d'origine juive, Baruch Spinoza, qui pensait lui que la pensée humaine est capable de tout expliquer. C'est une sorte de philosophie orgueilleuse qui oublie qu'en fait elle ressemble, comme nous l'avons dit la dernière fois, à une balance qui peut tout peser mais qui ne peut pas se peser elle-même.

En fait, cela nous amène à une réflexion sur deux conceptions du monde qui découlent de ces deux manières de penser. Quand on pense, dans la première option, que la pensée humaine peut tout expliquer, cela veut dire qu'on vit en fait dans un monde fermé, dans lequel il n'y a pas de surprise. C'est un monde de totalité. Tout est explicable, et ce n'est pas loin d'être une forme de monde totalitaire. C'est une pensée qui essaie de tout expliquer, et qui va donc essayer de tout englober.

Par contre, il y a une pensée mêlée d'un peu d'anava, un peu de modestie. C'est la pensée qui reconnaît que c'est Dieu qui donne la connaissance: c'est Toi qui donnes à l'homme la connaissance et qui enseignes aux humains l'entendement. Et donc on demande au Kadosh Baroukh Hou dans la prière de nous donner un surplus de sagesse. À partir du moment où la sagesse connaît son origine, alors on vit dans un monde ouvert, un monde qui n'est pas total, un monde qui s'ouvre vers l'infini. Cela ne manque pas de rappeler le titre du célèbre livre du professeur Lévinas, Totalité et Infini.

Le fait d'être ouvert au manque, le fait de reconnaître le manque de notre pensée, c'est ce qui nous ouvre à des domaines de pensée qui, au départ, peuvent nous dépasser, mais que nous pouvons finalement rencontrer par voie d'inspiration.

Cela ressemble un peu à la différence entre les mondes des deux frères, Essav et Yaakov, dans la Torah. Dans le monde d'Essav, tout est fermé. Dans la bénédiction que lui a donnée son père Yits'hak Avinou, il lui dit: Hiné mishmanei ha'arets moshavekha, « Ce sera le gras de la terre où tu seras installé », Oumital hachamayim meal, « et de la rosée du ciel d'en haut ». Ce qu'il lui dit, c'est: tu vis dans un monde parfait, dans lequel il ne manque de rien. C'est un monde où il y a abondance, richesse, plénitude.

C'est en fait un monde sans espoir, un monde qui se suffit à lui-même et qui ne peut pas aller vers un autre monde. Il y a à ce propos un très beau midrash dans Berechit Rabba, qui raconte l'histoire d'un Romain qui a fait un festin dans son village. Il a convié au festin tous les habitants du village, y compris les Juifs. Il arrive, la table est très bien dressée, il y a toutes les douceurs du monde, toutes les délicatesses du monde.

Puis il goûte à un plat qui est un peu mal assaisonné, un peu avarié. Et le Romain prend toute la table et la renverse au sol. Les Juifs viennent le voir et lui disent: mais enfin, pourquoi ? Parce qu'à cause d'un seul plat, d'un seul mets, tu as tout renversé ? Il …

Cours de Machon Meir

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