Maïmonide, la morale et les sources du savoir
Maïmonide explique que la morale puise dans la Torah, la philosophie et la sagesse des nations, et que la vérité importe plus que son auteur.
Rav Oury Cherki
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Nous continuons notre étude passionnante du Shemoneh Prakim du Rambam, c'est-à-dire le traité des huit chapitres de Maïmonide, qui parle des grands principes de la morale. Nous avons déjà commencé dans nos dernières études l'introduction du Shemoneh Prakim, et nous allons bientôt arriver à la fin. Je lis ici, dans l'édition traduction de Ibn Thibon, je me sers de mon édition avec mon commentaire que j'ai eu l'honneur d'écrire.
Et je lis ici: « J'ai jugé nécessaire, dit Maïmonide, avant d'écrire le commentaire de la halakha… » Ici, le mot halakha n'est pas dans le sens moderne du terme. Halakha veut dire ici tout enseignement de la loi orale. Qu'il parle de questions pratiques, ce qu'on appelle de la halakha, soit qu'il parle de questions spirituelles ou de pensées, ce qu'on appelle agada, ça s'appelle halakha.
Donc, avant de commenter le texte même de Pirké Avot, dit Maïmonide, j'ai jugé nécessaire de mettre en introduction Perakim Moïlim, quelques chapitres utiles, d'où le lecteur sortira des prémices, et qui lui serviront d'introduction et de clé à ce que je t'expliquerai plus tard. Veda, sache.
Alors maintenant, il faut savoir d'où Maïmonide tire ce qu'il nous dit, c'est-à-dire où il va chercher tout ça. D'où Maïmonide sait-il quels sont les grands principes de la morale ? Eh bien, nous avons trois sortes de sources différentes. Tout d'abord, il y a les sources de la Torah, il y a également les sources de la philosophie, et puis encore d'autres sources qui viennent d'ouvrages qui ne sont ni Torah ni philosophie. C'est ce que va nous dire ici Maïmonide.
Sache que les choses que je te dirai dans ces chapitres et dans le commentaire, il s'agit du commentaire de Maïmonide, ce ne sont pas des choses que j'ai tirées de moi-même. Ce ne sont pas des inventions, ce n'est pas l'originalité du Rambam, ce ne sont pas des commentaires que j'ai innovés. Maïmonide dit en fait: je ne te dirai rien de nouveau. Tout cela, ce sont des choses déjà connues. Ce sont en fait des idées que j'ai rassemblées, que j'ai recueillies: des paroles des sages.
Dans le Midrash et dans le Talmud, et de leurs autres ouvrages, c'est-à-dire ce qu'on appelle la littérature rabbinique. Donc une des sources de Maïmonide, c'est la littérature rabbinique. Et c'est tiré également des enseignements des philosophes, anciens et modernes. Qui sont les philosophes anciens ?
D'où Maïmonide tire ses enseignements ? Essentiellement d'Aristote, dans son ouvrage sur la morale qu'on appelle L'Éthique à Nicomaque. De même, c'est chez des commentateurs d'Aristote beaucoup plus tardifs, tels que, pour l'essentiel, Abou Nasser Al-Farabi, grand commentateur d'Aristote du milieu du Moyen Âge, dont les ouvrages ont été lus par Maïmonide, et également des ouvrages de beaucoup d'hommes.
Donc, Maïmonide nous dit: ce que tu vas lire ici n'est pas forcément un ouvrage de Torah, c'est un ouvrage de morale. Et le problème se pose: qu'est-ce que nous voulons étudier ici ? Nous voulons étudier la Torah, ou est-ce que nous voulons étudier la sagesse des nations ? Eh bien, la réponse, c'est que, selon Maïmonide, et c'est en fait l'opinion également de Noach Hamim dans le Talmud, la moralité est quelque chose d'universel. Ça n'appartient pas en propre à la Torah d'Israël. C'est quelque chose que l'on attend, un comportement qui est espéré, désiré de l'ensemble des hommes sur la planète. Or, la Torah n'a été donnée qu'à Israël, tandis que de l'ensemble des hommes, nous attendons qu'ils se comportent de manière morale. Cela veut donc dire que la moralité est quelque chose d'antérieur à la Torah, et qui peut être étudié avec beaucoup d'ouvrages de science de la morale qui viennent des nations.
Il y a également ce qu'on appelle la psychologie, la science du comportement intérieur, de l'âme. Psyché, mot grec qui veut dire l'âme. De même, les sciences de l'âme sont des sciences universelles. Ça ne vient pas forcément de la Torah. En tout cas, ce qui ressort de ce que dit ici Maïmonide, c'est qu'il est erroné de penser, ce que parfois on peut penser dans certains cercles, que la science de l'âme ne vient que de la Torah et que nous n'avons pas besoin, pour cela, ni des psychologues, ni des psychanalystes, ni de toutes les disciplines qui se sont développées autour de cela. En fait, c'est totalement faux.
Le comportement de la vie intérieure fait aussi partie de la science humaine en général. Donc l'étude des psychologies, des différentes méthodes, même de la psychanalyse, tout cela est très important si l'on veut aider l'homme à arriver à un résultat satisfaisant sur le plan moral.
Il en est de même, par exemple, pour la médecine du corps. Aujourd'hui, il est à peu près admis que pour guérir son corps, on s'adresse aux médecins, quelle que soit l'origine de leur connaissance médicale. Les connaissances médicales ne viennent pas de la Torah. Jamais on n'a vu une médecine se développer à partir des textes de la Torah, contrairement à certaines idées reçues. Par exemple, Maïmonide, qui est un des plus grands médecins du Moyen Âge connu, n'a pas tiré ses connaissances médicales de la Torah. Bien au contraire, il les a tirées des études de Galien, d'Hippocrate et d'autres médecins parmi les nations.
Même si, par exemple, nous avons parfois des informations médicales qui viennent du Talmud, ces informations médicales ont pour origine la science médicale de l'époque talmudique, et non pas la Torah. Il est peut-être utile de rappeler qu'un des grands maîtres de la tradition rabbinique, Rav Sherira Gaon, un des derniers des guéonim qui vivaient à Bagdad au Xe siècle, a écrit qu'il est interdit de suivre les instructions médicales du Talmud, parce que depuis l'époque talmudique, la science médicale a évolué. Il disait d'ailleurs une très belle phrase en araméen: Rabbanan lav asvata ninhu, « nos maîtres ne sont pas des médecins ». Mais il dit qu'ils ont introduit des connaissances médicales dans le Talmud pour être utiles aux gens de leur génération. Si la médecine a évolué, elle évolue, il n'y a pas de problème.
Plus proche de nous, par exemple, il y a une légende comme quoi le Hazon Ich, un des grands maîtres de Bnei Brak au XXe siècle, qui avait de grandes connaissances médicales, aurait tout étudié dans le Talmud. C'est totalement faux. J'ai personnellement rencontré un individu qui m'a dit qu'il a vu comment on introduisait des livres de médecine générale et particulière chez le Hazon Ich. C'est de là qu'il connaissait ce qu'il connaissait en médecine.
Il faut bien savoir que la Torah a pour but de nous enseigner la Torah. Mais il y a des connaissances préalables à la Torah: la médecine du corps, la médecine de la vie intérieure, ce qu'on appelle la médecine de l'âme, la psychologie. Tout cela peut trouver sa source aussi bien dans des ouvrages de Noach Hamim que dans des ouvrages des goyim.
Et là, Maïmonide rajoute une petite phrase très importante, en arabe. Cela veut dire que, quel que soit l'auteur d'une vérité, quelle qu'ait été son intention quand il a dit ce qu'il a dit, ce qui nous importe n'est …
Cours de Machon Meir
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