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Maïmonide, la prophétie et la morale juive

Pourquoi la morale mène à la prophétie, et pourquoi son absence rend le monde immoral selon le judaïsme.

19 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Maïmonide, la morale et les sources du savoir, 19 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Nous en sommes à notre troisième étude de l'introduction du Chemonah Perakim de Maïmonide. Nous avons commencé à comprendre pourquoi le traité d'Avot, Pirké Avot, est aussi important. Maïmonide nous amène ici une citation de Baba Kama, du Talmud, dans laquelle il est dit que pour devenir hassid, pour devenir vertueux, il faut accomplir les commandements, les instructions de Pirké Avot.

Dans notre dernière étude, nous avons vu qu'il y a en fait trois options différentes: ben adam lamakom, ben adam lahavero et ben adam lacham, c'est-à-dire la relation entre l'homme et Dieu, entre l'homme et son prochain, et l'homme et lui-même. Elles se traduisent par trois traités différents du Talmud. La relation ben adam lamakom, entre l'homme et Dieu, se réalise à travers le traité de Berachot. La relation de l'homme envers son prochain, havero, se réalise dans le traité de Nezikin. Et la relation de l'homme envers lui-même, ben adam lehatsmo, se réalise à travers Pirké Avot.

Je voudrais insister sur un petit point développé par le Maharal de Prague dans son introduction à Pirké Avot. Il demande pourquoi nos sages, quand ils ont voulu parler de la relation de l'homme envers son prochain, ont tout concentré sur le traité de Nezikin, le traité des dommages, et n'ont pas parlé, par exemple, de la charité, des bonnes œuvres.

La première idée qui vient à l'esprit quand on se demande ce qu'est une bonne relation de l'homme envers son prochain, c'est d'aider les nécessiteux, de guérir les malades, de s'occuper des autres. Or le traité de Nezikin, le traité des dommages, dit en fait ce qu'il faut faire pour ne pas causer de dommage à l'autre. C'est une relation négative. Et là, le Maharal apporte une réponse très profonde: l'essentiel du bien que je peux faire à mon prochain, c'est de ne pas lui faire de dommage.

C'est-à-dire que, lorsque je ne fais pas de dommage à quelqu'un, je crée autour de lui une sphère vide qui lui permet de s'épanouir par lui-même. La charité active, donner quelque chose, faire un bienfait envers mon prochain, cache souvent un désir de le dominer. C'est une domination cachée. On voit souvent des gens qui disent: « Mais enfin, je lui ai tout donné, alors pourquoi se comporte-t-il comme ça envers moi ? » La réponse, c'est justement parce que tu lui as tout donné qu'il se comporte ainsi envers toi. Il y a dans le bienfait, dans la charité, quelque chose d'impérialiste, quelque chose qui s'empare du domaine de l'autre personne. Tandis que lorsque je permets à la personne de s'épanouir, j'empêche le dommage d'accéder à elle, et c'est là qu'elle devient véritablement autonome.

D'où également une règle de la halakha: la charité préférable, c'est de donner un prêt, et non de donner quelque chose qu'on n'a pas à rendre. Si je donne une somme très importante à un nécessiteux en cadeau, en fait je l'écrase. Si je lui ai donné un prêt, j'ai respecté sa personne: il va me rendre cet argent, donc sa dignité est sauvée.

C'était une petite remarque. Revenons maintenant à ce que dit Maïmonide. Qu'est-ce qu'il nous dit ici ? Il nous dit que le mot « vertueux » en hébreu, c'est hassid. Hassid, celui qui s'acquitte de la hassidout. Hassidout, c'est-à-dire les bonnes midot.

Et c'est la hassidout qui amène la prophétie, ainsi que nous ont dit nos sages, que leur mémoire soit une bénédiction.

C'est la hassidout, c'est-à-dire la vertu, qui amène l'Esprit Saint. Citation de Sota, chapitre 9. Il y a donc l'Esprit Saint, ce qu'on appelle la prophétie, et les voies dépendent de la hassidout. Il ressort donc de leurs paroles que l'accomplissement des enseignements de ce traité...

...ce qui veut dire que Pirké Avot est un cours de prophétie en cinq chapitres. Cinq ou six chapitres, ça dépend de la division. En tout cas, il suffit d'accomplir tout ce qui est écrit dans Pirké Avot, c'est promis: vous avez la prophétie, vous devenez prophète. Ah bon ? C'est intéressant. Mais cela voudrait dire quoi ? Cela voudrait dire que le but de la moralité, c'est d'être prophète. C'est une chose qu'il faut ici élucider.

En fait, on peut se demander à quoi sert la morale. Eh bien, la morale peut servir, et c'est ce que la plupart des gens vous répondront, à être un homme de bien. Comme on dit en yiddish, bin amench. C'est être quelqu'un de bien, quelqu'un que l'on aime bien, de vertueux, sur lequel on peut s'appuyer, à qui on peut faire confiance. C'est quelqu'un de généreux, accompli en tant qu'homme.

Par contre, la prophétie, ça intéresse qui ? Ça intéresse essentiellement le Créateur, parce que le prophète est celui à qui Dieu peut parler. C'est comme si l'on vous disait: le Créateur cherche un interlocuteur, l'interlocuteur de Dieu, c'est le prophète. Pour faire un jeu de mots, il lui donne son avis, et « l'avis » veut dire le prophète. On peut dire donc que la prophétie, a priori, ne fait pas partie de la moralité. Il est vrai que Dieu ne parle qu'à des hommes qui se sont acquis de la moralité. Mais le fait qu'il y ait de la prophétie dans le monde, qu'il y ait une parole de Dieu envers l'homme, fait-il partie de la moralité ou non ?

Or nous voyons que dans beaucoup d'enseignements de nos maîtres, dans toutes les générations, la prophétie est toujours mentionnée comme la finalité de la morale. Et vous me direz, mais pourquoi ?

On peut dire que la morale est un cadeau. C'est comme si l'on disait: voilà, tu t'es très bien comporté, tu reçois un cadeau. Quel est le cadeau ? Tu es prophète. Mais il n'y a pas de corrélation entre la morale et la prophétie, cette vision est totalement erronée, c'est totalement faux. En fait, on voit que selon l'enseignement de Noah Hamim, la situation d'être prophète fait partie de la morale. Et pourquoi ?

Tout simplement parce qu'un monde sans prophétie est un monde immoral. Dieu jette l'homme dans le cosmos, il ne lui donne pas d'instructions, il ne lui parle pas pour lui expliquer ce qui va se passer, ce qu'il doit faire, ce qu'on attend de lui. Vous comprenez que c'est une situation absolument intolérable. C'est cruel de jeter l'homme dans le monde sans lui parler. C'est pour cela d'ailleurs que la Torah nous raconte que, lorsque le premier homme a été créé, la première chose qui lui est arrivée, c'est que Dieu lui a parlé.

Contrairement à l'idée reçue: on se dit qu'être prophète demande des efforts énormes, alors que le premier homme, à peine créé, reçoit la parole de Dieu. Tout simplement parce qu'il n'a pas encore eu le temps de se détériorer. Nous, nous ne sommes pas des prophètes. Il n'y a plus de prophètes depuis déjà 2400 ans dans l'histoire, probablement à cause d'une décadence du monde. Mais le premier homme, créé à l'image de Dieu, comme on dit, est un homme parfait qui n'a pas eu le temps de faire du mal, et le Créateur lui adresse donc la parole. C'est …

Cours de Machon Meir

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