La Techouva dans la Amida : la reconnaissance, Modim
Pourquoi « Modim » signifie à la fois reconnaître et remercier, et ce que cela fonde.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La birkat kohanim et le modim des rabbanan, 56 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Donc on était à Modim. Oui, qu'est-ce qu'il y a encore ? Oui, allez, vas-y ! L'ordre du schéma ?
Il y a écrit: « tu en parleras, lors de ton coucher, lors de ton lever ». Donc il y a une mitsva de réciter ces paroles-là, qui sont mentionnées dans les deux premiers paragraphes. Jusque-là, ça va ? Et le troisième, c'est parce qu'il y a une mitsva de rappeler la sortie d'Égypte tous les jours de notre vie.
Et ce troisième paragraphe parle de la sortie d'Égypte, celle des Téfilin. Maintenant, le problème: pourquoi pas d'autres paracha où il est question de la sortie d'Égypte ? La Guémara pose la question, elle donne la réponse. Voilà, dans la fin du premier chapitre de Berakhot, dans l'avant-dernière Michna. D'accord ? Bon, on peut continuer là maintenant ? Oui, je pense qu'on peut y aller. Oui, c'est bon. Donc on a été dans Modim, n'est-ce pas ? Oui.
C'est ça. Et donc on avait dit que le terme modim veut dire à la fois reconnaître et remercier. C'est-à-dire dans les deux sens du mot « reconnaissance » en français. Reconnaissance: j'admets que la chose est telle, et je suis reconnaissant, c'est-à-dire je dis merci. Les deux sens sont valables également en hébreu, le mot modim. D'ailleurs, par exemple, le matin, on dit Modé ani. On avait vu que ça voulait dire « reconnaissant », donc « je suis ».
Contrairement à l'opinion de Descartes, qui donne une définition philosophique du moi: « je pense donc je suis ». C'est une sorte de causalité, d'ailleurs illogique sur le plan purement formel, puisque comment est-ce que je peux dire « je pense » alors que je n'ai pas encore légitimé le « je » ? « Je », oui, « je ». Et là, il y a le problème: il veut légitimer le « je » et il s'en sert avant de l'avoir légitimé. Il y a ici un problème. Tandis que dans la définition de la tradition d'Israël, la définition est morale: c'est grâce à la reconnaissance que j'ai le droit de recevoir mon « je ». Alors j'en étais donc au Modim.
Certains posent souvent la question: pourquoi écrire ha-ach et pas ha-ah ? Ça n'a aucune importance, parce que le mot ach est sous l'influence de l'araméen, qu'on trouve déjà dans le Tanakh, d'ailleurs. Comme quoi, c'est un terme indéterminé du point de vue du genre, aussi bien masculin que féminin; on peut dire ha-ach. Par exemple, nos frères séfarades disent dans la Kedoucha: « Nakdichakh ve-naaritzakh ».
Parce qu'ils parlent la langue, l'hébreu de l'époque de la Michna. Par contre, nos frères achkénazes disent autrement, parce qu'ils se réfèrent à la forme usitée dans le Tanakh. D'ailleurs, vous verrez dans les versions achkénazes, il y a écrit. Alors là, il y a tout un enchaînement de ce que nous reconnaissons. Ça passe, disons, du plus abstrait au plus concret.
Chéata hou, c'est quoi ata hou ? « Toi, lui »; « tu, lui ». Chéata, on devrait dire chéata, le mot hou étant en trop. On devrait dire chéata. Tu es celui, peut-être. Ça veut dire qu'on emploie ici une double forme. La forme qui nous permet de nous adresser à Lui, c'est qu'on dit atta, « toi ». Mais nous nous souvenons que, bien que nous ayons le droit de nous adresser à la deuxième personne, en vérité, Son essence nous est inaccessible, donc on dit « lui ». C'est genre la politesse, le « vous ».
Comment ? C'est comme le « vous » en français. Comme le « vous » en français. Non, non, non, pas du tout. Le « vous » en français, c'est comme le pluriel de majesté. Par exemple, quand les rois disent « nous »: nous décrétons que..., alors que c'est seulement « je ». Et donc, quand je parle à quelqu'un au pluriel, le « vous » est un pluriel, ce n'est pas une troisième personne. C'est plutôt comme les Italiens le disent, ou comme les Israéliens le disent. Quand on dit à un Arabe quelque chose, on dit arabe yassé, d'accord ? On parle à l'Espagnol aussi, les Italiens aussi. En français, le « vous » c'est une deuxième personne au pluriel.
— Non, ce n'est pas l'équivalent, justement. On parle à la troisième personne, tandis que le « vous » c'est une troisième personne. Je, tu, il. Je, tu, il. Nous, vous, eux. Non, ce n'est pas du tout la même chose. Ça n'a rien à voir. Désolé de te contredire, je n'aime pas contredire les gens. Mais quand tu parles par politesse en français à la troisième personne, quand tu dis « vous », ça n'a rien à voir avec la formule de politesse qui est celle employée en hébreu, en français, en italien, en espagnol, de dire la troisième personne. Ce n'est pas du tout la même intention.
Parce que quand je parle à la troisième personne, à quelqu'un que je respecte, en hébreu, cela veut dire que je signale mon éloignement. Tandis que quand je dis « vous », je reconnais la majesté de la personne. C'est deux choses différentes. — Oui, mais le « vous » n'existe pas en hébreu. — Il existe dans le langage rabbinique. Chez les hassidim, quand on parlait à quelqu'un qu'on voulait respecter, on lui parlait au pluriel. Mais c'était sous l'influence des langues étrangères, ce n'est pas de l'hébreu. Parfois ça se fait comme ça dans les milieux haredim: souvent on dit atah, quand on parle à une personne au singulier.
Donc je reviens à ata hou: le hou signifie l'éloignement, c'est-à-dire la reconnaissance du fait que, bien que nous puissions dire « tu », en fait, ça reste « il ». D'accord ? Bon. Que Tu es Hachem, notre Dieu et le Dieu de nos ancêtres, à tout jamais. Alors ça, on avait expliqué tous ces détails dans la première bracha du Chemoné Essré, n'est-ce pas ? On a dit Hachem, Elokénou, Elokei Avoténou. Maintenant, le olam va-ed, ça veut dire que c'est éternel, dans le temps. N'est-ce pas ?
C'est ça que veut dire le mot olam: olam veut dire éternel dans le temps. À nouveau, c'est contraire à l'hébreu moderne, ou même à l'hébreu de la Michna. En hébreu, quand on dit olam, ça veut dire le monde. Dans le Tanakh, quand on dit olam, ça veut dire éternel. L'un se rapporte donc à l'espace, et l'autre se rapporte au temps. D'accord ? Donc ça, c'est dans l'histoire. Les olamim, c'est dans l'histoire.
Maintenant, une fois qu'on a évacué la reconnaissance de Dieu dans l'histoire, on peut parler maintenant de Dieu dans le métaphysique. Tsourénou. Que veut dire le mot Tsourénou ? « Notre rocher ». Ah bon ? C'est vrai que le mot tsour signifie rocher. Mais il veut dire également carrière. Carrière. Une carrière. C'est quoi une carrière ? C'est le lieu d'où on extrait quelque chose, n'est-ce pas ? Tsourénou, c'est celui qui nous soutient, pourquoi ? Non, cette traduction, c'est rien. Non, non, non, …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
Comprendre la prière : le Chéma et les bénédictions de la Amida, une à une.
- 10
Le signe de la Gueoula dans la Guémara de SanhédrinPourquoi le Rav Salant et les sages du XIXe siècle voyaient dans la fertilité de la terre d'Israël un signe de l'approche de la fin. - 11
Ramène nos juges : la 11e bénédiction de la AmidaPourquoi le retour des bons juges conditionne la joie, puis la prophétie, selon Maïmonide. - 12
La prière pour Jérusalem et le Machia'h ben YossefPourquoi Jérusalem dans la Amida, et ce que signifie « préparer le trône de David » : le Machia'h ben Yossef. - 13
La prière intermédiaire de la Amida : demandes personnelles et prière d'IsraëlPourquoi la prière de chacun s'insère dans celle du peuple, et la différence des versions sépharade et ashkénaze. - 14
La Techouva dans la Amida : la reconnaissance, ModimPourquoi « Modim » signifie à la fois reconnaître et remercier, et ce que cela fonde. - 15
La birkat kohanim et le modim des rabbananPourquoi louer Hachem pour le mal comme pour le bien, et pourquoi chacun remercie lui-même. - 16
Le Chéma Israël : comprendre la phrase et son originePourquoi la phrase fut prononcée au lit de mort de Yaakov, et ce que signifient Hachem et Elohim. - 17
Aimer Hachem : désintéressement et étude du ChémaPourquoi le Chéma formule l'amour de Dieu sans mitsva, et ce que dit l'histoire de Rabbi Zoucha. - 18
Le Chéma, deuxième paragraphe : téphiline et mezouzotLe rav Cherki explique le verset Véhayou et pourquoi la Torah demande les téphilines et les mezouzot en galout. - 19
Le troisième passage du Chéma et les tsitsitPourquoi les tsitsit aux coins du vêtement relient la fin de l'homme à l'infini et introduisent la sortie d'Égypte.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav