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Aimer Hachem : désintéressement et étude du Chéma

Pourquoi le Chéma formule l'amour de Dieu sans mitsva, et ce que dit l'histoire de Rabbi Zoucha.

54 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le Chéma, deuxième paragraphe : téphiline et mezouzot, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

C'est la suite du premier paragraphe, du premier passage de la lecture du Chéma. Remarquez que « aimer » Hachem, ça veut dire quoi, aimer ? Ça demande à être expliqué. Ça revient plusieurs fois dans la Torah: il faut aimer Hachem. Le problème, c'est que ce n'est pas formulé sous forme de mitsva. Il n'est pas écrit: « Tsav et B'nei Yisraël… »

Du coup, il est dit: ordonne aux enfants d'Israël d'aimer. Et pourtant, c'est une mitsva. Mais la formulation n'est pas sous forme de mitsva. Pourquoi donc ? Tout simplement à cause du sens du mot Chéma: écouter et comprendre. Si tu as compris ce que veut dire « Hachem Eloheinou Hachem Ehad », la conséquence obligatoire, ce qu'on appelle en philosophie l'impératif catégorique, ce sera « Vé'ahavta ». C'est-à-dire que c'est une dérivée inévitable. Si tu comprends ce que ça veut dire, « Hachem Ehad »… Bon, ça, c'est une possibilité.

Il y a une autre possibilité, c'est d'aimer par intérêt. Regardez dans le deuxième passage du Chéma. Ce sera, si vous entendez les commandements que je vous ordonne aujourd'hui, contrairement à ce qui a été dit auparavant. Ce qu'il faut entendre, c'est que Dieu est un. Là, ce qu'il faut entendre, ce sont les commandements, d'accord ? Ça veut dire obéir aux commandements. Mais le verbe est le même verbe qu'on a vu avant, d'accord ? Chéma. Et de sorte que… véahavta et Hachem Elokheikhem ? Et il est dit: et de sorte que vous aimiez l'Éternel, votre Dieu, et que vous le serviez, etc.

Alors, il y a une conséquence à ça. « Oh, comme c'est gentil ! Je vous donnerai la pluie en son temps. » Donc, il y a un intérêt. Donc, il y a ce qu'on appelle en français l'amour désintéressé et l'amour par intérêt. Non, on n'a pas le droit… La Torah le dit, mais on n'a pas le droit. Qu'est-ce que je viens de dire là ? C'est inversé de la Torah, non ? Bon. Donc, la Torah nous dit qu'il y a ce qu'on appelle faire les choses dans un but intéressé. En hébreu, il y a un mot pour ça: lo lichma, pas dans le but de la chose en soi; ça s'appelle chelo li‑chma.

Et le problème, effectivement, que tu as soulevé: comment la Torah nous encourage-t-elle à agir de manière intéressée ? Il y a tout un problème. C'est que, par exemple, dans Pirké Avot, un des grands maîtres de l'époque du Second Temple, Antigonos Ich Sokho, dit: « Ne soyez pas comme les serviteurs qui servent leur maître pour recevoir une récompense. » Et donc, il semblerait que la Torah nous a fait un gros dégât en nous révélant les récompenses. La Torah dit: si vous faites ça, alors vous serez récompensés; si vous faites le contraire, vous serez punis. Donc, la Torah nous gâche le travail, puisque le mieux, c'est ce que nous dit Antigonos: faire les choses dans un but désintéressé. Oui ?

— C'est grâce à ça qu'il n'y a pas de mal…

Donc, ce que tu dis, c'est la pure vérité: on ne commence pas par le désintéressement. C'est le principe: Mitokh she‑lo lichma, ba lichma; quand on commence à agir dans un but intéressé, on en arrive finalement à être désintéressé. Mitokh she‑lo lichma, ba lichma, donc c'est légitime. Non seulement c'est légitime, c'est probablement nécessaire: il est impossible de commencer le travail de la vie dans un but désintéressé. Pourquoi un enfant veut-il aller à la synagogue ? Il y a des bonbons, d'accord ? Et donc, le but désintéressé ne peut pas venir au départ.

On peut donc dire que la Torah est d'accord. Bon, le mieux, c'est que tu fasses désintéressé, mais si tu ne peux pas, fais dans un but intéressé. Ça, c'est la première manière, la plus simple, de considérer le problème. Mais dans ce cas-là, ça voudrait donc dire que le deuxième passage du Chéma n'est pas du même niveau que le premier. C'est possible. Mais on peut aussi le comprendre autrement.

Vous connaissez l'histoire de Rabbi Zoucha ? Laquelle ? Tu ne sais pas laquelle, tu sais ? Ça, c'est une belle histoire, mais ce n'est pas ça. Oui, tu connais ?

— C'est la même, mais non, ce n'est pas ça.

Il y a beaucoup d'histoires autour de Rabbi Zoucha. Une des histoires: un jour, une femme vient lui demander de prier pour qu'elle ait un enfant. Évidemment, il prie pour qu'elle ait un enfant. Pendant sa prière, il entend une voix du ciel qui lui dit: « Zoucha, je ne veux pas, arrête de prier, parce que je ne veux pas qu'elle ait un enfant. » Que ferait Zoucha ? Il continue sa prière, évidemment. Chacun son travail: Kadosh Baroukh Hou lui dit: « Ne le fais pas », mais lui dit: « Moi, je le fais. »

Alors il continue, et il entend une voix du ciel qui lui dit: « Attention, Zoucha, parce que si tu continues à prier, elle aura un enfant, mais toi, tu n'auras pas ton Olam Aba. » Rabbi Zoucha, tout content, devient, comme professeur de moussar, un « lithvak », il dit: « Je vais faire donc les choses dans un but totalement désintéressé. C'est encore mieux, de faire pour ne pas recevoir l'Olam Aba. » Donc, il continue sa prière.

Et il entend une voix qui lui dit: « Fais attention, si tu continues ta prière, elle aura un enfant, mais tu auras quand même ton Olam Aba. » Et, je suppose (l'histoire ne le dit pas), qu'il a continué sa prière. Parce qu'il a compris que c'est vrai qu'il y a un moment où il faut faire preuve de désintéressement, pour être sûr que ce que l'on fait est fait par idéal. Mais il comprend également que c'est un péché de ne pas vouloir son Olam Aba. Pourquoi ? Parce que Kadosh Baroukh Hou te le donne si gentiment, et tu refuses. D'accord ? C'est-à-dire que ce n'est pas poli.

Tu as commencé un régime et on t'amène des gâteaux à la crème. Alors tu dis: « Moi, je veux bien y renoncer. » Mais on les a préparés pour toi, donc on ne refuse pas. C'est plus que de la politesse, c'est quelque chose de très profond. Ça veut dire que s'il n'y a pas d'Olam Aba, le monde est absurde: il n'y a pas de but, il n'y a rien à faire ni à aller. Alors c'est vrai que je ne veux pas y aller pour mon intérêt personnel, mais je dois vouloir y aller pour donner un sens au monde.

Oui, quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

— C'est une très belle histoire, d'abord. J'ai apprécié l'histoire, mais j'ai un petit problème.

— C'est quoi ?

— C'est que vous avez dit que Zoucha priait pour qu'elle ait un enfant. Ça voudrait dire que la prière, dans l'histoire, a pour but de changer la volonté du Créateur. Et pourtant, c'est tout …

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