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Le libre arbitre et la partie intellectuelle selon Maïmonide

Pourquoi l'intelligence n'est pas absolue, et ce qui relève de la morale dans la partie sikhlit de l'âme.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Les cinq parties de l'âme selon Maïmonide, 48 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, bonjour tout le monde. Nous continuons le deuxième chapitre du Chemonah Perakim. On est arrivé à la page 7 que vous avez devant les yeux.

« Ach, Chelek HaSichli »: quant à la partie intellectuelle, « yesh bo mevouka », il y a confusion, perplexité. Le mot mevouka sera traduit exactement par perplexité. Nous savons que la partie Zan et la partie Médamé, non pardon, Zan et Médamé, sont des parties qui ne sont pas concernées par la liberté. Mais la partie Mitorer et la partie Margish sont concernées par la liberté.

Ce qui nous reste en doute, c'est le Sichli, la partie intellectuelle. Ça veut dire quoi, que l'intellect est libre ? Il ne s'agit pas de l'intellect malade, évidemment. L'intellect en bonne santé. Est-ce que l'intellect en bonne santé arrive obligatoirement aux mêmes conclusions, qui que l'on soit ? C'est ça le problème. Si je dis que l'intelligence, l'intellect, amène obligatoirement à une conclusion obligatoire, il n'y a pas de liberté dans l'intelligence. Par contre, si je dis qu'il y a différentes manières de réfléchir, toutes aussi bonnes sur le plan logique, et qui arrivent à des conclusions différentes, ça veut dire que l'intelligence est libre. Mais dans ce cas-là, elle cesse d'être absolue.

— Ah, c'est ça le problème. Est-ce que si on n'est pas malade intellectuellement, si je ne fais pas d'erreur logique, est-ce que j'arrive à la même conclusion ?

La réalité sur le terrain est que nous avons de très grands sages, de grands philosophes, de grands scientifiques, qui ne font pas d'erreurs logiques et qui pourtant arrivent à des conclusions différentes. Bon, ce que tu affirmes, c'est que les mathématiques, elles, sont obligatoires: on arrive forcément à une certaine conclusion. Ça a été remis en question déjà au XIXe siècle. Jusqu'au XIXe siècle, on pensait comme ça. Par exemple, il y avait un goy allemand du nom d'Emmanuel Kant qui se disait: pourquoi est-ce qu'en métaphysique on n'arriverait

pas à la même rigueur qu'en mathématiques ? N'est-ce pas ? Ils pensaient que les mathématiques, c'est quelque chose de rigoureux, on ne peut pas s'y tromper. Et puis, depuis le XIXe siècle, on a remis en question même ces idées-là. D'ailleurs, on a remis en question les fondements mêmes de la logique. D'accord ? Mais en tout cas, il est évident que Descartes ne fait pas d'erreur de logique. Kant ne fait pas d'erreur de logique. Platon ne fait pas d'erreur de logique. Et pourtant, ils arrivent à des

conclusions différentes. Comment expliquer ça ?

C'est un vrai problème. Vous savez qu'en hébreu il y a une expression: Assehel Mechayev, l'intelligence oblige. Mais est-ce que c'est vrai que l'intelligence oblige ? Parce que si je dis que l'intelligence oblige, alors ça veut dire que les philosophes ont en main un ustensile extrêmement précieux, qui nous permet de vérifier la vérité. Mais si je dis que l'intelligence est libre, que la liberté intervient dans l'intelligence, alors la philosophie cesse d'être un absolu. C'est pour ça, dit Maïmonide, que pour la partie intellectuelle il y a perplexité. Les philosophes ne sont pas prêts facilement à renoncer à la divinisation de l'intelligence qu'ils ont faite. D'où le problème. Alors à quoi ça sert d'être philosophe si l'intelligence n'est pas absolue ? Vous voyez, le problème, c'est ça, dont parle Maïmonide.

D'accord ? Et qu'est-ce qu'il va répondre, lui, Maïmonide ? Il dit: Aval ani omer, mais moi je dis. « Moi », ça veut dire le judaïsme. Cheyech bezeh akouar gam ken mitsva ve'avera: que cette partie comporte également des commandements et des transgressions. Ha'efi émounat da'at betela, selon l'adoption d'une croyance fausse, ou émounat da'at amitit, l'adoption d'une opinion véritable. Avant le ma'assé, il n'y a pas d'acte. Che yehamer alav, che mitsva ou che averah, que l'on peut appeler commandement ou transgression, simplement. Ve la zeh ha marty le maala, c'est pour ça que j'ai dit plus haut: che bichner ha lakimahem yimatsu ha verot va mitsvot, que ce n'est que dans ces deux parties-là, c'est-à-dire le Mitorer et le Margish, que se trouvent les transgressions et les commandements.

Alors ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'intelligence ne sert à rien ? C'est ça le problème. L'intelligence, c'est une vanité ? Et donc on ne peut rien savoir ? Ou bien est-ce qu'on peut quand même savoir quelque chose ? Pour tout vous dire, l'intelligence ressemble à une balance. Vous avez déjà vu une balance, vous ? Une balance. Oui, tu as vu une balance ? Une balance électronique, évidemment. La vraie, avec des plateaux, comme ça, pas comme dans les… comme dans les musées, quoi.

Ça existe, d'accord ? Alors les balances pèsent. On met d'un côté quelque chose qu'on veut peser, et dans l'autre plateau on met un poids. Et quand ça s'équilibre, on sait quel est le poids. L'intelligence, en fait, c'est une sorte d'énorme balance qui peut tout peser. C'est ce qu'on fait avec l'intelligence. On prend une balance dans laquelle on pèse tout. On peut peser l'univers entier, d'ailleurs. Il y a une seule chose qu'une balance ne peut pas peser, même la plus grande du monde: elle-même.

Et pourquoi ne peut-elle pas se peser elle-même ? Parce qu'elle est attachée à un fléau. Il y a un point de fixation de la balance qui est en dehors de la capacité de peser. Vous comprenez le problème ? Oui, mais c'est ça le problème. C'est ça. Or, ce que dit ici le Rambam, c'est qu'il y a un point supérieur à l'intelligence, qui permet de peser. Ça veut dire qu'en fait on peut être coupable ou louable, moralement, d'avoir une opinion. Par exemple, si je dis à quelqu'un:

« Psst, Colacavote, vraiment, t'es un type vachement bien, tu crois en Dieu. » Qu'est-ce qu'il pourrait me répondre ? Il dit: « Mais non, je n'ai aucun mérite. C'est une succession logique qui m'oblige à admettre l'existence de Dieu. » Ou quand je dis à un autre: « Franchement, t'es un sale type, tu ne crois pas en Dieu. » Pourquoi tu dis que je suis un sale type ? C'est pas de ma faute, j'ai une succession d'arguments qui fait que, en fin de compte, j'arrive à la

conclusion de l'inexistence de Dieu.

Alors pourquoi serais-je responsable moralement de l'un ou de l'autre ? À moins de supposer qu'il y aurait deux manières de logique, qu'elles seraient équivalentes, et que j'ai choisi l'une plutôt que l'autre. Qu'est-ce qui fait qu'une chaîne de raisonnement arrive à une conclusion différente ? Je vais vous dire, vous voulez que je vous révèle ? C'est le point de départ, les prémisses. Qu'est-ce que je prends comme prémisse ? Et dès le départ, quand je prends une certaine prémisse, je sais déjà quelle est la conclusion qui va en sortir. Donc il y a un choix moral antérieur à la chaîne logique. Ce choix moral antérieur à la chaîne logique, c'est ce que le Rambam appelle la liberté dans la partie intellectuelle.

— Non. On choisit cette prémisse. En général, l'éducation, c'est une proposition. C'est-à-dire…

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