La Torah est-elle d'origine divine ? La question de l'historicité
Comment distinguer un récit véridique d'un mensonge, et pourquoi le souvenir collectif de la Révélation compte.
Rav Oury Cherki
Ensuite : l’action et l’intention, 35 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Est-ce que vous avez un livre de Devarim, par hasard ? Bon, la question qui se pose, c'est l'authenticité historique de la révélation. Historique de la révélation, hein ? L'historicité. Voilà. L'historicité. Baroukh Ata Adonaï, Eloheinou melekh haolam, shehakol nihyeh bidvaro.
Ça serait utile, mais ce n'est pas forcément indispensable. Ça peut être utile, mais je ne vais pas te… C'est loin ? Amène des Varim pour chacun. Il faut d'abord, disons, définir… Non, tu peux les laisser. Ça peut être utile. Oui, oui, oui, tu les laisses, tu les laisses. On n'a pas dit de les enlever. Pour savoir si un récit est véritable ou mensonger, il faut pour cela connaître l'univers du mensonge.
C'est quoi un mensonge ? Un mensonge est un récit imaginable que je décide d'inventer et de transmettre. C'est ça, un mensonge. Rappelez-vous: l'adjectif, c'est quelque chose d'imaginable. Par exemple, si je vous dis que je suis arrivé dans cette classe en montant sur les ailes d'un éléphant rose, c'est tout à fait imaginable. D'ailleurs, la preuve, c'est que je l'ai imaginé. J'ai imaginé un éléphant rose.
Avec des ailes sur lesquelles, que j'ai enfourchées, sur lesquelles je suis venu. Oui. Donc tout est imaginable, sauf ce qui n'est pas imaginable. C'est imaginaire, mais c'est imaginable. C'est imaginaire, mais c'est imaginable. Alors maintenant, supposons quelque chose que je ne peux pas imaginer et que je raconte quand même. C'est donc que je dis la vérité. Je vais vous donner pour cela deux petites histoires. Vous aimez les histoires ? Oui. Très bien.
Donc, je vais vous raconter une petite histoire. Ce n'est pas la peine de croiser les bras. C'est une histoire sur un enfant de Mea Shearim. Appelons-le, pour la commodité, Zelig. Monsieur, vous connaissez cette histoire ? Nous allons l'appeler Zelig. Zelig est un petit enfant adorable, qui étudie au Heder, le Talmud Torah de Mea Shearim, qui pour toute langue ne parle que le yiddish, et qui comprend après l'hébreu.
Et qui rentre à la maison en larmes, avec son pantalon déchiré, il a du sang un peu partout, son nez coule de morve, son cartable est complètement en l'air, et il hurle. Les parents, atterrés, disent, ce qui veut dire: que s'est-il passé ?
Il dit: ce qui s'est passé, c'est que Mendel m'a cassé la gueule. Quoi ? M'a cassé la gueule. Il m'a rossé d'importance. Est-ce que ce récit est vrai ou faux ? On n'en sait rien. Pour une raison très simple: d'une part, il est imaginable, parce que nous connaissons très bien Mendel. Hier, c'est Zelig qui lui a cassé la gueule. Donc il y a une grande probabilité qu'il y ait eu une vengeance.
Mais, en vérité, il est tout à fait possible que ce qui s'est passé soit quelque chose de tout à fait différent. Des journalistes sont venus voir le Rabbi, et pour voir ce qui se passait dans la cour, Zelig est monté sur un arbre, et la branche s'est cassée. Au lieu d'aller au Heder, d'aller voir ce qui se passe chez le Rabbi, la branche s'est cassée, son cartable s'est renversé, son pantalon est déchiré, évidemment il est blessé, et donc évidemment il hurle.
D'accord ? Donc, le mensonge est possible. Nous ne pouvons pas savoir si cette histoire est vraie ou pas, parce qu'elle est imaginable. Elle est même plausible. C'était la première histoire. Ça a été belle ? Très bien. Vous voulez une deuxième histoire ? Bon. La deuxième histoire, c'est à nouveau Zelig. Zelig qui rentre à la maison. Son pantalon est en place. Il est bien coiffé. Ses papillotes sont bien… C'est bien arrangé. Son cartable est bien attaché. Aucun problème.
Et il dit à son père et à sa mère deux phrases en japonais classique. Les parents lui disent: « Wus gezukt ? », ce qui veut dire: « Qu'as-tu dit ? » Et il dit: je ne sais même pas ce que ça veut dire, mais il y avait un homme aux yeux bridés, aux faciès jaunâtres, et un grand appareil photographique,
qui s'est promené à Mea Shearim et qui m'a appris ces deux phrases. Zelig ment-il ? Absolument impossible. Pour nous, c'est très simple: il ne connaît pas le japonais, il ne sait pas ce que c'est qu'un Japonais, il n'en a jamais vu. Donc il raconte un récit qu'il ne peut pas imaginer. C'est donc qu'il dit la vérité.
Oui, on n'a jamais vu d'éléphant rose. Si, on a vu du rose, on a vu des éléphants, on a vu des ailes. Donc, des ailes d'un éléphant rose, c'est imaginable. C'est comme, par exemple, le Rambam dit, nous l'avons vu dans le Chemin des Aprakim, que l'imagination peut inventer des choses impossibles. Comme par exemple un navire de fer qui courrait dans l'air. Un navire de fer qui courrait dans l'air, c'est absolument impossible, étant donné que le fer est lourd et que l'air est léger.
Donc, c'est une absurdité. Cependant, c'est imaginable. D'accord ? Oui ? Et maintenant ? C'est donc imaginaire. Le Rambam dit que c'est imagination. Donc, quand vous êtes dans un avion, vous êtes en plein rêve ? Oui ? Si le Rambam l'a dit, il faut le croire. Oui, évidemment. C'est-à-dire, quand je prends cette histoire, je ne m'en sers que pour expliquer un concept.
Le concept, c'est ce qu'on appelle le mensonge imaginable et le mensonge inimaginable. Ce sont des concepts. Peu importe s'il y a des objections à faire par rapport au récit concernant Zelig lui-même. Voilà. Oui ? — Non, le premier récit n'est ni faux ni vrai. Tu ne peux pas savoir. Parce que nous avons deux manières d'expliquer ce qui s'est passé: soit que Mendel, effectivement, lui a rendu sa tannée d'hier, soit que, effectivement, c'est tout à fait une autre histoire, qu'il est allé, au lieu d'aller au Heder, dans la cour du Rabbi. Oui.
Oui, bien sûr. Absolument, tout à fait d'accord. Absolument. Ça n'a rien à voir. C'est-à-dire que ce dont tu parles est un phénomène qui est très loin de ce dont moi je parle. Et là, je voudrais pour ça, tout d'abord, avant d'expliquer de quoi je parle, si vous avez l'occasion de regarder un livre de Devarim, au chapitre…
Hé ! Non, chapitre, pardon. Chapitre Dalet. Oui, quoi ? — J'en sais rien, j'en sais rien. Je ne sais pas, vous m'introduisez dans mon discours des idées qui ne sont pas les miennes. Parce que vous pensez que ce que j'essaie de prouver,
c'est que, avant la révélation du Sinaï, on ne pouvait pas imaginer l'existence de Dieu ou l'idée d'une révélation. D'accord ? Or ce n'est pas ça du tout que je dis. L'existence de Dieu était tout à fait admise dans de nombreuses nations avant la révélation du Sinaï, et l'idée que des dieux parlent aux hommes était une chose admise avant la révélation du Sinaï. Donc ce n'est pas de ça dont je parle. D'accord ? Est-ce bien clair ? Je parle donc d'autre chose. Mais de quoi ? Comment le savoir ?
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