Le juste milieu des midot selon le Rambam et Rav Kook
Pourquoi la Torah éloigne l'homme des extrêmes par la timidité et la juste autorité, et ce que Rav Kook ajoute à la pensée du Rambam.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La colère et la tristesse face à la prophétie selon le Rambam, 47 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Nous sommes donc à la page 15, à la première ligne, fin de la ligne: De même, tu te lèveras devant les cheveux blancs …
C'est-à-dire qu'il y a dans la Torah une série de mitsvot destinées à rompre l'équilibre absolu des midot en direction de l'un des extrêmes. Rappelez-vous de ça. Et, entre autres, il y a un groupe de mitsvot nécessaires pour nous habituer à une certaine timidité, ce qu'on appelle Boshet Panim, qui est le contraire de l'effronterie.
Il y a donc un groupe de mitsvot nécessaires pour nous amener à cette Boshet Panim.
Mipnei seva takoum ve-hadarta pnei zaken: c'est-à-dire, par exemple, le fait d'honorer les anciens. Kabed et avikha ve et imekha: honore ton père et ta mère. C'est-à-dire que si j'honore mon père et ma mère, je reconnais une certaine autorité. Et le fait de reconnaître une autorité annule chez moi l'effronterie. Lo tassur min ha-davar asher yagidou lekha: tu ne t'écarteras pas de la parole qu'ils te transmettront.
Il s'agit ici de l'autorité du Sanhédrin. C'est-à-dire que si, par exemple, j'ai une controverse dans ma ville concernant une loi, alors je monte au Sanhédrin, à Jérusalem, et je fais selon ce qu'ils disent. C'est à nouveau un principe d'autorité: alors qu'on pourrait penser dans différentes directions, il faut trancher entre les différentes manières de penser. C'est pour ça qu'il y a une autorité, et pour que disparaisse de nous la disposition à l'effronterie, et que nous arrive la timidité.
De même, il nous éloigne de l'autre extrémité, qui est l'excès d'humilité. C'est-à-dire qu'il ne faut pas être trop humble, il ne faut pas se remettre en question totalement. C'est pour cela qu'il est dit qu'il y a également un autre groupe de mitsvot: Ho'ach tokhi'ah et amitekha, tu dois faire des remontrances à ton prochain. C'est-à-dire que si tu vois qu'il fait le mal, tu dois lui dire: non, ça, c'est mal. Lo tagourou mipnei ish: tu ne craindras aucun homme. C'est une mitsva concernant les juges: les juges ne doivent pas se soumettre aux intimidations.
Hacheï yassou ro vaboshet gam ken, de sorte que disparaisse également l'excès d'humilité, ve-hicher ba-derekh hayim tsa'ï, et que l'on reste ainsi dans la voie médiane.
Tout cela vient répondre à l'argument que pourraient avancer les ascètes, ceux qui vont vers les extrémités. Ils pourraient dire que ce qu'ils font, c'est uniquement pour se conformer à l'opinion du Rambam lui-même, qui nous a dit qu'il ne fallait pas rester dans le juste milieu, mais être un peu plus loin, c'est-à-dire tendre vers l'une des extrémités. — Oh, comme tu es là. Que Hachem te bénisse. Amen. La joie et le bonheur.
Ceux qui tendent vers les extrêmes pourraient donc dire qu'en fait, ils ne font que s'écarter un peu du milieu. Le Rambam répond que c'est absolument inutile, étant donné que les mitsvot sont ordonnées de telle manière que nous sommes déjà éloignés du milieu.
— Oui, quoi ? Non, elles ont une conséquence morale.
Je n'ai pas dit que ce n'était pas leur but, mais je veux dire que la mitsva, en tant que mitsva, a le rôle d'une mitsva. Non, une mitsva, c'est-à-dire… ce qui me sanctifie.
Il est évident que chez le Rambam, cette distinction n'est pas tout à fait claire. Quoi qu'il en soit, les mitsvot ont une finalité, disons, elles ont des conséquences, pourrait-on dire, des conséquences morales. D'accord ? Mais la moralité est antérieure aux mitsvot, comme nous l'avons déjà exposé plusieurs fois. Et lorsque vient l'homme dénué d'intelligence, sans aucun doute,
il va essayer d'en ajouter sur ces choses-là. Kemo, par exemple, de sorte qu'il s'interdise de manger et de boire plus que ce que la Torah interdit. Donc la Torah a interdit de manger du lapin, c'est ça ? Et lui, il va s'interdire également la consommation
du chocolat. Le chocolat n'a pas été interdit par la Torah. Mais il se dit: puisque la Torah interdit tellement de choses à manger, c'est donc qu'il est bon de moins manger. Donc je vais m'interdire des choses que la Torah n'a pas interdites, parce que c'est bien d'interdire des choses. Le végétarien peut venir d'un souci moral: il ne veut pas infliger la souffrance à la bête. Mais s'il le fait pour se priver lui-même, ça, c'est autre chose. Si c'est pour avoir la privation, le sentiment de la privation comme quelque chose de noble, alors là, non.
Yessor azivoug, yoter alma she-neessar minabeilot: ou bien il s'interdirait la vie conjugale plus que ce que la Torah a interdit. Par exemple, il dirait: si déjà, il ne faut pas se marier, ou bien ne pas avoir de commerce avec sa femme, si ce n'est une fois par an. Un truc comme ça.
Ve-yiten kol mamono la-aniyim, ou bien qu'il donnerait tous ses biens aux pauvres, ou au ekdesh, les biens sacrés. Musaf al ma she-hevia ha-Torah, plus que ce que la Torah a déjà donné, ala ekdeshod, ala tsedakhod, ala arachim, les différents dons et consécrations. Si quelqu'un dit: puisque la tsedaka, c'est bien, je vais donner tous mes biens à la tsedaka…
Yiyer oseh ma'aseh ha-ra'im, de Ouloyeda: il ferait l'action des mauvais sans le savoir. Ve-yagia el ha-katseh ha-acher: cela l'amènera jusqu'à l'autre extrémité. Ve-yetsé mi-ha-mitsva le-gamrei: il sortirait totalement du milieu.
Bon, ça, c'est le Rambam qui le dit. Est-ce qu'il y a un des rabbins du Talmud qui le dit ? La réponse est oui. Voici cette citation rabbinique: Ve-la-hakhamim bezeh inyan davar: à ce propos, les sages ont dit une chose. Lo shamati klal yoter nifla'am mimenu: je n'ai jamais entendu quelque chose de plus merveilleux que cela. Vehu bigmara di-vnei ma'arava, bu perakim, be-Nedarim. Ça se trouve dans le Talmud de Jérusalem, dans le 9e chapitre de Nedarim.
— La Guemara palestinienne, bien sûr. N'oubliez pas qu'Emmanuel Kant parlait des Juifs, et quand il parlait des Juifs, il disait: « les Palestiniens qui vivent parmi nous ». Il fut un temps où, naturellement, on se disait: « l'an prochain en Palestine ». Le Palestinien par excellence, c'est traditionnellement le Juif. Par la suite, la population arabe qui s'est trouvée, comme par hasard, en Palestine, qui n'était pas palestinienne du tout, s'est mise à adopter ce terme.
Bon. Oui ? — Il dit que non. On peut y aller. Dibber bi-gnout mi-kabim: par exemple, si tu aimes le chocolat, tu as tout à fait le droit de manger quatre tablettes de chocolat en une demi-heure. Le problème, c'est que tu risques de faire du mal à ta santé. Donc il vaut mieux étaler. Si tu as les moyens, pourquoi pas ? C'est une question de logique, mais ce n'est pas interdit. S'il y a une voiture à cent mille euros, c'est vachement chouette.
Une fois, quelqu'un est allé voir le Rav Steinman, un des rabbins du monde des Kharédim. Ce n'est pas une autorité universellement reconnue, puisqu'il était kharédi. Un élève est allé le voir …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
97 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Maïmonide, Rambam, Les huit chapitres, Libre arbitre.
- 49
Le but de la vie et l'usage des forces de l'âme selon le RambamLe Rambam montre comment orienter manger, parler et rire vers la connaissance de Dieu, sans rien disqualifier. - 50
Les écrans entre l'homme et Dieu selon le RambamLe Rambam explique que les défauts moraux font office d'écrans séparant le prophète de Dieu, et que Moshe n'en avait qu'un seul. - 51
Le but de la vie selon Maimonide : zéro, un ou plusieursLe cinquième chapitre examine si l'existence a un but, et pourquoi un seul but donne sens à toutes les forces de l'âme. - 52
Le septième degré de la connaissance de Dieu selon le RambamLe Rambam range l'emploi de toute l'existence au service de la connaissance de Dieu, et ses six premiers degrés. - 53
Le juste milieu des midot selon le Rambam et Rav KookPourquoi la Torah éloigne l'homme des extrêmes par la timidité et la juste autorité, et ce que Rav Kook ajoute à la pensée du Rambam. - 54
La colère et la tristesse face à la prophétie selon le RambamPourquoi la colère et la tristesse empêchent la prophétie, à partir de l'histoire d'Elisée et de Yaakov. - 55
Le but de la vie selon Rambam : toutes nos activités tendent vers la connaissance de DieuLe chapitre 5 des Huit Chapitres : corps, argent, étude, parole et humour, ordonnés vers la connaissance de Dieu. - 56
Le yetzer hara : ennemi ou allié ? Maïmonide face aux SagesPourquoi les philosophes voient le mal comme un défaut, et la Torah comme une force à diriger. - 57
Le libre arbitre selon le Rambam : les quatre argumentsLe Rambam réfute le déterminisme astrologique et démontre, par quatre arguments et des versets, que l'homme est libre. - 58
Le Rambam, les sots et la question du mal dans la connaissance de DieuLe Rambam justifie l'existence des sots et montre pourquoi le mal fait partie de la connaissance de Dieu.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav