Abraham entre deux projets : sortie de Haran et route vers l'Égypte
Le double récit de la sortie de Haran (Béréchit 12) et la descente en Égypte qui suit, entre projet divin et projet de Terah.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La tour de Babel et le piège de l'uniformité, 15 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Je ne me permettrai pas de faire remarquer à Daniel que le cours a commencé. Chapitre Youdebet dans Béréchit. Je crois que nous avons étudié la différence entre le verset Dalet et le verset He.
Il me semble. N'est-ce pas ? On avait vu ça ? Oui. Il y a ici une différence flagrante dans le chapitre Youdebet, entre le verset Dalet et le verset He. Le verset Dalet nous raconte la sortie d'Abraham de Haran, conformément au projet de Dieu. Il est dit: Vayélekh Avram kaasher diber élav Hachem, « Avram partit, comme le lui avait dit Dieu ». Donc il est obéissant, il fait ce qu'on lui dit. Et qu'est-ce que Dieu lui avait dit ? De partir seul. Donc il est parti seul. Vayélekh itó Lot, « et Lot partit avec lui ». Ce n'est pas Avram qui l'a pris, c'est Lot qui a décidé d'y aller.
Or, Abraham a 75 ans lorsqu'il sort de Haran. Jusque-là, tout va bien. Au verset He, il dit le contraire. Abraham ne part pas tout seul, il part avec un groupe humain. Vayétsé'ou alékhet Erets Kéna'an, « ils sortirent pour aller dans le pays de Kénaan ». Vayavo'ou Erets Kéna'an, « ils arrivèrent au pays de Kénaan ». Remarquez dans le style, il y a ici une différence supplémentaire. Dans le verset Dalet, Avram se rend dans le pays que Dieu lui indiquera, haaretz asher arékha. Ce pays n'a pas de nom. Abraham ne sait pas où il va, tandis que dans le verset He, il sait très bien où il va. Il veut se rendre en Kénaan.
Il y a donc une contradiction supplémentaire. Est-ce que vous vous rappelez qui d'autre voulait se rendre en Kénaan ? Térah, son père. C'est-à-dire que dans le verset He, Abraham continue l'œuvre de Térah, tandis que dans le verset Dalet, il accomplit le nouveau projet de Dieu. Oui.
Ça, on l'avait vu dans les cours précédents. Mais c'est fort grave. Ne pas se rappeler, il faut réviser. Térah voulait partir en Kénaan pour des raisons nationales. La persécution à Our Kasdim l'a convaincu qu'il fallait rentrer chez soi. Donc le projet de Térah est un projet national. Et je dirais même laïque. Tandis que le projet de Dieu pour Abraham est un projet d'ordre divin. Ce n'est pas du tout la même chose.
Remarquez que pour réaliser le projet de HaKadosh Baroukh Hou, Abraham doit être plein d'émouna. Parce que cette idée de fonder une nation sainte n'est pas évidente. Il faut ne même pas savoir où on va. Tandis que dans le verset He, Avraham ne fait que reprendre le projet antérieur, et il peut très bien avoir un but précis: il veut aller en Kénaan.
Maintenant, rappelons très rapidement quelle est la différence entre les deux projets. Le premier projet, celui d'Abraham avant la révélation, était un projet d'ordre religieux. Après la révélation, c'est un projet d'ordre politique. N'est-ce pas ?
Rappelons-nous donc ce qu'on appelle la différence entre Kédouchat haPrat et Kédouchat haKlal, la sainteté individuelle par opposition à la sainteté collective. Dans le projet d'Abraham, il veut sanctifier la vie des individus. Dans le projet de HaKadosh Baroukh Hou, il veut sanctifier la vie de l'État. C'est très différent. On avait vu quelles étaient les réticences d'Abraham par rapport à ce projet, enfin, nous avons supposé quelles étaient ces réticences.
En tout cas, ce qu'on voit dans le verset, c'est qu'Abraham a voulu faire coexister les deux projets à la fois. Dans le verset Dalet, il s'en va tout seul pour satisfaire à l'exigence du projet de Dieu. Dans le verset He, il veut satisfaire à son projet antérieur, et donc il emmène tout le monde. C'est ce qu'on avait vu la dernière fois. Oui ?
— Non, c'est-à-dire que dès le départ, Avraham n'a pas intégré le changement de direction. Il se dit peut-être qu'il ne réussira pas le projet que Dieu lui a imposé maintenant, et il va au moins préserver son premier projet, qui était la religion monothéiste. Avraham est obéissant. Il ne va quand même pas transgresser une parole de Dieu. Si Dieu lui a dit, « tu t'en vas seul », il est parti tout seul. Il s'est acquitté de son devoir. Il peut dire: « J'ai fait ce qu'on m'a
dit. » Alors maintenant, il va revenir prendre les autres. Dieu ne lui a pas interdit de partir pour reprendre les autres. Donc il est parti deux fois, parce que c'est ce que HaKadosh Baroukh Hou lui a demandé de faire. C'est ce qu'il lui a dit. Donc, dans le verset Dalet, Vayélekh Avram kaasher diber élav Hachem, c'est-à-dire qu'il est parti tout seul. Dans le verset He, il fait le contraire.
Non, il a servi justement à accomplir le début de la première démarche de HaKadosh Baroukh Hou. Mais ce n'est pas fini: il n'a pas encore fondé la nation, il n'a même pas d'enfant. Le verset Vav, nouveau verset pour aujourd'hui. Très difficile à comprendre, le verset Vav. Vaya'avor Avram baaretz, « Avram traversa le pays », ad mékom Shekhem, « jusqu'au lieu de Shekhem », ad élon Moré, « jusqu'à la plaine de Moré ». Ou jusqu'au térébinthe de Moré, ça dépend des interprétations. Un térébinthe ? C'est un mot français, térébinthe. C'est un arbre. Un chêne, un térébinthe, une plaine: ça dépend des interprétations. Véhakenaani az baaretz, « le Cananéen était alors dans le pays ».
Ici, on comprend d'abord la première partie: Vaya'avor Avram baaretz, Avram traversa le pays, jusqu'à l'emplacement de Shekhem. Vous imaginez bien que s'il est parti de Haran pour arriver à Shekhem, il a bien fallu qu'il traverse le pays. C'est donc une banalité. Ce sont des mots en trop. Il a traversé le pays. Et qu'est-ce qu'il aurait fait s'il n'avait pas traversé le pays ? Il est arrivé à Shekhem, il faut donc bien qu'il traverse le pays. La question est claire ? C'est ce qui est important pour moi. La réponse, ça, c'est un autre problème.
Maintenant, une autre petite question: quelle est la distance entre Haran et Shekhem ? Environ mille kilomètres. Le lieu de Haran nous est connu, cette ville existe encore. Elle a cette particularité de ne jamais avoir été détruite dans l'histoire, et elle est donc exactement à l'emplacement où elle était. Et Shekhem, on sait où c'est: c'est la ville qu'on appelle aujourd'hui Naplouse. Il y a donc quelque chose comme mille kilomètres de distance entre Haran et Shekhem.
Comment ça a commencé, toute cette histoire ? Ça a commencé du fait que Dieu lui a parlé, n'est-ce pas ? Il lui a parlé à Haran. Il lui a dit: « Va, Abraham, je veux que tu partes. » Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire, que Dieu parle à un homme ? C'est canon. C'est-à-dire que ce n'est pas toujours très agréable, mais c'est une expérience extraordinaire que Dieu parle à un homme, oui.
Peut-être, ce n'est pas impossible, mais ce que j'aimerais comprendre, c'est: si Dieu a décidé de parler avec un homme, qu'est-ce qu'il fait …
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