Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Lekh Lekha : Abraham quitte Haran pour Kenaan

Pourquoi Abraham, à 75 ans, repart-il de Haran, et ce que son départ dit de son projet universel.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham entre sanctification individuelle et collective, 51 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Reprise du cours

Shalom, bonjour tout le monde. Nous allons continuer dans le livre de Béréchit. Où en sommes-nous ? Au début de la paracha de Lekh Lekha, si je ne me trompe. Nous en sommes au chapitre Yod-Bet, n'est-ce pas ? Est-ce que je me trompe ? Où en sommes-nous ? Pour la quatrième fois, voulez-vous bien me répondre ? Je vous en supplie.

Auriez-vous la gentillesse et la courtoisie de m'indiquer où nous en sommes ? Quand j'aurai la réponse, je pourrai continuer. Les quatre manières d'être Israël. Très bien, voilà. Enfin. Alors, nous allons passer au chapitre Yod-Bet, au verset Aleph: Vayomer Hachem el Avram. Dieu dit à Avram: Lekh lekha. Ça veut dire quoi, lekh ? « Va ». Et lekha ?

## Le sens de « Lekh lekha »

« Va-t'en », en fait. C'est comme en français: « va-t'en » est un pronominal. Il y a une différence entre « va » et « va-t'en ». Quelle est la différence ? Quand je dis à quelqu'un « va », cela veut dire qu'il doit aller. Mais quand je dis « va-t'en », cela suppose quelque chose qui revient à la personne elle-même: je vais pour moi. Quand je dis « je m'en vais », je me mets à part.

Tandis que quand je dis « je vais », cela ne veut pas dire que je m'en vais seul. Cela veut dire que je prends des gens avec moi, par exemple. D'accord ? Il y a donc une différence entre lekh et lekh lekha. Quand la Torah dit que Dieu a dit à Abraham lekh lekha, cela vient exclure quelqu'un qu'Abraham aurait probablement pris avec lui. De qui s'agit-il ? Je n'en sais rien.

## Abraham à soixante-quinze ans

En tout cas, une chose intéressante: si je regarde un peu plus loin, au verset Aleph, j'apprends qu'Abraham a déjà soixante-quinze ans au moment où cela se passe. Il est écrit: Véavram ben ḥamech shanim ouchvaayim... Abraham avait soixante-quinze ans lorsqu'il est sorti de Harane. S'il a soixante-quinze ans, cela veut dire que jusqu'à présent il a fait pas mal de choses. C'est vrai que soixante-quinze ans, pour l'époque, c'est encore jeune, étant donné qu'on vivait très longtemps.

Mais en soixante-quinze ans, on peut quand même faire pas mal de choses. Qu'est-ce qu'il faisait jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans ? La Torah en parle dans le verset: ha-nefesh asher assou be-Harane, les personnes qu'il avait faites à Harane. Quelles personnes avait-il faites ? Là, nous nous aidons de la tradition orale, qui nous dit qu'Abraham et Sarah convertissaient.

— Il convertissait à quoi ?

— Tu poses la question, si tu la reproches à Abraham ? J'ai compris. Mais le problème est: comment se fait-il qu'Abraham ne soit pas au courant de ce que tu as appris à l'école ? C'est quand même bizarre. Abraham est certainement un bon juif de la communauté, donc il est au courant de ce qu'on apprend au Talmud Torah. Et comment se fait-il qu'il ne le sache pas ? Je crois entrevoir une réponse dans l'idée qu'Abraham est bien antérieur à tout cela. Tu as tout de suite compris qu'il y avait ici une particularité par rapport à des choses que nous avons apprises au Talmud Torah.

Donc Abraham convertissait. À quoi ? Vous avez si bien dit: au monothéisme. D'après la tradition, ce n'est pas écrit dans la Torah, mais dans la tradition orale, Abraham a innové: la diffusion du monothéisme dans le monde. Son projet est d'enseigner aux hommes qu'il y a un seul Dieu. Quels hommes ? Tous. C'est une religion monothéiste et cosmopolite, n'est-ce pas ? C'est ça, son projet. Connaissez-vous, parmi les religions que nous connaissons aujourd'hui, une religion qui soit monothéiste ?

## Monothéisme et universalité

— Et cosmopolite. Bien compris.

La chrétienté est effectivement cosmopolite, mais elle n'est pas monothéiste, puisqu'elle croit en trois dieux. Cela pose un problème. L'islam, n'est-ce pas ? L'islam est monothéiste, et il a une prétention cosmopolite en tout cas: son projet concerne l'humanité toute entière, amener tout le monde à un seul lieu. Donc, ce que fait Abraham jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans ressemble, d'une certaine manière, au projet de l'islam, moins la violence.

C'est-à-dire que l'islam emploie la violence pour diffuser son message, tandis qu'Abraham veut diffuser son message en une religion universelle, cosmopolite, monothéiste.

— Et le but de Hachem pour Israël, c'est pareil, c'est de dévoiler…

J'en sais rien, pour l'instant. Je sais qu'en tout cas, le judaïsme est une nationalité plus qu'un humanisme. Il faudra donc comprendre ce que cela veut dire chez Abraham.

— J'ai dit une chose: moins la violence.

Ça, c'est vrai, c'est ce que j'ai dit: le projet d'Abraham ressemble au projet de l'islam, moins la violence. Oui, c'est vrai. En quoi me trompe-je ? Très bien, tu as bien compris ce que je voulais dire, je suis heureux.

## De la religion à la nation

Tout cela, il le fait jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans. Est-ce que ça marche ? D'après la tradition, oui: des milliers et des myriades s'associent à Abraham dans son projet. On peut donc dire que ce qu'il faisait jusque-là, c'était de la religion. Et de quoi parle-t-il avec ses adeptes ? Il leur parle de Dieu. On lui demande: Abraham, ce Dieu en question, il t'a parlé ? Il répond: non, il ne m'a pas parlé, mais j'espère bien qu'un jour je serai récompensé de mes efforts et qu'il me parlera.

À l'âge de soixante-quinze ans, Abraham reçoit un cadeau du ciel: Dieu lui parle pour lui dire: laisse tomber tout ce que tu as fait. Lekh lekha. C'est comme un coup de tonnerre dans la vie d'Abraham. Dieu lui dit: tout ce que tu as fait n'était pas mal, mais maintenant tu vas t'occuper d'autre chose. De quoi ? Tu vas laisser tomber la religion pour t'occuper de politique. Tu vas fonder une nation. Regardez ce que dit la Torah. C'est ce qu'on se demande.

Le projet d'Abraham change. Il ne doit pas fonder un culte, il ne doit pas fonder une religion. Son but est de fonder une entité politique, une nation. Et sur une terre. Une nation sur une terre, cela s'appelle un État. Abraham est donc un fondateur d'État, et c'est à cela qu'il doit maintenant consacrer ses efforts. Et la religion, alors ? On va voir.

## Une nation pour servir de modèle

Venivrechou bekha kol michpehot haadama: par toi seront bénies toutes les nations de la terre. Vous comprenez que c'est énorme, ce qu'on lui demande maintenant. Il va donc fonder, non pas une religion, mais un peuple, une nation modèle. Il va créer une société étatique, et elle devra être sainte. C'est la sainteté collective, et non la sainteté individuelle. Jusqu'à présent, tu t'occupais de sainteté individuelle.

Si je te demandais, à toi Abraham, ce que tu penses de l'État, tu t'en fichais pas mal. Et à partir de ce moment-là, tu vas fonder une nation pour servir de modèle aux autres …

Cours de Machon Meir

Dans la même série

281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.

  1. 118
    Babel, les lèvres de la terre et l'erreur de l'unité
    Pourquoi la dispersion précède Babel, ce que signifie « safa » et la différence entre unité et uniformité.
    51 min
  2. 119
    Le sang de l'homme et la tour de Bavel
    Pourquoi Dieu venge le sang versé, et comment la tour de Bavel fait basculer l'humanité.
    54 min
  3. 120
    Abraham entre deux projets : seul ou avec Lot ?
    Deux départs d'Abraham, un verset qui semble contredire l'autre, et la vue depuis la montagne de Samarie.
    52 min
  4. 121
    Quitter Our Kasdim : l'exil qui fonde l'identité d'Israël
    Le pays des Hébreux, la famille de Terach et la rivalité des lignées de Nahor et d'Avraham, qui ont façonné les origines d'Israël.
    50 min
  5. 122
    Lekh Lekha : Abraham quitte Haran pour Kenaan
    Pourquoi Abraham, à 75 ans, repart-il de Haran, et ce que son départ dit de son projet universel.
    En cours de lecture
  6. 123
    Abraham entre sanctification individuelle et collective
    Pourquoi Abraham repart-il avec les siens après avoir obéi à l'ordre de partir seul, et ce que signifie monter sur la montagne.
    51 min
  7. 124
    Abraham entre deux projets : sortie de Haran et route vers l'Égypte
    Le double récit de la sortie de Haran (Béréchit 12) et la descente en Égypte qui suit, entre projet divin et projet de Terah.
    52 min
  8. 125
    La tour de Babel et le piège de l'uniformité
    Pourquoi la Torah se méfie d'une humanité sans différences, et comment la tour de Babel la conduit au conflit.
    15 min
  9. 126
    Abram vainqueur des rois et la crainte du chef
    Abram, dernier des Hébreux, poursuit les rois jusqu'à Dan et craint ensuite d'avoir tué des innocents.
    54 min
  10. 127
    La tour de Babel et l'idée de l'humanité unifiée
    Pourquoi la tour de Babel naît d'un désir d'unité, et comment la révélation du Sinaï affirme au contraire l'individualité de chacun.
    53 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav