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Vayera Elav Hachem : la vision d'Abraham et ses commentateurs

Pourquoi le nom d'Abraham disparaît du texte, et comment le Rambam explique la vision divine.

57 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham, les trois anges et l'arbre de la vie, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous arrivons à Vayéra Élav Hachem, au chapitre, au verset Aleph. Merci de m'avoir apporté un livre, ça me permet de lire. Nous allons voir que ces versets sont extrêmement confus. Je lis les premiers versets de ce chapitre: Vayéra Élav Hachem, Hachem lui apparut Béélone Mamré, dans les plaines de Mamré.

Le chapitre, le numéro du chapitre est en général en haut de la page. Vous avez donc en haut un des tout premiers chapitres. Continuez, encore, encore, allez-y. Et là, vous êtes dans la paracha de Noa'h, c'est encore beaucoup plus loin. Voilà, c'est très simple. Je prends donc les premiers mots: Vayéra Élav Hachem, Hachem lui apparut Béélone Mamré, dans les plaines de Mamré.

Véhou yochev pèthah HaOhel, il était assis à l'ouverture de la tente, lors de la chaleur du jour. Il leva les yeux et il vit: voici trois hommes qui se tenaient debout auprès de lui. Il courut à leur rencontre, depuis l'ouverture de la tente, Vayichtahou artsa, il se prosterna jusqu'au sol. Vayomar, il dit: Adonaï, mes seigneurs, ou mon seigneur, im-na matsati hen be'énéèkha, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, al na taavor mé-avdekha, ne passe pas auprès de ton serviteur. Youqah-na mé'at maïm, qu'on prenne un peu d'eau, véraḥatsou raglèkhem, lavez-vous les pieds. Véhi'chaènou taḥat ha'ets, appuyez-vous sous l'arbre.

Véeqa'ha pat lèkhem, je prendrai du pain, véséadou libkhèm, vous rassasierez vos cœurs, aḥar tavo'ou, après quoi vous passerez, ki al-ken 'avartem 'al 'avdekhem, car c'est bien pour cela que vous êtes passés auprès de votre serviteur. Vayomérou, ils dirent: ken ta'assé ka-asher dibarta, ainsi tu feras comme tu l'as dit.

C'est très intéressant. De qui parle-t-on ? D'Avraham ? Où est-ce que tu as été chercher ça ? Il y a écrit lui, il n'y a pas écrit que c'est Avraham. Dans les cinq versets que je viens de lire, qui disent beaucoup de choses et contiennent énormément de verbes, le nom d'Avraham n'est mentionné à aucun moment. Il n'y est pas non plus écrit Hachem.

— Dans le contexte, on voit que c'est Avraham.

— Quel contexte ? Qui te dit que c'est le tente d'Avraham ? Il y a écrit « la tente ». Qui dit que c'est celle d'Avraham ? On nous parle de quelqu'un dont on ne nous donne pas le nom, et on nous dit beaucoup de choses de lui. Il, lui… mais on ne sait pas qui c'est. Ça ressemble à Avraham, oui, c'est vrai. Ça ressemble d'ailleurs à pas mal de monde. Comment sais-tu que ça désigne Avraham ? Parce que tu l'as lu là ?

Une réponse intelligente: c'est écrit avant. Regardons le chapitre précédent, et remarquez une petite chose. Chapitre Yud Zayin, depuis le début. Au verset Aleph: Vayehi Avram ben tish'im shana ve-tisha, Avram avait quatre-vingt-dix-neuf ans. Verset Guimel: Vayipol Avram al panav, Avram tomba sur sa face. Puis vous passez au verset Tet, et ensuite au verset Tet-Vav. Vous avez ici une insistance très lourde sur Avraham. Passez au verset Kaf-Vav: Be-étsem hayom ha-zé nimol Avraham, en ce jour même, Avraham fut circoncis.

Vous avez vu la lourdeur du texte. Il n'arrête pas de dire « Avraham ». Ce qui ne fait qu'accentuer le contraste avec ce que nous voyons juste après: quand on ne dit pas le nom d'Avraham, c'est qu'il y a une intention à ne pas le dire. Maintenant, revenez au chapitre, au verset Vav: Vayémahèr Avraham, et Avraham s'empressa. Donc il y a cinq versets pendant lesquels le nom d'Avraham est, disons, effacé à dessein, alors qu'auparavant on n'a pas arrêté de le dire, et qu'ensuite, juste après, on le dit de nouveau. Il y a donc une intention dans le texte, d'accord ?

Cela voudrait peut-être dire qu'Avraham, en tant qu'Avraham, ne pouvait pas être le sujet d'une telle révélation. Vayéra Hachem, Vayéra Élav Hachem, cela veut dire que Dieu est apparu. Devant une vision de ce genre, on est complètement écrasé, annihilé; il ne reste plus rien de soi. D'ailleurs, je voudrais aller plus loin: le verset qui dit « Dieu lui est apparu » contredit un autre verset bien connu de la Torah, Lo yiraani adam vachaï, l'homme ne me verra pas et restera en vie. Cela veut donc dire qu'Avraham a cessé d'être Avraham, sinon il lui était impossible de voir. Il était englouti, disons.

Pour cela, je voudrais me servir d'un autre texte de la Torah, dans le livre de Vayikra. Cela me ferait plaisir d'avoir un Vayikra sous la main, ou un Tanakh, car je vois qu'ici il est absolument inexploité, et c'est tellement dommage. Voilà, maintenant il commence à être utile. Je lis dans Vayikra, au chapitre 16, qui s'appelle, au verset Bèt. Il y a des lois sur la manière dont on entre dans le lieu sacré. Verset Guimel: Bezot yavo Aharon el HaKodesh, c'est ainsi qu'Aharon entrera dans le lieu saint. Je passe ensuite au verset Vav: Vehiqriv Aharon et parō, Aharon sacrifiera le taureau expiatoire. Puis au verset Ḥet: Venatan Aharon al shenei ha-sehirim, Aharon mettra deux lots sur les deux boucs.

Vous avez remarqué qu'il y a un mot qui revient ? Aharon. La Torah insiste lourdement: Aharon, Aharon, on n'en finit plus.

Une pleine pelle de braises enflammées au-dessus de l'autel devant Dieu, et une grande poignée d'encens bien pilé. Il introduira cela au-delà du rideau, c'est-à-dire dans le Kodesh HaKodashim, le Saint des Saints.

Et là, la Torah supprime le nom d'Aharon: Aharon n'est pas mentionné. Dans toute cette affaire, il y a plein d'actes: il doit jeter l'encens sur le feu, il doit prendre le sang du taureau, tout cela, et il l'introduit dans le Kodesh HaKodashim. Il y a là-bas des tas de choses de ce genre. Et ensuite il est dit: Vekhol adam lo yihyé béohel moèd, « il n'y aura aucun homme dans la tente d'assignation », beboo'o el hakodesh, « lorsqu'il viendra dans le sanctuaire ».

Vous avez remarqué l'absurdité du texte ? Le texte nous dit: lorsqu'il entrera dans le lieu saint, il n'y aura aucun homme là-bas. Mais il y en aura au moins un: qui ? Aharon. Cela veut dire que lorsqu'Aharon rentre dans le Kodesh HaKodashim, il cesse d'être Aharon, il cesse, à la limite, d'être un homme. Il est englouti dans le phénomène. Il y a une élévation mystique telle qu'il est en fait complètement annihilé.

Après, quand il ressort, il est écrit Vesiyhsham, Aharon, etc. On revient sur le nom d'Aharon. Il y a un moment, dans la révélation, dans le service de Kippour, où Aharon est comme englouti. Quel est le danger ? Qu'il ne revienne pas. Il ne peut pas mourir, il n'est pas mort là-bas, il n'est pas là. Il peut donc avoir le désir de rester là-bas.

C'est le grand kiff, n'est-ce pas ? La fusion avec l'Ein Sof, tous ces machins-là. Il est tout content, lui. Et la Torah lui dit: non, il faut qu'il sorte. D'ailleurs, le Zohar dit qu'il y avait un …

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