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Lekh Lekha : Abraham entre sainteté individuelle et collective

Pourquoi Dieu fait passer Abraham de la émouna personnelle à un projet national, et les tensions que cela engendre.

16 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Agar, la servante égyptienne et la naissance d'Ishmaël, 50 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Nous poursuivons donc notre étude dans le livre de Béréchit, au chapitre Yod-Bet, le chapitre 12, qui nous présente Abraham à partir de la révélation. Nous avons déjà connu Abraham et sa famille dans la paracha de la dernière fois, à la fin de Noa'h, où nous trouvons Abraham, si l'on veut, auxiliaire de sa famille: la famille de Térah, son père, de son frère Haran, victime des persécutions, puis de Nahor.

Abraham est emporté par la tentation, qu'on peut appeler cosmopolite hébraïque de l'Antiquité, c'est-à-dire cette idée qu'il faut continuer l'histoire du peuple hébreu, auquel Abraham appartenait, dans un mode de vie qui serait des communautés greffées sur une civilisation étrangère.

On peut dire que, de ce point de vue, Abraham, jusqu'à présent, vivait une vie exilique, bien que spirituelle. En effet, selon la tradition, et l'on peut trouver un fondement là-dessus dans les textes, il semble qu'Abraham ait été occupé, jusqu'à l'âge de 75 ans, c'est quand même beaucoup de temps, à fonder une religion monothéiste et cosmopolite. Ce qui veut donc dire qu'Abraham avait l'espoir de transformer la vie des hommes.

Il pensait qu'en enseignant le monothétisme au plus grand nombre possible et, pourquoi pas, à l'humanité tout entière, la vie des hommes serait transformée. Évidemment, il ne s'agit pas de la vie politique ou de la vie étatique, il s'agit de la vie individuelle. C'est-à-dire que le projet primordial d'Abraham concernait l'individu. Si l'on avait demandé à Abraham, à cette époque: « Abraham, quel est ton grand espoir ? », il aurait répondu: « Mon espoir est d'arriver à la sanctification du plus grand nombre possible de vies individuelles. Chacun sanctifiera sa vie en servant le Dieu unique. »

Si, à cette époque, on avait demandé à Abraham quelle est la nation qu'il espère toucher par son enseignement, il aurait probablement répondu que cela n'a aucune importance. C'est-à-dire que l'identité nationale, le cadre collectif, la vie de l'État, à l'époque, ne représentaient encore pour Abraham, pour ainsi dire, rien.

Il est évident que, pendant tout ce temps-là, quand Abraham parle aux hommes du Dieu qui a créé le monde, de ce Dieu unique auquel il faut s'adresser, Abraham a l'espoir qu'un jour ce Dieu dont il parle tout le temps se révélera à lui. Et dans notre paracha, la paracha de Lekh Lekha, il y a effectivement, pour la première fois depuis des années, une révélation de ce Dieu qui s'adresse à Abraham: Vayomer Hachem el Avram.

Mais il se révèle pour lui dire quoi ? Pour lui dire d'abandonner tout ce qu'il a fait jusqu'à présent. Lekh lekha, va pour toi. Indépendamment de tous les drachot, de toutes les interprétations plus ou moins élaborées que l'on peut faire de ce pour toi, de ce lekha, il faut se rappeler que, dans l'hébreu biblique, l'expression lekh lekha veut dire littéralement « va tout seul ». Cela signifie: il faut que tu abandonnes tout ce que tu as fait jusqu'à présent.

On peut s'imaginer que c'est un coup de tonnerre dans la vie d'Abraham. Il apprend que tout ce qu'il a fait jusqu'à présent, bien qu'étant certainement positif, n'est pas disqualifié, Dieu ne plaise, le Créateur, mais que c'est le moment pour Abraham d'entreprendre une nouvelle histoire, en se séparant de son entreprise religieuse et monothéiste qu'il élaborait jusqu'à présent.

Et qu'est-ce qu'on lui demande ? On lui dit: va-t'en, Mé'artsekha ou-mimoladetekha ou-mi-Metavira, de ta terre, de ton lieu de naissance, de la maison de ton père. Et là: El ha-arets asher ar'eka, vers le pays que je te montrerai. Va'a'asekha le-goy gadol, et je ferai de toi une grande nation.

On pourrait s'attendre à ce que Dieu dise à Abraham: je ferai de toi une grande religion, une grande confession, la confession d'Abraham. Or ce qui est surprenant, c'est qu'en fait Dieu le fait passer de la religion à la politique. Il lui dit: tu vas maintenant t'occuper de choses beaucoup plus grandes. Il ne s'agit pas de sanctifier la vie de l'individu; à la limite, l'islam pourrait peut-être suffire.

Toi, tu vas t'occuper, dit Dieu à Abraham, de la sainteté collective. Tu vas sanctifier les collectivités humaines. Tu vas en créer une, dans ton territoire, et cela devient donc territorial, terrestre. Lekh lekha me-artsekha, el ha-arets asher ar'eka, va-t'en vers le pays que je t'indiquerai. Je ferai de toi, là-bas, une grande nation, et non pas une grande religion.

Et à partir de cela, au verset 3: Venivrekhu vekha kol mishpechot ha-adama, par toi seront bénies toutes les nations de la Terre. Ce qui va donc être proposé aux nations, c'est un modèle de sainteté collective. On pourrait dire qu'à partir de ce moment-là, le but d'Abraham n'est pas de sanctifier la vie des individus, mais bien au contraire de sanctifier la vie des États. Comment faire de la politique qui soit le réceptacle de la sainteté ? C'est un projet, on peut dire, gigantesque.

On peut se demander si Abraham n'aurait pas une hésitation par rapport à ce projet. Parce que, effectivement, sanctifier la vie des individus est encore relativement facile, puisque la sainteté individuelle dépend du bon vouloir de chacun, de son libre arbitre. Tandis que là, il s'agit de transformer la politique. Est-ce faisable ? Est-ce réalisable ? La politique agit à la manière d'un corps naturel et impersonnel. Cela est-il réalisable ? En tout cas, il est évident qu'Abraham va obéir au commandement de Dieu.

Mais cela ne sera pas facile pour lui. Voyons un peu. Au verset 4, la Torah nous dit: Vayelekh Avram ka'asher diber elav Hachem, « Avram alla, comme Dieu le lui avait ordonné ». Qu'est-ce que cela veut dire, « comme Dieu lui avait ordonné » ? Eh bien, il est allé seul. Il a abandonné tout le monde. Il est allé tout seul. Vayelekh ito Lot, « et Lot alla avec lui ». C'est-à-dire que l'initiative de s'associer à Abraham ne vient pas d'Abraham, elle vient de Lot.

Il n'y a rien de grave à tout cela. Dieu n'a pas dit à Avraham de renvoyer ceux qui viennent avec lui. Mais l'initiative ne vient pas de lui. Ve-Avram ben hamech shanim ve-shiv'im shana bi-tsetho mi-Haran, or Avram était âgé de 75 ans lorsqu'il quitta Haran. Tout cela est très clair. Le problème, c'est que le verset juste après dit exactement le contraire de tout ce que nous avons vu jusqu'à présent: Vayikah Avram et Sarai ishto. Et alors Avram prend. C'est donc son initiative à lui.

Sarai, sa femme, ainsi que Lot, le fils de son frère, ainsi que tous les biens qu'ils avaient acquis et les âmes qu'ils avaient formées, ils sortirent pour se rendre dans le pays de Kena'an. Ils arrivèrent au pays de Kena'an. Le verset 5 dit donc le contraire du verset 4, qui nous indique qu'Abraham est parti tout seul, comme Dieu le lui avait ordonné. Tandis que dans le verset 5, Abraham s'en va en emmenant tout le monde. Et il n'est d'ailleurs pas dit que cela se fait comme Dieu le lui avait ordonné.

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