Pourquoi étudier Béréchit : l'identité d'Israël
Le livre de Béréchit enseigne qui est Israël ; le cours expose les difficultés de lecture du Houmach.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi étudier Béréchit : l'identité d'Israël, 51 min
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Shalom tout le monde. Et tant pis pour ceux qui ont déjà entendu ce cours. Nous allons étudier le livre de Béréchit. Nous allons étudier le livre de Béréchit. Pourquoi Béréchit ? Il y a à cela plusieurs raisons. La mauvaise raison, c'est parce que c'est le premier. En général, on ne commence pas par le début, on commence par le milieu, dans beaucoup de choses. Mais la véritable raison pour laquelle nous allons étudier le livre de Béréchit, c'est que la Torah nous dit d'habitude ce qu'un Juif doit faire, mais il y a très peu d'enseignements dans la Torah qui nous expliquent ce que c'est qu'un Juif.
C'est-à-dire l'identité d'Israël, l'identité qui est censée recevoir la Torah, qui reçoit la Torah. En général, c'est considéré comme une chose claire, alors que ce n'est pas clair du tout. On nous dit: voilà, un Juif doit faire ça et ça. Oui, mais c'est quoi un Juif ? D'où ça vient ? Qu'est-ce que c'est que cette identité ? Il y a un livre dans la Torah dont c'est le travail: le livre de Béréchit, qui est le livre des engendrements de l'identité d'Israël. Et donc, comme c'est très important de savoir qui nous sommes, c'est pour ça que nous allons étudier ce livre.
Y a-t-il des questions jusqu'à présent ? Je tiens à rappeler une chose très importante: dans mes cours, en général, je dis des choses simples au début, et après ça se complique de plus en plus. C'est-à-dire qu'il n'y a aucun espoir que la suite du cours explique quelque chose qui n'a pas été clair au premier abord. Donc s'il y a des questions, il vaut mieux les poser dès le départ. Deuxièmement, vous aurez une interro sur tout ce qui vous sera enseigné, donc il faut faire bien attention. Ça sera noté.
Il y a dans l'étude du Chumash de nombreuses difficultés. Nous allons en faire la liste. Pas exhaustive, mais une liste partielle des difficultés qu'il y a dans l'étude du Chumash, de la Torah écrite.
Tout d'abord, la loi écrite, la Torah, est écrite en hébreu prophétique. Et nous, nous parlons l'hébreu moderne. Il faut bien se mettre ça dans la tête. À l'époque où il y avait des prophètes dans le monde, la vie était vécue de manière totalement différente de comme nous la vivons. L'identité de l'homme antique est radicalement différente de celle de l'homme moderne. Ce qui fait qu'il peut y avoir un mot en hébreu que nous avons l'impression de connaître parce que nous l'avons étudié en hébreu moderne, à l'Ulpan par exemple, mais en vérité, ce mot, ce concept, a une signification totalement différente dans l'hébreu de la Torah. Il faut donc faire un travail de restitution, restitution du sens originel. Et là se posera une question de confiance: qui me dit ?
Qui vous dit que ce que je dis est vrai ? C'est-à-dire, comment est-ce que moi, qui vis à l'époque actuelle, je peux savoir ce que signifiait un mot avant ? D'accord ? Cette question est importante, on va devoir l'élucider. Ça, c'est la première difficulté. C'est donc un texte en hébreu prophétique, alors que nous parlons l'hébreu moderne.
Deuxièmement, il y a une énorme difficulté: nous sommes imbibés jusqu'à la moelle de civilisations chrétiennes. Nous sommes tous des chrétiens, dans le sens où nous visons un texte, nous entendons une idée, nous l'abordons selon les intuitions qui nous sont transmises par la civilisation chrétienne, avec un certain mélange de philosophie grecque. Ce qui fait que énormément de notions qui nous semblent absolument évidentes sont très loin de ce que ces notions veulent dire dans la Torah. Pas seulement parce que c'est de l'hébreu prophétique, mais parce que c'est dit dans un autre contexte. Ce qui pose des problèmes énormes, d'accord ? Ça, c'est la deuxième difficulté.
Troisième difficulté. Pour comprendre véritablement un texte, une des choses qu'il faut savoir, c'est à qui ce texte est destiné. C'est la différence qu'il y a entre ce qu'on appelle une parole, la Torah est une parole, et la sagesse. La sagesse est complètement indifférente à celui qui l'étudie. Si j'apprends les lois de la gravitation, ça n'a aucune importance si je sais que ça a été découvert par Newton ou pas. La loi de la gravitation s'en fiche pas mal de savoir qui est Newton, d'ailleurs elle ne le sait même pas. Et nous avons des témoignages historiques irréfutables qu'il y avait des pommes qui tombaient de l'arbre bien avant Newton. Et d'ailleurs elles tombaient pas loin du pommier. Ça n'a jamais cessé. La loi de la sagesse, la loi de la science, est une loi absolue. Si je l'ai comprise, c'est bien. Si je ne l'ai pas comprise, ça reste vrai.
Par contre, la Torah n'est pas une sagesse. La Torah est une parole adressée à quelqu'un. Pour bien la comprendre, il faut savoir à qui elle est adressée. Par exemple, pour comprendre la simple phrase « Passe-moi le sel ». Vous avez entendu une fois cette phrase ? « Passe-moi le sel ». Ça peut vouloir dire des tas de choses. Ça peut être une remarque acerbe sur le fait que la soupe est fade, et c'est avec un manque total de tact que je dis « passe-moi le sel
» et que tout le monde l'entend. Ça peut vouloir dire, au contraire, je veux savoir si tu es gaucher ou droitier: alors passe-moi le sel, mais en fait mon intention est tout à fait différente, je veux voir de quelle main tu vas te servir. Et puis ça peut vouloir dire: est-ce que tu parles le français ? Alors je vais te dire « passe-moi le sel » et je saurai si tu comprends le français ou pas. D'accord ? Donc, selon la personne à laquelle c'est adressé, le
sens de la phrase est différent.
Maintenant, imaginez que j'ai quitté la pièce et que j'ai laissé un morceau de papier sur lequel il y a écrit « passe-moi le sel ». Viennent alors des érudits qui font des doctorats pour comprendre ce que veut dire cette phrase. Ils n'ont pas les données du contexte dans lequel cette phrase a été dite, et ça va faire des spéculations à n'en plus finir. Tandis que si on savait qui a dit « passe-moi le sel » et à qui il l'a dit, beaucoup de questions seraient résolues. Donc, il faut savoir également à qui est adressé ce texte.
Continuons un peu. Ce texte, on le trouve dans presque toutes les bibliothèques du monde. C'est le best-seller mondial. Or, des milliards d'individus lisent ce livre et le comprennent différemment de nous. Vous demandez à quelqu'un: « Mais qu'est-ce que dit la Bible ? » La Bible dit ça, et ça, et ça. Tu écoutes, mais c'est n'importe quoi, ce n'est pas ça qu'on a étudié au Talmud Torah. Alors, comment savoir ce que veut dire véritablement le texte ? Il faut savoir qui est la personne à qui il s'est adressé.
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