Pourquoi étudier le livre de Béréchit : identité juive et méthode
Introduction à Béréchit : comprendre l'origine de l'identité d'Israël et lire le texte pour ce qu'il dit.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Qui est Israël ? Le livre de Béréchit comme question d'identité, 53 min
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C'est vrai de dire que le livre de Béréchit est important parce que c'est le premier. Mais c'est une raison insuffisante, parce que très souvent on étudie quelque chose qui n'est pas en premier. Il faut donc chercher une autre raison. Une des raisons pour lesquelles nous étudions le livre de Béréchit, c'est que la Torah, en général, nous parle de ce qu'un juif doit faire. Mais il est très rare que la Torah s'occupe de nous dire ce qu'est un juif.
Or, aujourd'hui, il y a un problème dans la définition de l'identité juive. Nous voulons savoir qui nous sommes avant de savoir ce que nous devons faire. S'il y a un livre dans la littérature hébraïque qui traite de ce problème, c'est le livre de Béréchit, qui explique ce que nous sommes. En fait, c'est tout à fait évident. Quelqu'un se promène dans le monde et découvre qu'il y a des juifs et des non-juifs. Il se dit: mais alors, d'où ça vient ? Comment se fait-il qu'il y ait des juifs et qu'il y en ait qui ne sont pas juifs ? Il doit bien y avoir une raison.
Il faut donc élucider l'engendrement de l'identité d'Israël. Il y a un livre, Béréchit, qui est là pour nous expliquer les engendrements de l'identité humaine et, par déviation, les engendrements de l'identité d'Israël. C'est pour cela que nous allons étudier le livre de Béréchit. Maintenant, nous allons aujourd'hui faire une petite introduction au livre de Béréchit et à la méthode d'étude que nous allons adopter.
Le livre de Béréchit est difficile à comprendre, pour une raison très simple: il est écrit dans un langage très différent du nôtre. Il est écrit en hébreu prophétique, ce qu'on a l'habitude d'appeler l'hébreu biblique. Or, l'hébreu biblique, l'hébreu de l'époque où la Torah a été donnée, suppose un certain univers mental qui n'est pas le nôtre.
Ce qui est supposé dans la Torah, par exemple, c'est une présence du Créateur dans le monde. Aujourd'hui, vous avez des gens qui disent: moi, je crois en Dieu; d'autres disent: je ne crois pas en Dieu. Vous connaissez ça ? Ce sont des athées. Les agnostiques, eux, ce sont ceux qui ne prennent pas position. L'athée, c'est celui qui affirme que Dieu n'existe pas. C'est pour cela qu'en général, au moment de Mincha, la téfila, il s'en va, parce qu'il n'en a rien à faire de la téfila.
À l'époque de Tanakh, il y a sur terre des prophètes, il y a les élèves des prophètes, il y a ceux qui acceptent l'enseignement des prophètes, et puis il y a l'adversaire. L'adversaire, ce n'est pas l'athée. À l'époque où la Torah est donnée, l'adversaire, ce sont les idolâtres, le paganisme, la mythologie. C'est contre cela que les prophètes luttent. Il n'y a pas un quart de verset dans toute la Bible qui traite de l'athéisme. C'est quand même surprenant. Vous avez remarqué ça ? Cela veut dire qu'il n'y avait pas d'athéisme dans l'Antiquité, je veux dire dans la haute Antiquité.
Dans la très haute Antiquité, les hommes avaient une connaissance de la présence du divin, et le débat était de savoir comment s'adresser au divin: à la manière des prophètes, ou à la manière des idolâtres, des avodah zarah. Il n'était pas possible d'affirmer le contraire. Être athée à l'époque de l'Antiquité, c'est à peu près équivalent à nier qu'il fait jour maintenant. C'est une absurdité. Le sentiment de la présence du divin était tellement fort qu'on ne pouvait pas envisager les choses d'une autre manière.
Vous comprenez déjà, ne serait-ce que par cela, que lorsque nous lirons ce texte, nous devrons comprendre qu'il s'agit d'un autre monde. N'est-ce pas ? Ça, c'est le premier point. Deuxième point. Oui, quoi ?
— Contre qui ils se battaient ? Ils ne se battaient pas contre les athées. Contre qui ?
Le problème dans ta question, c'est que j'ai du mal à la comprendre. Pose-la très simplement. Si tu poses cette question, c'est que la réponse que j'ai donnée ne te suffit pas, ne te satisfait pas, n'est-ce pas ? Or j'ai déjà dit trois fois que c'était contre les idolâtres. Si tu poses quand même la question de savoir contre qui, c'est qu'il y a quelque chose que tu caches derrière cette question, c'est-à-dire que tu n'as pas enregistré... C'est une éventualité que je n'arrive même pas à imaginer, ça ne marche pas, ça. Donc je n'ai pas compris ta question. Mais enfin, d'accord, c'est très bien.
Donc je disais: pour comprendre ce texte, il faut comprendre qu'il est écrit dans un langage qui n'est pas le nôtre. Ce n'est pas parce que c'est de l'hébreu et pas du français, c'est parce que c'est de l'hébreu prophétique. Les paramètres selon lesquels vivaient les hommes à une époque prophétique ne sont pas les nôtres. Il y a des choses qui sont une évidence pour nous et qui ne l'étaient pas pour les anciens, et inversement. Par exemple, pour un ancien, il est évident que si la pluie ne tombe pas, on fait la prière, et la pluie tombe. Pour un moderne, c'est une absurdité mystique. D'accord ? Il faut bien comprendre que les choses ont changé.
Ça, c'est le premier point. Le deuxième point va rendre les choses encore plus difficiles. Ce texte que nous allons étudier est un texte qui est étudié dans le monde entier. Nous ne sommes pas les seuls à l'étudier. Des milliards de personnes sur Terre lisent ce texte, la Bible, et le lisent différemment de nous. Le problème est de savoir quelle est la bonne lecture, et là ce n'est pas si simple.
Avant de comprendre qui a raison, qui sait lire ce texte, il faut savoir de quel texte il s'agit. Qu'est-ce que la Torah ? C'est une question gigantesque. Il existe une tendance, dans la culture générale, à dire que la Torah, c'est la sagesse des Hébreux. D'une certaine manière, la philosophie grecque, c'est la sagesse des Grecs, et la Torah serait donc la sagesse des Hébreux, des juifs. En fait, c'est totalement faux. Si la Torah est une sagesse, alors elle est indifférenciée, elle appartient à tout le monde.
Prenons la loi de la pesanteur. Vous connaissez la gravitation universelle ? Qu'est-ce que dit cette loi ? Elle dit que les pommes tombent. C'est vrai, les pommes tombent. Et où tombent-elles, au fait ? Pas loin du pommier. Cette règle universelle a été découverte par qui ? Par Isaac Newton, n'est-ce pas ? Newton a découvert que les pommes tombent, il en a fait une loi, la loi de la gravitation. Elle s'exprime par des équations mathématiques sur le rapport entre les masses, le rapport inverse, etc.
Maintenant, quand un étudiant en Thaïlande étudie les lois de la gravitation, est-il capable de les étudier même s'il ne sait pas qui est Newton ? Oui. Le fait que ce soit Newton qui ait découvert cette loi n'a aucun intérêt du point de vue de la loi physique. On peut donc se servir de cette loi sans savoir qui l'a découverte ni quelle était sa nationalité, parce que c'est une sagesse. …
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