Béréchit bara Elohim : le commencement de la Création
Pourquoi « Béréchit » signifie « au commencement de », et comment la chute et la réparation du premier verset dessinent un mouvement de techouva.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Béréchit : pourquoi le monde a été créé, selon Rachi, 20 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## La restitution du sens originel
Nous étudions la Torah avec une tendance à la comprendre en lui prêtant les mots que nous employons, à la manière chrétienne. C'est-à-dire que nous allons devoir, dans nos cours, faire un travail gigantesque de restitution du sens originel: que voulait dire tel mot pour un Hébreu, et non pas, par exemple, pour un Occidental ? C'est là seulement que l'on pourra vraiment comprendre la tension du texte.
Nous avons besoin pour cela du soutien d'une tradition d'interprétation, celle de la tradition orale, qui nous permet de lire le texte selon son intention. Quand nous lisons dans une traduction, nous passons dans un autre contexte de civilisation.
Mais même quand on étudie en hébreu, cela ne veut pas dire que l'Israélien, dont c'est la langue naturelle, comprend l'hébreu de la Bible. Il a une autre dimension, qui risque plutôt de le tromper. Je vais dire quelque chose à ce propos. Quand la Torah est étudiée, par exemple, par un Romain, du camp fortifié de Baba Oum ou de tout autre lieu, elle devient chez lui, par la force des choses et étant donné sa prédisposition personnelle, du christianisme catholique. Si c'est un Anglo-Saxon, elle devient par la force des choses du protestantisme. Si c'est un Slave, un Russe, elle devient du pravoslavisme orthodoxe. Et si c'est un Arabe qui lit la Torah, à travers plusieurs transformations et changements, elle devient le Coran. D'accord ? Parce que…
Il lit la Torah, mais il faut qu'il se la mette au Coran, ce qui est écrit dedans. Et donc cela se transforme. Au moins, quand je fais une blague, vous pourrez rigoler. Maintenant, qu'est-ce qui se passe quand c'est un Juif qui lit la Torah ? Il y a des chances que ce soit la Torah. Parce que le Juif, l'Israélien entre autres, vit dans un contexte culturel qui n'est plus celui de l'époque où cette parole a été entendue.
Il y a donc tout un travail à faire de restitution du sens originel. Mais cela, c'est pour une raison très simple. L'époque où la Torah est donnée, où le texte de la Torah est donné, est l'époque des prophètes. À l'époque où elle est écrite vit le plus grand des prophètes de l'histoire, Moshé. Il y a donc une présence de la parole divine parmi les hommes qui fait que l'identité humaine n'est pas la même. Et donc le sens des mots n'est pas le même. Tout cela était une introduction. Je vais vous donner un exemple tout bête.
## Le premier verset
Prenons le premier verset de la Torah. C'est simple: Béréchit, c'est dans le premier chapitre, au verset Aleph. Chapitre Aleph, verset Aleph. J'espère que ce n'est pas trop de pages à feuilleter. Une petite recommandation: pendant les cours, il est évident que des questions vont se poser. La condition pour pouvoir poser une question, c'est d'avoir un livre devant les yeux. En général, quarante pour cent des questions viennent du fait que celui qui pose la question n'a pas lu le texte. Il faut donc avoir un texte, et alors
on a le droit de poser des questions. Si on ne comprend pas, on peut poser la question, pas de problème, c'est pour cela que je suis là, pour répondre aux questions. Mais on ne peut poser de questions que si l'on a d'abord un texte devant les yeux. Et si l'on n'a pas compris, c'est de ma faute, c'est à moi de l'expliquer. Mais si l'on n'a pas de texte, on peut se dire que, s'il en avait eu un, il n'aurait pas posé la question. D'accord ?
Puisque c'est comme ça, nous allons passer au premier verset de la Torah, qui a l'air tout innocent. Voyons un peu ce qui est écrit. Il y a un livre devant vous, si vous voulez, ce n'est pas obligé: Béréchit bara Elohim et hachamayim véet haaretz. Que signifie, par exemple, le mot Béréchit en hébreu ? Comment ça se prononce ? Qu'est-ce qu'il a dit ?
Que veut dire le mot Réchit ? Absolument pas « commencement ». Le mot Réchit veut dire « commencement de ». « Commencement de », oui. C'est ce qu'on appelle l'état construit. Par exemple, quand je veux dire « au début de la rue », je dirais Béréchit Harechov. Le mot Réchit a donc pour signification « commencement de ». Il existe d'ailleurs un mot en hébreu pour « commencement » tout court: Téhila. On pourrait très bien dire Bétéhilat, puisque cela s'appelle l'état construit en grammaire hébraïque. Donc, si
je prends le Beit de Béréchit comme un Beit temporel, cela voudrait dire « au commencement de Dieu créa ». Il manque un mot, c'est une phrase elliptique: on suppose « au commencement de tout », par exemple « au commencement du monde », « au commencement de la création ». Mais le problème, c'est que le mot qui nous manque manque. On ne peut donc pas lire Béréchit comme « au commencement ». Les traductions mentent par omission: elles omettent le mot « de ». « Béréchit: au commencement
de, Dieu créa. » Si le mot Réchit ne signifie pas « commencement », il signifie donc autre chose.
À part cela, il y a aussi un problème logique. Si Dieu a créé le monde, il est évident qu'il l'a fait au commencement, non ? Quand l'aurait-il fait, si ce n'est au commencement ? « Au commencement » est donc absolument superflu. C'est une absurdité. Le premier mot n'est pas clair.
Deuxièmement, le deuxième mot, bara. Que veut dire bara ? Créer à partir de rien. Avez-vous déjà vu une chose pareille dans votre vie ? Nous n'avons jamais vu quelque chose apparaître à partir de rien, l'être à partir du néant. Une œuvre d'art, c'est toujours un être à partir d'un être. Par exemple, je prends des pinceaux, des couleurs, et j'ai une idée dans la tête, et cette idée va apparaître sur la toile. Il y a donc quelque chose qui donne naissance à autre chose. Cette idée, comment est-elle apparue dans l'être de l'artiste ? Il y a toujours des antécédents. Nous n'avons pas l'expérience d'un être à partir d'un non-être. Donc ce mot bara, dans la mesure où il signifie « créer à partir du néant », si c'est vraiment cela que ça veut dire, ne veut rien dire pour nous.
Alors comment se fait-il que la Torah ait employé un terme dont je ne suis pas capable de comprendre la signification ? Un terme n'est pas employé pour rien. Il faut que j'aie une intelligence du mot. Ex nihilo, c'est une notion philosophique. Oui, c'est ce qu'il a voulu dire: le mot bara signifie ex nihilo. D'ailleurs ce n'est pas du français, c'est du latin. Mais attention: un terme philosophique ne signifie pas une intelligence de la chose. Par exemple, quand je dis « la racine carrée d'un nombre négatif », c'est quelque chose qui existe sur le papier, que je peux écrire. Cela ne veut pas dire que c'est quelque chose que je peux comprendre. De même, le mot bara, que …
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