Techouva et kapara : la parole, la personne et l'expiation
Le vidouï comme retour de la personne vers Dieu, et la question de savoir si l'expiation précède ou suit la techouva.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le bouc émissaire et la techouva selon Maïmonide, 51 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Pourquoi cela doit-il passer par la parole ? On a mis en évidence, je crois, le fait que la parole est l'essence de l'homme selon la tradition juive, contrairement à la tradition grecque, qui considère que l'essence de l'homme est la pensée. Chez nous, les juifs, c'est la parole. Évidemment, pas simplement l'émission de son par la bouche, mais l'émission de son qui exprime une pensée. D'accord ? Ce n'est donc pas si loin que ça, mais c'est quand même important.
Chez les Grecs, l'homme est une chose. C'est une chose qui pense, une chose pensante. Pour la tradition d'Israël, l'homme est une personne, quelqu'un. C'est un peu différent. Le fait que je suis une personne, que je suis doué de volonté, que j'ai un moi, c'est quelque chose de fondamental dans mon être, ce n'est pas un accident. Dans la tradition philosophique surtout, ce qui caractérise l'homme, c'est le fait qu'il y a une pensée. Le fait que cette pensée s'exprime dans une personne est beaucoup moins important.
C'est, si vous voulez, la différence entre les deux expressions « quoi » et « qui ». En hébreu, « quoi » se dit ma et « qui » mi. Pour la tradition d'Israël, on cherche à savoir qui est telle personne. Dans la tradition des nations, on cherche à savoir ce qu'elle est. Quel est-elle ?
Il m'est arrivé parfois de recevoir de nouveaux élèves au Machon Meir. Une des questions que je posais en général, quand je le faisais, c'était: qui es-tu ? Question logique, n'est-ce pas ? En hébreu, mi ata. Je recevais toujours deux sortes de réponses. Celui qui me disait « je suis Yitzhak », ou « Albert », peu importe. Et celui qui me répondait « je suis un nouvel élève ». Quand quelqu'un répond « je suis un nouvel élève », cela veut dire qu'il a peur d'être lui-même. Il se cache derrière la fonction formelle qu'il remplit. Tandis que s'il dit son nom, c'est qu'il affirme sa personne. C'est très important, si vous êtes un jour pédagogues, que vous enseignez, que vous recevez des gens, faites attention à ce point-là. D'accord ? Est-ce que je suis quelque chose, ou bien est-ce que je suis quelqu'un.
Dans le vidouy, on retrouve donc cette idée que l'homme est quelqu'un. Si le péché m'a éloigné de Dieu, je dois revenir à Dieu en étant une personne. Je suis quelqu'un. N'est-ce pas ? C'est pour cela que cela passe par la parole.
Je reprends ici le texte. Ketsad mitvadim, c'est dans l'édition que vous avez devant les yeux, à la sixième ligne, celle que la maison vous a offerte gracieusement en photocopie. Baroukh ata Adonaï Eloheinou Mélekh ha'olam, cheakol yamour ketsad mitvadim. Comment fait-on le vidouy ? On dit: Ana Hachem, de grâce, à Dieu: hatati, aviti, pachati lefanekha. Qu'est-ce que cela veut dire ?
J'ai péché, et j'ai péché, et j'ai péché devant toi, et j'ai fait telle et telle chose. Par exemple, j'ai mangé un chewing-gum sans faire la berakha. Par exemple. Et maintenant, cela veut dire: je regrette. J'ai honte de mes actions.
Ve-al ha-olam eini chov lo — je ne reviendrai jamais à cette chose-là. Vezeh ikar shel vidouy. C'est cela l'essentiel du vidouy. Vous avez bien suivi ? Avez-vous remarqué qu'une expression est apparue trois fois ? J'ai péché, et j'ai péché, et j'ai péché. Ce n'est pas écrit de la même manière. En hébreu, il y a trois verbes: hatati, aviti, pachati.
Le chet, c'est ce qu'on appelle, pas vraiment involontairement, mais par inadvertance, par négligence, disons, c'est le shogueg. Aviti, c'est le mot avon, qui veut dire: c'est intentionnel, en hébreu bemezid ou bezadon. Et pachati, c'est j'ai péché en tant que révolte: je me suis révolté contre ton autorité. D'accord ? Maintenant, ce que je ne comprends pas, s'il y a une différence en hébreu entre hatati, aviti et pachati… pourquoi dans le même vidouy dis-je les trois ? Il faut voir quel est le péché que j'ai fait, quelle était mon intention lors du péché. Alors je dirais soit hatati, soit aviti, soit pachati. Pourquoi donc amener les trois options dans le même texte ?
Oui ? D'accord, mais dans ce cas, le Rambam devrait nous dire: si c'était par négligence, on dit hatati; si c'était intentionnellement, on dit aviti; si c'était en tant que révolte, on ne dit pas pachati. Pourquoi amener les trois pour le même péché ? On n'est pas sûr ? Je sais dire que j'ai péché. Je ne sais pas dire quelle était mon intention. Il y a d'ailleurs des conséquences au niveau halakhique. Par exemple, si j'ai transgressé le Chabbat beshogueg, j'amène un sacrifice. Si j'ai transgressé le Chabbat bemezid, je n'amène pas de sacrifice. Ce n'est donc pas la même chose. Il y a des conséquences qui sont mesurables. Tu ne le sais pas, c'est autre chose. On parle ici d'un péché que tu connais.
Oui, c'est un péché dont tu es conscient, tu sais que tu l'as fait, et tu dois faire le vidouy. Dans le vidouy, tu dois dire si c'était hatati, aviti ou pachati. Oui, ils sont liés tous les trois. Comment cela ? Intéressant. Cela veut dire que, d'après ce que tu dis, dans tout het il y a un peu du avon et du pecha, dans tout avon il y a un peu du het et du pecha, et dans tout pecha il y a un peu du het et
du avon. C'est vrai. C'est vrai. En fait, quand je dis « j'ai fait telle chose », il s'avère que je n'ai pas fait autrement. Mais c'est moins central. Par exemple, quand je fais une faute par négligence, hatati, je suis un peu coupable d'avoir été négligent. Il y a donc un peu de avon. Vous comprenez qu'en fait il y a un peu de tout. Surtout si on admet les thèses des psychanalystes, comme quoi il y a un conscient et un subconscient. Il existerait donc un niveau d'être
où je suis hatati, mais un niveau inconscient ou subconscient où je suis aviti ou pachati, etc.
Il est donc important, pour chaque péché, de dire hatati, aviti et pachati. Oui ?
— Oui, la traduction: j'ai péché, j'ai péché, j'ai péché.
Ah, la signification ! Ce n'est pas la même chose. La traduction, c'est le même mot: en hébreu et en français on dit le mot « péché ». Mais la signification: hatati veut dire péché par négligence, aviti c'est péché intentionnel, et pachati, en tant que révolte. Ce sont là les trois significations.
— Je pensais que tu parlais de la traduction, tu m'entends ?
Ah bon. Donc, je regrette, ani hamtiv avoshi vema'alai, c'est-à-dire: je regrette et j'ai honte de mes actions. Je fais un changement de volonté, alors que jusqu'à présent je voulais le péché, maintenant je ne le veux plus. C'est ça ? Cela est censé marcher. C'est censé effacer le péché. C'est bizarre quand même.
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