La circoncision, alliance du corps et de la nature
Pourquoi la circoncision est-elle une élévation de l'homme, et comment la particularité d'Abraham fonde son universalité.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La Akedat Yitzhak et la préférence entre les fils d'Abraham, 48 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Vous savez que dans le monde hellénistique, la circoncision était considérée comme une abomination. Le monde hellénistique, c'était les Grecs de l'Antiquité. Ils se disaient: les Juifs sont des fous, ils portent atteinte à la perfection naturelle. C'était donc considéré comme un scandale, la circoncision des Juifs.
— Ça veut donc dire que l'homme serait imparfait alors qu'il a son prépuce ?
L'homme est imparfait, tout le monde le sait, c'est logique.
— Ah bon ? Pourquoi ?
Alors qu'on pourrait très bien dire que là, justement, c'est l'être parfait. Il y a aujourd'hui des gens qui, par exemple, s'opposent à la circoncision. Bon, mais ça, c'est un accident. Mais tout le monde naît presque avec un prépuce. De bras, de jambes, c'est parfait. On n'a pas besoin de couper un doigt, par exemple, n'est-ce pas ? Et là, on porte atteinte à l'organe de l'engendrement, et on dit: voilà, maintenant il va être parfait. Bizarre. Ça veut dire qu'en fait, la perfection physique…
Ça veut dire que la perfection physique fait écran à une autre perfection. Il y a une perfection spirituelle qui ne peut pas entrer en contact tant que le physique est dans sa plénitude. Donc c'est vrai que l'homme incirconcis est parfait sur le plan physique, mais c'est justement ça qui l'empêche d'accéder à un niveau supérieur. Il faut donc créer une imperfection dans le corps humain qui va permettre à un élément supérieur de s'introduire dans l'homme.
Alors, pourquoi là ?
— Je voudrais dire quelque chose. Pourquoi justement dans l'organe de l'engendrement ?
Parce que sur quoi porte l'alliance entre HaKadosh Baroukh Hou et Israël ? Sur quoi ?
— Sur la descendance.
Effectivement. Or, ce qui nous permet d'amener des descendants, c'est justement l'organe viril. Donc c'est pour ça que l'alliance est faite là-bas.
De plus, il y a une interprétation de la circoncision que donne le Rambam dans le Guide des égarés. Il dit qu'en fait, il y a dans la circoncision un affaiblissement de l'appétit sexuel. D'ailleurs, c'est scientifiquement prouvé: quand il y a circoncision, il y a moins d'asservissement au désir sexuel qu'avant. Et c'est très important.
— Comment ?
Pas dans tous les cas. Mais il y a quand même beaucoup de données, surtout qu'il y a une concentration là-bas de nerfs, etc. Donc ce n'est pas exactement la même chose.
— Or, comment ?
Si, si, justement. C'est pour ça que ça fait mal. La circoncision, ça fait mal. Si c'était que de la peau, il n'y aurait que du sang, il n'y aurait pas de problème. C'est parce qu'il y a également des nerfs, donc ça fait mal. Là, d'ailleurs, la preuve, c'est que les enfants, quand on leur fait la circoncision, ils pleurent.
Vous savez quand est-ce qu'il pleure ? Avant qu'on le fasse. Oui, parce que c'est un peu violent, la manière dont c'est tenu, etc. Mais ça veut dire quelque chose de très important: s'il n'y avait pas la circoncision, il y aurait un enchaînement de l'homme à la nature, et cet enchaînement l'empêcherait d'accéder à la pleine domination de soi, à la moralité. Il est donc très important, pour entretenir une alliance avec le Créateur, d'amoindrir la force naturelle, et c'est ça qui va permettre le rapport avec HaKadosh Baroukh.
— Donc tu dis que la circoncision doit être faite chez les femmes et pas chez les hommes, puisque ce sont les femmes qui transmettent le judaïsme ?
Oui, mais c'est l'homme qui transmet l'identité. Par exemple, être Cohen, ou Lévi, ou Séfarade, ou Achkénaze, ça passe par le père.
— Oui, mais est-ce que le judaïsme est une donnée naturelle ?
D'accord. Mais l'identité se transmet par le père. Pour une raison très simple: la mère, c'est une donnée de la nature, et le père, c'est une institution.
Comment est-ce que je sais que ma mère, c'est ma mère ? Parce que je suis sorti de son ventre. C'est quelque chose de palpable, dont on peut se rendre compte dans l'immédiat. Mais le père, qui dit que mon père, c'est mon père ? Il faut donc lui faire confiance. D'accord ? Il faut faire confiance. C'est ce qu'on appelle Khazaka. C'est-à-dire que c'est une institution de la société, qui dit: puisqu'il y a logiquement lieu de supposer que le père, c'est le père, alors c'est lui.
D'accord ? Donc ça passe par l'intelligence.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? Pourquoi ?
Ça veut dire que le point de départ passe par la puissance de la nature, et qu'ensuite l'alliance se fait en dominant la nature.
— Exactement.
Absolument. Et donc…
On fait une étude avant, oui, avant…
— Ah, le fœtus ?
Oui, qu'est-ce qu'il a ? Le nouveau-né, oui. Peut-être, on ne sait rien. Bon. Donc, il lui dit: tu vas être entier. Verset bête…
Véthéna, Béréchit, Béni ou Vénéra. Je vais donner mon alliance entre moi et toi. Ve'arbeotra bimod me'od, et je te rendrai abondant, beaucoup, beaucoup. Combien de promesses y a-t-il dans ce verset ?
— Deux.
La première, c'est l'alliance; la deuxième, c'est la quantité, l'abondance. D'accord ? Pour l'instant, je vous demande seulement de vous rappeler ce verset, et nous n'allons pas rentrer dans la profondeur de ce que ça veut dire. Pour une raison très simple: ce n'est qu'à la fin du chapitre que l'on comprendra ce que veut dire le verset. Nous sommes donc obligés de le lire, même de le traduire, mais pour vraiment comprendre, c'est jusqu'à la fin du chapitre.
Vayipol Avram al panav, vayedaber itó Elohim lemor: Avram tomba sur sa face, Elohim lui parla en ces termes. Ani hiné briti itakh, mon alliance est avec toi, vehayita lehamon goyim, et tu deviendras le père…
…alors, on traduit comme ça en général: le père d'une multitude de nations. Pourquoi ? Parce que le mot Hamon, on le traduit d'habitude par « une multitude », « énormément », n'est-ce pas ? Mais le mot Hamon, en hébreu, a une autre signification: il signifie aussi « languir ». Par exemple, dans le Chir HaChirim: Dodi chalah yado min hahor, mon bien-aimé a envoyé sa main par la lucarne, oumeaï hamu lo, mes entrailles se sont languies. Le mot hamou, c'est… Hamon, c'est-à-dire le languissant des nations: les aspirations de l'humanité vont passer par toi.
Il y a également une autre signification au mot Hamon: le tumulte. C'est un mot français qui signifie une sorte de brouhaha, un bruit qui émane d'une multitude. Quand vous avez beaucoup de monde ensemble, ça fait du bruit. Et tu seras donc le père du tumulte des nations.
C'est comme ça que Philon d'Alexandrie a interprété ce verset: c'est comme si Abraham était le père de la multitude, le père du son. Du son, ou du ton. C'est lui qui met le ton; il est le diapason universel. Quelle que soit l'interprétation, c'est à cause de cela qu'arrive le verset: Ton nom ne sera plus appelé Avram, et ton nom deviendra Avraham, je t'ai fait père d'une multitude, ou du tumulte, ou du ton des nations.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.
- 190
Abraham à Chkhem : la tension entre deux projetsAbraham, mû par deux projets, traverse le pays, fonde un autel à Chkhem et domine la Terre depuis Har Bethel. - 191
Abraham effacé après la circoncision : la révélation de Béréchit 18Pourquoi le nom d'Abraham disparaît dans les premiers versets et ce que cela révèle sur la révélation. - 192
La prière, le prophète et la naissance d'IsaacPourquoi la prière suppose le prophète, et ce que la naissance d'Isaac révèle de la lignée d'Abraham. - 193
Abraham face au jugement de SodomePourquoi Abraham est associé au jugement divin, et comment il plaide pour les justes de Sodome. - 194
La circoncision, alliance du corps et de la naturePourquoi la circoncision est-elle une élévation de l'homme, et comment la particularité d'Abraham fonde son universalité. - 195
La Akedat Yitzhak et la préférence entre les fils d'AbrahamComment Abraham comprend l'ordre divin sur Yitzhak, puis la marche commune vers le mont Moriah. - 196
Sarah, Ishmaël et le rire dans la GenèseCe cours étudie le rire d'Ishmaël, le renvoi d'Agar et la prière d'Abraham au chapitre 20 de Béréchit. - 197
Abraham quitte Khévron : fuir la vallée de SodomePourquoi Abraham s'éloigne de Khévron, selon Rachi, et ce que révèle la mauvaise réputation de Lot. - 198
Abraham et Avimelech : le traité de paix et le puits voléPourquoi Avimelech demande un pacte de non-agression, et comment Abraham découvre que ses serviteurs ont été lésés. - 199
Abraham en Égypte et la beauté des matriarchesAbraham descend en Égypte, pousse Sarah à se dire sa sœur, et y cherche les étincelles de sagesse à ramener en Erets Israël.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav