La prière, le prophète et la naissance d'Isaac
Pourquoi la prière suppose le prophète, et ce que la naissance d'Isaac révèle de la lignée d'Abraham.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham face au jugement de Sodome, 49 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Ouverture: le chapitre 20 et le mot navi
Shalom tout le monde. Nous sommes en plein livre de Béréchit, si je ne me trompe, et nous en sommes au chapitre 4. Au verset Zahir. Et puisque c'est comme ça: « Il faut que tu ramènes la femme de cet homme, il pourra prier en ta faveur, et tu vivras. » C'est-à-dire que sa prière sera écoutée.
J'ai déjà fait remarquer la dernière fois que le terme navi (prophète) apparaît pour la première fois dans la Bible ici. C'est la première fois que le mot navi apparaît. Quand Dieu envoie un prophète, c'est qu'il veut nous donner son navi, c'est la raison pour laquelle il s'appelle navi: Veit Palel Batra. C'est la première fois également qu'apparaît le terme téfila (prière) dans le texte de la Torah.
Est-ce que quelqu'un a un morceau d'œuf, Tichou ? On va trouver ce genre, ça serait utile, si tu peux.
Donc c'est la première fois que cela apparaît, aussi bien la prière que le prophète. Cela semble indiquer quelque chose de très important: il y a une corrélation directe entre la prophétie et la prière. En effet, la prière, contrairement au lieu commun de la pensée religieuse, n'est pas une chose évidente. La prière est un acte à la limite de l'irrationnel, en tout cas c'est du paradoxal.
Il y a dans la prière plusieurs problèmes. Tout d'abord, le fait que je m'adresse à Dieu alors que je ne le connais pas. La Michna, dans Ma Serre et Ta Votre, est très claire: lorsqu'on fait sa prière, il faut savoir devant qui on se tient. Donc si je n'ai pas la connaissance du Créateur, je ne sais pas comment lui adresser la prière, je ne sais pas qui il est. Peut-être que lorsque je prie, je me crée un personnage imaginaire. En fait, c'est du paganisme. Rien ne m'assure donc que ma prière n'est pas interdite.
À part ça, il y a également dans le contenu de la prière quelque chose, une sorte d'effronterie. Je dis à Dieu: « Écoute, je viens t'expliquer, ô Créateur du monde, ce qui manque dans ton monde. » Autrement dit: j'ai regardé ton univers. La vérité, c'est pas mal du tout, hein. Les étoiles, très jolies. Les forêts, très jolies aussi. Et puis il y a quand même un élément qui, à mon avis, devrait être changé: un tel est malade, il a la grippe. Et donc je suis venu t'attirer l'attention, toi qui as créé le monde, sur ce cas précis qui, à mon avis, est défectueux, et je viens te faire la remarque que tu dois changer ça. N'est-ce pas ?
Alors ça suppose deux choses. D'abord, que Dieu ne sait pas ce qu'il faut changer. Ensuite, que moi je sais ce qu'il faut changer. Et peut-être qu'il est bon que cette personne soit malade, parce que c'est bien. Qu'il dit que la santé est meilleure. Il y a donc énormément de difficultés dans l'idée de la prière.
La vérité est que toutes ces difficultés disparaissent dès qu'il s'agit d'un prophète. Le prophète sait qui est Dieu, puisque Dieu lui a parlé, donc il peut lui adresser une prière. Le prophète sait aussi ce qui manque, donc il peut dire à Dieu: c'est ça qu'il faut réparer. Par ailleurs, Dieu est intéressé à ce que les prières lui soient adressées, donc il a autorisé les prophètes à lui dire ce qui manque, bien qu'en fait il pourrait le savoir tout seul.
Pourquoi est-ce que lui est intéressé ? Pour entretenir un dialogue. Il faut bien comprendre que le Créateur est dans la solitude absolue, et qu'il veut sortir de cette solitude. C'est la raison pour laquelle il a créé des êtres intelligents, pour pouvoir parler avec eux. C'est écrit en toutes lettres dans la Torah, dans le livre de Vayikra: Kedoshim tihyou ki kadosh ani, soyez saints car je suis saint. Autrement dit: je suis le seul à être saint, et je me sens un peu seul. Alors soyez saints pour qu'on puisse jouer ensemble. D'accord ?
Donc ce que l'on appelle Tefilat Yecharim Ritzono, la prière des justes et sa volonté: c'est-à-dire qu'il a voulu que sa volonté s'accomplisse à travers les prières des hommes droits, et donc la prière est légitime. Mais, comme on l'a dit, il faut d'abord être prophète.
Vous savez que c'est une halakha dans le Choulhan Aroukh, c'est écrit en toutes lettres: seul un prophète peut prier. Comment ? De nos jours il n'y a pas de prophète. Comment ça se fait qu'on prie ? Très bonne question. En fait, on devrait interdire la prière.
Mais remarquez une chose très intéressante: dans le Tanakh, à chaque fois qu'il est question de quelqu'un qui a prié, sauf un seul cas, c'est toujours un prophète. Il y a un cas exceptionnel, c'est celui de Yona. Yona, dans son bateau, refuse de prier, et il est prophète. Il refuse de prier, alors les marins prient à sa place, mais ils sont inspirés par sa présence.
Maintenant, qu'est-ce qu'il y a d'écrit dans le Choulhan Aroukh ? Il y est dit qu'il faut se préparer à la prière. C'est décrit dans le siman 98, chapitre de la partie Orah Haïm. Et là-bas, il dit en plus qu'il faut se préparer à la prière pendant une heure. Et après, quand il explique comment on se prépare, il dit: c'est ce que faisaient les Hassidim Harichonim, les hommes pieux d'antan, qui se préparaient à la prière pendant une heure et qui étaient arrivés à un niveau proche de la prophétie.
Alors, comment est-ce que je sais si le niveau auquel j'ai accédé est proche de la prophétie ? Il faut avoir au moins une fois prophétisé dans sa vie, et alors je peux diagnostiquer que ce à quoi j'arrive maintenant est proche de cela. Mais si je n'ai jamais prophétisé, comment est-ce que je peux savoir que l'état auquel je suis arrivé est proche de la prophétie ?
Conclusion: d'après le Choulhan Aroukh, ne peuvent prier que les prophètes. D'accord ? Et Rassili, Marie-Chonine n'étaient pas des prophètes. Alors comment ont-elles pu prier quand même ?
Le problème est encore: comment est-ce que nous, qui ne sommes ni les Hassidim Harichonim, ni des prophètes, nous faisons la prière ? Vous savez que nous faisons la prière trois fois par jour ? De quel droit ? Eh bien, la réponse est que les prophètes, les derniers des prophètes, quand ils ont vu que la prophétie allait cesser, ont décidé de rédiger un texte, le texte de la Chemoné Esré, dans lequel ils ont introduit tout leur univers mental. Le monde des prophètes est résumé dans la Chemoné Esré.
Ce qui fait que lorsque je me sers du texte qu'ils nous ont livré, je prophétise ? Pas vraiment. Mais il y a un écho d'un écho, un résidu de quelque chose de la prophétie qui nous transcende. C'est-à-dire que la mitsva de faire la prière, si on veut être logique, veut dire: c'est la …
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