Agar et Ishmaël dans le désert, un récit parallèle à la Akéda
Le cours compare le renvoi d'Agar et d'Ishmaël à la Akéda et montre pourquoi le parallèle reste imparfait.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, Avimelech et le puits de Beer-Chéva, 9 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom et bonjour. Nous continuons notre étude de Béréchit. Nous sommes au chapitre Kaf Aleph, le chapitre 21, qui nous raconte la décision d'Abraham et de Sarah de renvoyer Ishmaël de la maison. Nous avons étudié ce thème, je crois, la dernière fois, très longuement, pour définir ce qui a disqualifié Ishmaël pour continuer sa présence dans la maison d'Abraham.
Et là, nous avons un récit extrêmement curieux qui nous raconte ce qui se passe lorsque Ishmaël est renvoyé avec sa mère. Je lis ici le verset Yud Dalet, le verset 14 du chapitre Kaf Aleph: Vayashkem Avraham baboker. Nous allons voir qu'il y a des similitudes entre ce récit et un autre récit bien connu. Vayashkem Avraham baboker, Avraham se leva tôt le matin.
Ce n'est pas sans nous rappeler un récit bien connu, celui de la Akéda, lorsque Abraham également se lève tôt le matin. Vayikach lechem vechematmaim, il prit du pain et une outre d'eau. Vayiten el-Hagar, il donna à Agar, sam al shikmah, il les lui posa sur l'épaule, vetat hayeled, ainsi que l'enfant. L'enfant en question est un enfant de 14-15 ans à peu près.
Il la renvoya. Elle s'égara dans le désert de Be'er-Sheva. Rappelons-nous également que lorsque Abraham part pour la Akéda, vers le mont Moriah, il part également de Be'er-Sheva. L'eau fut épuisée de l'outre.
Elle abandonna l'enfant sous l'un des buissons. Elle alla s'installer à la distance d'une portée d'arc, car elle se disait: « Je ne veux pas voir la mort de l'enfant. » Elle s'installa en face.
Elle éleva la voix et pleura. Nous avons également ici quelque chose qui est similaire à la Akéda: le fils d'Abraham est en danger de mort. Dieu entendit la voix de l'enfant, du jeune homme.
L'ange de Dieu appela Hagar du ciel. À nouveau, similitude avec l'histoire de la Akéda: nous avons également un ange qui intervient pour sauver l'enfant. Vayomer lah malakh Elohim: il lui dit, Al tira, ne crains rien, ki shama Elohim el-kol hana'ar be'asher hou sham, car Dieu a entendu la voix du jeune homme là où il est. Kumi, sa'i et-hana'ar, lève-toi, porte l'enfant, vehazeki et-yadekh bo, donne-lui fermement la main, ki le goy gadol asimeno, car je ferai de lui une grande nation.
À nouveau, cela ressemble à la Akéda, à la Akéda d'Yitzhak, où effectivement nous avons une promesse de faire de l'enfant une grande nation.
Vayifkach Elohim et-eyneha, et Il ouvrit ses yeux, vatere be'er mayim, et elle vit un puits d'eau. Là aussi, cela ressemble à la Akéda, où Abraham lève les yeux et voit ce qu'il n'avait pas vu jusqu'à présent: il voit le bélier qui va remplacer Yitzhak, et il se rend vers le bélier pour le prendre. Et bien là aussi, elle se rend à la source pour la remplir.
Vayehi Elohim et-hane'ar, vayigdal vayeshev bamidbar vayehi rové kechet. Dieu fut avec le jeune homme, il grandit, il s'installa dans le désert et devint archer. Vayeshev bamidbar Paran, il s'installa dans le désert de Paran. Vatikakh lo imo ishah me'eretz Mitsrayim, sa mère lui prit une femme du pays d'Égypte. Là aussi, cela ressemble à la Akéda d'Yitzhak, après l'histoire de la Akéda, ce qu'on appelle le sacrifice d'Yitzhak. L'enfant est marié avec une personne de sa famille d'origine: là aussi, il y a la famille d'origine de Hagar, c'est le pays d'Égypte, et donc…
Ishmaël va être marié juste après son danger de mort. On voit donc quelque chose d'assez surprenant, c'est la similitude entre les deux récits. Ce qui est surprenant, c'est que cela nous rappelle que dans le Coran il y a une tradition selon laquelle la Akéda n'aurait pas été celle d'Yitzhak mais celle d'Ishmaël. On voit qu'il y a, disons, une intuition coranique qui remonte à la Torah: la descendance d'Abraham, dans toutes ses branches, doit faire ses preuves à un moment, risquer l'élimination, et finalement est sauvée.
— Oui ? Ishmaël s'installe dans le désert.
— Oui, le désert de Paran, qui est au sud d'Erets Israël. Oui. Et évidemment, tout cela, c'est une approximation. Ça s'appelle une approximation d'Yitzhak. C'est-à-dire que tous les thèmes se ressemblent, mais sur le plan moral, ils n'ont pas le même niveau. Par exemple, le danger de mort de l'enfant amène ici le parent à s'éloigner.
Tandis que le danger de mort d'Yitzhak, c'est le contraire: c'est le père qui y participe. Ou bien, ce qui fait que l'enfant est sauvé: chez Abraham, c'est justement l'abnégation d'Abraham, sa capacité d'écouter la parole de Dieu. Tandis que là, il s'agit finalement de la prière de l'enfant. La mère n'était pas méritante.
Ou bien, par exemple, le danger ici est causé par le fait que l'eau s'est épuisée. Mais pourquoi l'eau s'est-elle épuisée ? Parce qu'elle s'est égarée, elle ne trouvait pas sa route. Abraham lui avait donné assez d'eau. En principe, du point de vue d'Abraham, ce danger pour Ishmaël n'aurait jamais dû avoir lieu, n'est-ce pas ? On voit donc qu'il y a une similitude, mais malgré tout il n'y a pas identité. Et c'est ce qui explique d'ailleurs toujours une approche du mode de vie d'Ishmaël, qui est d'être dans la périphérie d'Israël. C'est quelque chose d'approximatif, qui n'est pas complètement achevé.
— Oui ?
— Oui. Oui. Ishmaël participe également de l'héritage d'Abraham. Et alors il faudra comprendre pourquoi c'est Yitzhak qui est en Erets Israël et pourquoi c'est Ishmaël qui est dans la périphérie. Le désert de Paran, c'est, si vous voulez, la marche, la région limitrophe d'Erets Israël, ce qui entoure.
Alors, pourquoi serait-il périphérique et non pas central ? C'est un sujet qui devra être élucidé à la fin de la paracha de Haye Sarah. Seulement au chapitre Kaf nous avons une véritable réponse à ce problème. La question est bonne. On avait commencé à en parler à la fin de la paracha de Lekh Lekha et on va retrouver cela de manière bien définitive dans la paracha de Haye Sarah.
Et après cette expérience va arriver l'autre expérience parallèle, celle de la Akéda d'Yitzhak, qui a une introduction tout d'abord: c'est l'histoire d'Abraham et d'Avimélekh, dont nous parlerons la prochaine fois. Shalom.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.
- 254
Les filles de Lot, Moav et AmmonPourquoi Moav et Ammon sont nés de Sodome, et pourquoi la Torah les exclut malgré la générosité des filles de Lot. - 255
Yosef, Yehouda et la paix dans la famille de YaakovDeux voies vers le messianisme et pourquoi la paix fraternelle conditionne la présence divine dans l'histoire. - 256
Avimelech, Abraham et la politesse envers l'étrangerPourquoi Avimelech est jugé alors qu'il ignorait que Sarah était mariée : le manque de Derech Eretz. - 257
Le rire d'Isaac et le rire d'IshmaëlNaissance d'Yitzhak, pourquoi Abraham a 100 ans, et la différence entre les deux rires qui cause le renvoi d'Ishmaël. - 258
Agar et Ishmaël dans le désert, un récit parallèle à la AkédaLe cours compare le renvoi d'Agar et d'Ishmaël à la Akéda et montre pourquoi le parallèle reste imparfait. - 259
Abraham, Avimelech et le puits de Beer-ChévaComment Abraham cède une partie de la terre par souci de paix, et la critique qui en découle (Béréchit 21, 22-34). - 260
L'épreuve d'Abraham et la question de l'héritierPourquoi le texte parle d'épreuve pour Abraham seulement, et qui, d'Isaac ou d'Ismaël, prolonge la lignée. - 261
Sarah, la première acquisition sur la terrePourquoi la première propriété juive en Erets Israël est un tombeau, et ce que signifie « les deux vies de Sarah ». - 262
Le mariage d'Yitzhak et le refus de la galoutPourquoi Abraham interdit à son fils d'épouser une femme de Haran, et ce que l'ange signifie. - 263
Abraham, Ketoura et le partage de la terrePourquoi Abraham partage son héritage entre Yitzhak et les fils des concubines, et ce que signifie posséder vraiment la terre.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav