Abraham sorti hors du monde, la promesse des étoiles
Dieu fait sortir Abraham en vision pour compter les étoiles, image d'une descendance précieuse et intouchable.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham, la guerre des rois et la promesse de la terre, 51 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bon, d'accord. Verset Hé. Si je ne me trompe, nous sommes au chapitre Tet Vav, au verset Hé. Vous voyez, quand on pose quatre fois la question, finalement, on a une réponse. Vayotsé oto hakhoutsa, il le fit sortir en dehors. On a vu ce qu'il a voulu dire, « en dehors » ? Oui ou non ? Non. Bon, il le fait sortir en dehors. Vayomer, il lui dit: Habet na achamaïma, regarde en direction du ciel, ouspor hakokhavim, et compte les étoiles. Im tuchal lispor otam, si tu peux les compter. Vayomer lo: Ko yihyé zar'ekha, ainsi sera ta descendance.
Voilà le problème. Il le fait sortir en dehors. En dehors de quoi ? Il le fait sortir de ses idées, il le fait sortir de sa tente, alors que rien n'indique qu'il est dans une tente ou dans des idées. Les hakhamim ont dit que, puisqu'Avraham disait qu'il ne pouvait pas avoir d'enfant, HaKadosh Baroukh Hou lui dit: sors, c'est-à-dire sors de tes conceptions erronées, de ton astrologie. Tu fais de l'astrologie, tu ne réfléchis pas au-delà de ça.
Mais « en dehors », absolument, ça veut dire quoi ? En dehors de quoi ? De ton corps ? Ce n'est pas très difficile, il suffit de rêver. En dehors de l'intérieur. Où est-ce, en dehors de tout l'intérieur ? En dehors du monde, exactement. C'est-à-dire qu'il le fait sortir de l'univers, il lui dit: regarde l'univers de l'extérieur.
Il est vrai que les hakhamim ont dit qu'il l'a élevé au-dessus de la voûte céleste et lui a dit « compte les étoiles », pour qu'il puisse les compter et les voir. Cela veut dire qu'il regardait le monde d'en haut. Il lui a dit: voilà, maintenant tu vas compter les étoiles, si tu peux. Est-ce possible, une chose pareille ? Vous y croyez, vous, qu'il l'a fait sortir comme ça du ciel ? Et même d'un point de vue irrationnel, vous trouvez normal que HaKadosh Baroukh Hou fasse sortir Avraham en dehors des galaxies ?
Ça se passe où, ça ? Dans l'Olam Abba, il était déjà mort ? Cette histoire qu'il nous a racontée, elle se passe où ? Pas du tout sur la montagne en question. Ça se passe dans une vision. C'est comme un rêve. Dans un rêve, c'est tout à fait possible.
Donc c'est tout à fait normal, ce que disent les hakhamim, qu'il est sorti en dehors de la voûte céleste. Effectivement, cela s'est vraiment passé dans son rêve. Regardez le verset Alef: « Après ces choses-là, la parole de Dieu fut adressée à Avraham dans une vision. » C'est donc un rêve. Un rêve prophétique, mais un rêve quand même. Dans un rêve prophétique, tout est possible. Il peut très bien se voir au-dessus du monde, cela marche très bien. De même que dans un dessin animé, on peut faire n'importe quoi. Vous n'avez qu'à prendre, par exemple, Le Retour de Jafar, et vous allez voir, tout est possible.
Bon. Vayotsé oto hakhoutsa, il le fait sortir en dehors. En dehors de tout. Et quand on est en dehors de tout, on est libre. Parce qu'on est conditionné par des tas de choses; il est en dehors de toute condition, donc il est libre, totalement libre, Avraham. Vayomer, il lui dit: Habet na achamaïma, regarde en direction du ciel. Vers le bas, donc. Ouspor hakokhavim im tuchal lispor otam, compte les étoiles si tu peux les compter. Est-ce qu'on peut les compter ? Apparemment non. C'est donc rhétorique: tu sais très bien que tu ne peux pas compter les étoiles. Et il lui dit: ainsi sera ta descendance. Alors cela veut dire que la descendance sera comme les étoiles. De quel point de vue ? Innombrable. Innombrable ? Pourquoi ? On peut compter les Juifs. Dans le temps infini, effectivement, ce n'est pas comptable. Mais peut-être que cela veut dire autre chose encore.
Votre descendance sera comme les étoiles, mais pas du point de vue du nombre. Elles sont brillantes, inaccessibles. On ne peut pas les toucher. Cela veut dire comme les étoiles. On nous a touchés plusieurs fois, parce que nous avons aussi été comme la poussière de la terre et comme le sable de la mer. Mais du point de vue des étoiles, quand nous sommes comme les étoiles, nous sommes intouchables, et nous sommes rayonnants. C'est ce que HaKadosh Baroukh Hou dit à Avraham.
Votre descendance sera comparable aux étoiles. Pas du point de vue du nombre, puisqu'on ne peut pas les compter, mais du point de vue qualitatif. Vous avez compris ? Dans la Guemara, il y a un chiffre des étoiles, oui, il y a un nombre des étoiles. Effectivement. Je ne sais pas si quelqu'un les a comptées une par une. Justement, pour dire que ce n'est pas du point de vue du compte, puisqu'on ne peut pas les compter. C'est ce qu'il veut dire.
Jusque-là, tout cela est très beau, mais cela va entraîner des réactions. Et le verset Vav va beaucoup nous préoccuper. Véhé'émin ba-Hachem, vayh'shevah lo tsedaka. J'ai du mal à traduire ce verset, pour plusieurs raisons. On ne sait pas qui est le sujet, qui est l'objet. Le verbe, on le connaît, mais on ne sait pas qui est le sujet et qui est l'objet. On ne sait même pas ce que veulent dire les mots. Je reprends le verset en hébreu tout d'abord: Véhé'émin ba-Hachem.
Pour comprendre la complexité de ce verset, je vais d'abord vous demander ce que signifie en hébreu le mot tsedaka. Vous voyez que c'est compliqué. Justice ou charité ? Décidez. Justice ? Cela dépend du contexte. Quand c'est avec mishpat…
Il est vrai que tsedaka est le féminin du mot tsedek, qui veut dire la justice. Donc tsedaka serait la justice appliquée. D'accord. Mais parfois il est mis en opposition avec le mot mishpat, qui veut dire la justice absolue. Si c'est en opposition avec mishpat, tsedaka est la justice relative, c'est déjà plus la charité. Il y a une notion de chesed qui est liée à la tsedaka. Le problème, c'est que le mot tsedaka, au sens de charité, de générosité, de bonté, comme vous voulez, c'est le sens qu'il a d'habitude. Dans la loi orale, le mot tsedaka désigne un acte de générosité. Par contre, dans la Torah, le mot tsedaka, en général, pas toujours, quand il est seul, signifie un mérite. Par exemple: « Tu auras un mérite devant l'Éternel, ton Dieu: ce sera compté pour nous comme un mérite de faire tous ces commandements. »
C'est-à-dire que le mot tsedaka a deux significations quasi contradictoires. D'une part, il signifie quelque chose de gratuit, donc sans mérite. D'un autre côté, il veut dire un mérite, donc ce n'est pas gratuit. Cela veut dire qu'on peut lire ce verset de deux manières. C'est ça ? De même qu'en hébreu moderne, vous avez un mot qui ressemble: zekhout. Que veut dire zekhout en hébreu ? Un mérite, ou bien un droit. Il y a les droits de l'homme.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
281 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Béréchit, Pensée juive, Abraham, Tour de Babel, Histoire d'Israël.
- 140
Abraham, vainqueur des rois : une leçon de politiquePourquoi Abraham, vainqueur des quatre rois, devient une entité politique et ce que signifie sa crainte. - 141
Abraham refuse la royauté après la victoire sur les roisMalki Tsedek accueille Abraham hors de Jérusalem, puis Dieu lui annonce une descendance qui héritera de la terre. - 142
Babel, l'Orient et l'Occident dans la TorahPourquoi l'histoire d'Israël se déroule à l'Ouest et ce que signifie le départ de l'Orient à Babel. - 143
Pourquoi Dieu parle-t-il à Avraham plutôt qu'à Noa'hLa révélation à Avraham tient à sa fonction de fondateur de la nation, non à sa seule justice personnelle. - 144
Abraham sorti hors du monde, la promesse des étoilesDieu fait sortir Abraham en vision pour compter les étoiles, image d'une descendance précieuse et intouchable. - 145
Abraham, la guerre des rois et la promesse de la terreAbraham délivre Loth et Sodome, puis Dieu lui annonce l'exil de ses descendants et la conclusion de l'alliance. - 146
Après la guerre des rois : la peur d'AbrahamPourquoi Dieu rassure Abraham après sa victoire, et ce que signifient les mots Ahar et Ahare. - 147
Abraham, la émouna et le mérite selon Rachi et le RambamLe verset 15,6 : Rachi y voit un mérite d'Abraham, le Rambam une grâce divine, et le cours en tire leurs enjeux. - 148
Pourquoi la terre exige une identité moraleAbraham, la nature et la morale : pourquoi la terre d'Israël suppose un choix moral, et ce que le peuple peut garder des autres civilisations. - 149
La tour de Babel et le troisième terme : l'unitéPourquoi la diversité sans unité mène à la violence, et comment Abraham propose une voie entre uniformité et division.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav