Le cœur a des raisons que la raison doit connaître
Pourquoi nos sentiments appellent un examen de leur origine, selon le Rambam dans ses Chmoné Prakim.
Rav Rony Akrich
Ensuite : La révolte du ghetto de Varsovie : sanctification ou suicide ?, 1 h 13
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## La raison et le sentiment
Tov, voilà. Alors, Chalom. On continue ce que nous avions commencé la semaine dernière sur la raison et le cœur, et nous allons essayer de voir ensemble pourquoi la raison a nécessairement besoin d'analyser le pourquoi de nos sentiments. C'est ce que nous allons essayer de voir. Je vous rappelle la fonction de la raison, vue la semaine dernière: conduire les émotions vers des canaux adéquats.
Vous vous rappelez: nous sommes confrontés, bien évidemment, à la raison et aux sentiments, mais est-ce que les sentiments seuls ne nous fourvoient pas dans notre propre histoire ? Nous avions bien entendu vu que la raison seule, elle aussi, pourrait d'une certaine manière glacer le comportement de l'être.
En conclusion de quoi ? Je répète encore une fois « en conclusion », parce que j'essaye de résumer. Le cœur a des raisons que la raison doit connaître. Vous vous rappelez, on avait parlé de ça, contrairement à ce qu'exprimait Pascal, etc., etc. Alors il y a une question qui se pose concernant notre vécu: en quoi l'être sensible que je suis a-t-il besoin de ses émotions et de ses sentiments ?
L'être sensible que je suis a-t-il besoin, oui ou non, de ces émotions et de ces sentiments ? Nous avions dit que oui, bien entendu, mais sans expliquer véritablement, parce que nous avions fait le rapport entre les sentiments et la raison, la logique, l'intellect. Mais nous n'avons pas expliqué véritablement ce que veut dire le sentiment et quelle est sa fonction. Quand je dis que je ressens telle ou telle chose, j'exprime un ressenti profond, mais il est bien évident que ce ressenti a provoqué en moi quelque chose: c'est-à-dire que le sentiment crée une dynamique.
Dès que je sens quelque chose. Un exemple: si vous sentez de l'amour, qu'est-ce que vous voulez faire ? Eh bien, quand ma mère ressentait de l'amour pour moi, elle avait envie de me serrer dans ses bras et de me donner un bisou. Et ceux qui ressentent de la haine, comment voyez-vous leur réaction ? De manière générale, les êtres haineux arrivent par voie de conséquence à la violence. Et si vous avez peur, quelle est votre réaction ? Puisqu'on a dit que le sentiment est dynamique, il est créateur, générateur d'une dynamique. Lorsqu'un homme a peur, en général, il s'enfuit.
Oui, non, je veux dire, on essaye de trouver à peu près l'amour. On a envie de donner des preuves de cet amour, c'est-à-dire qu'on a un acte conséquent de ce sentiment. La haine, la violence, la peur, la fuite. Vous pouvez vous amuser ainsi à partir à la rencontre des différents sentiments qui sont les nôtres. Mais il y a autre chose qu'il faut ajouter. Ce que je viens d'expliquer de manière générale et globale est, comment dire, appréhendé par chacun de nous d'une manière plus ou moins différente.
Pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'un homme différent, et d'une appréhension de la sensibilité de manière différente. Est-ce que tu vas aimer comme j'aime ? Non. Pourquoi ? Parce que toi tu n'es pas moi, et moi je ne suis pas toi. Donc, bien évidemment, le sentiment est moteur de l'action, de la réaction, car aucun sentiment ne s'éveille sans qu'il y ait un mouvement qui s'ensuive. Ou alors on reste dans ce que nous appellerons le côté platonique, c'est-à-dire où le sentiment relèverait du rêve, de l'imaginaire, de l'illusion, et ne verrait en aucun cas sa propension à la réalisation.
Mais de manière générale, les êtres humains sont traversés par nombre de sentiments, de sensibilités, d'émotions. Cela entraîne automatiquement une réaction, qu'on peut même appeler une réaction en chaîne. J'essaye de suivre mon plan, le plan que j'ai préparé pour ne pas dévier, et surtout pour essayer de dire l'essentiel qui est prévu, parce qu'en général je sais que je ne termine pas toujours de la meilleure des manières.
Troisième point. Si le premier est de demander quel est le sens du sentiment, de la sensibilité de l'être, et si on arrive à donner une définition telle que nous l'avons donnée, c'est-à-dire que c'est un état dynamique et générateur de réactions, qui peuvent être même des réactions en chaîne, il y a un autre point qui est important. C'est que, selon comment toi, puisque nous l'avons dit, David, Zecharia, Rony… nous avons dit que l'homme dont il est question est différent. Mais rappelons-nous que si cela est tellement différent chez chacun de nous, l'appréciation que nous aurons du monde dans lequel nous vivons sera aussi différente.
Étant donné que chacun de nous est porteur d'un lorgnon différent. C'est clair ? L'appréciation de l'événement qui se présente devant toi sera faite par rapport à l'homme sensible que tu es. Et ce que tu apprécieras, toi, de l'événement, de l'idée ou de l'homme qui se présente à toi, ne sera pas la même chose que ce que Zecharia, ou Irmiya, ou je ne sais qui après Syrah. Cette chose est claire.
Comment est-ce que nous apprécions l'ensemble de ces sentiments ? Prenons un exemple. Est-ce que nous sommes capables d'aimer ? Nous allons répondre, tout un chacun: oui. Qu'est-ce que représente l'amour pour moi ? L'amour que je peux définir pour moi-même est le fruit d'un vécu, et ce vécu a été plus ou moins formaté par quatre groupes de personnes: mes parents, ma famille, mon environnement social et mes éducateurs.
Ces quatre groupes-là ont, par leur ingérence dans la vie infantile qui fut la mienne, formaté cet enfant dans sa croissance. Pas seulement sa croissance physique: je parle de la croissance psychologique, émotionnelle et réfléchie de l'individu. C'est donc par eux que j'acquiers, bien entendu, un certain nombre de réactions émotionnelles et sensibles. Si nous restons dans le cadre d'aimer, j'ai une manière d'aimer qui m'est propre, mais bien entendu conséquente de cet environnement, de ses parents, du milieu éducatif, et de la famille dans laquelle j'ai vécu et grandi.
Et cette appréciation est totalement différente d'un individu à l'autre. Mais les généralités restent: le sentiment est toujours dynamique. Il sera plus ou moins bien dans le dynamisme qu'il engendrera pour que l'homme agisse, étant donné son passé. Quels sont vos souvenirs ?
Parmi…
Ce regard que nous pouvons avoir dans le souvenir. Car rappelez-vous que ce passé, nous ne le supportons pas, nous le portons. Et tout dépend de ce que nous avons mis dans ce passé pour faire en sorte qu'il soit porté ou bien supporté: supporté lorsqu'il est trop lourd et, surtout, comme je l'avais dit la semaine dernière, surtout s'il comporte en son sein nombre de choses qui ne nous appartiennent pas.
## Le monde du souvenir
Qu'est-ce que nous entendons par rapport à l'être sensible que je suis, c'est-à-dire l'être empli de sentiments et d'émotions ? Qu'est-ce que j'entends lorsque je veux essayer de comprendre quel est le monde du souvenir qui est le mien ? Le monde du souvenir, chez beaucoup d'entre nous, pratiquement la plupart d'entre nous, pourrait se décrire comme une salle d'archives de DVD.
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