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Léa, la mal-aimée : Yaakov, Lavan et la nuit des noces

Comment Yaakov ne voit pas la substitution de Léa et ce que signifie « être mal aimé » dans la Torah.

17 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Abraham et l'âne : l'homme entre bête et transcendance, 58 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous sommes au verset 12 ou 13, selon les éditions. On y raconte ce que pense Lavan de Yaakov. « Ce fut lorsque Lavan entendit l'histoire de Yaakov, fils de sa sœur Ahoto. Il courut à sa rencontre, il l'embrassa, il l'amena dans sa maison, et il raconta à Lavan toutes ces histoires. » Lavan lui dit: « Tu es vraiment mon os et ma chair. » Il resta avec lui pendant un mois.

Lavan dit à Yaakov: « Serait-ce parce que tu es mon proche que tu me servirais gratuitement ? Hagid li mah maskoret'kha: dis-moi quel est ton salaire. »

« Oulé Lavan chté banot »: Lavan avait deux filles. « Chem'ha guedola Léa, ve-chem'ha ketana Rachel »: la grande s'appelait Léa et la petite s'appelait Rachel. Il est très probable qu'elles étaient jumelles, ce qui ne manque pas de nous rappeler Essav et Yaakov, qui eux aussi sont jumeaux.

Cela rend très plausible l'interprétation de Rachi, qui dit que les gens disaient: puisque Rivka a deux fils jumeaux et que Lavan a deux filles, le grand ira pour la grande et le petit pour la petite. Cela désignait donc naturellement Yaakov pour Rachel et Léa pour Essav. « Véhé Léa rakot »: les yeux de Léa étaient tendres. « Ve-Rachel hayta yefat toar ve-yefat mareh »: Rachel était belle et magnifique.

Yaakov aima Rachel, et il dit: « Je vais te servir sept ans pour Rachel, ta fille la plus jeune. » C'est-à-dire que si Yaakov est prêt à attendre sept ans, c'est probablement que Rachel était encore bien jeune pour se marier. Attendre sept ans était donc tout à fait convenable.

« Vayomer Lavan: tov litet otah lakh, mi'titet otah le-ish acher. » Lavan dit: « Il vaut mieux pour moi de la donner à toi que de la donner à un autre. Chèv imadi. » « Vayavod Yaakov bé-Rachel chevaa chanim, vayihyu be-enav kemim a'hadim be-ahavato otah. »

Yaakov travailla pour Rachel pendant sept ans, et ce furent pour lui comme quelques jours, tant il l'aimait. « Vayomer Yaakov el-Lavan: havah et ishti, ki mal'ou yamai, ve-avoa eleha. » Yaakov dit à Lavan: « Donne-moi ma femme, car mon temps est accompli, et je viendrai à elle. » L'expression est très crue. Elle signifie: je veux venir à elle, c'est ce qui désigne le rapport conjugal dans la Torah.

Rachi, à la suite de nos maîtres, demande: comment se fait-il qu'il emploie une expression de ce genre ? On n'a jamais vu, même la personne la plus légère du monde, s'exprimer de cette manière. Dire « donne-moi ma femme pour que je couche avec elle », ça ne se dit pas. Rachi donne une réponse qui, à première vue, n'est pas satisfaisante: « Ela leharamid toladot ha-marken », c'est-à-dire qu'il a dit cela parce que son intention était d'avoir des enfants. Mais même quand on a l'intention d'avoir des enfants, on n'emploie pas une expression pareille.

Pour bien comprendre ce que dit Rachi, il faut donc se baser sur l'enseignement d'un des grands maîtres du hassidisme, Rabbi Tzadok HaKohen de Lublin. Celui-ci disait que Yaakov n'a ressenti aucune gêne dans cette expression, parce que chez lui, le péché du premier homme avait été entièrement réparé. Or la gêne consécutive au rapport conjugal a son origine dans le péché du premier homme, lorsqu'il a eu honte d'être déshabillé. Yaakov était un homme pur, chez qui la faute, la déchéance, la chute originelle du premier homme avait été entièrement réparée. Il pouvait donc parler de son rapport conjugal comme de quelque chose d'entièrement sain, et il n'avait pas de problème à employer ce langage envers son beau-père.

Lavan rassembla tous les habitants de l'endroit et fit un festin. Ce fut le soir. « Vayikah et Léa bito, vayavi otah elav »: il prit Léa, sa fille, et l'amena à Yaakov, et il vint à elle.

Comment ne se sont-ils pas rendu compte que c'était une autre femme ? Comment Yaakov, qui connaissait Rachel depuis sept ans, a-t-il pu penser que Léa était Rachel ? Tout simplement parce qu'elles avaient probablement la même apparence et la même voix, et que ce qui les différenciait, c'étaient les yeux. Or, comme c'était la nuit, Yaakov n'a pas pu le remarquer.

Mais il y a aussi, certainement, quelque chose de beaucoup plus grand. Cela prouve la sainteté de l'homme: on lui a remplacé sa femme et il ne s'en est même pas rendu compte. Cela nous explique bien que le comportement de Yaakov est celui d'un homme très éthéré, qui vit dans une sphère spirituelle très différente de la nôtre.

« Vayiten Lavan lo et Zilpa chifchato, Lavan donna à Léa sa servante Zilpa, à sa fille, en tant que servante. » « Vayehi ba-boker, vehinei Léa ! »: ce fut le matin, et voilà que c'était Léa. Yaakov dit à Lavan: « Mah assita li ? Ne suis-je pas au service de Rachel ? Pourquoi m'as-tu trompé ? »

Il faut comprendre quelle a été l'intention de Lavan, ou plus précisément, quelle est l'intention de la Providence dans toute cette histoire. Pourquoi, pour fonder la famille d'Israël, a-t-il fallu deux femmes chez notre patriarche ? Une seule aurait suffi. On peut dire que Yaakov pensait, et il avait vraiment, au niveau idéal, raison, que tout pouvait se faire à travers Rachel. Mais il a dû comprendre que, dans la réalité, où l'on ne peut pas réaliser tous les idéaux avec la même femme, il fallait Léa et Rachel, parce qu'il y a dans l'être de Yaakov deux dimensions: Yaakov, qui correspond à Rachel, et Israël, qui correspond à Léa.

C'est ce qu'explique le Zohar, qui dit que Yaakov n'a jamais épousé deux sœurs: c'est Yaakov qui a épousé Rachel, mais c'est Israël qui a épousé Léa. Il y a dans l'être d'Israël deux dimensions: l'une, celle de la petitesse, de l'étroitesse, et l'autre, celle de la largeur, de la grandeur. Il y a des moments dans notre histoire où nous sommes Israël, et nous devons alors fonder la royauté et la prêtrise, Kehouna et Malkhout, et cela s'est réalisé chez les enfants de Léa. Il y a aussi l'intimité d'Israël avec lui-même, indépendamment des nations, et cela se réalise chez les enfants de Rachel et de Yaakov, à travers Yossef et Binyamin.

Il y a donc ici un projet extrêmement important de la Providence, qui, du point de vue de Yaakov, aurait pu être réalisé entièrement par Rachel. Mais, dans les vicissitudes de l'histoire, on a besoin de Rachel et de Léa. Revenons au texte: Yaakov se plaint, il demande à Lavan pourquoi il l'a trompé.

La réponse de Lavan est, a priori, très indigente: « Vayomer Lavan: lo yé'assé kakha bimkomenou, latet tsé'irah lifné bekhirah. » Lavan répond: « Ça ne se fait pas chez nous de donner la plus jeune avant la plus âgée. » C'est une réponse très indigente. Yaakov aurait pu très bien répondre: « Ce n'est pas de cela que nous avons parlé, nous étions …

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