Yaakov au puits : la fraternité et les sources de la vie
Le puits bouché de Haran figure l'humanité divisée, et l'appel de Yaakov à l'unité avant l'arrivée de Rachel.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Léa, la mal-aimée : Yaakov, Lavan et la nuit des noces, 17 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Le chapitre 29 et la question de la numérotation
Bonjour. Nous continuons notre étude du livre de Béréchit et nous commençons le chapitre Kafetet, chapitre 29. Il y a ici un petit problème de numérotage. Certains commencent le chapitre 29 juste après le verset 22 du chapitre précédent, et d'autres font un décalage d'un verset et commencent là où il est écrit Vayar. Nous aurons donc un problème de numérotation. Certains de nos auditeurs auront certainement la même édition que nous, et d'autres auront une autre édition, ce qui pose un petit problème dans les citations.
Je prends donc, au début du chapitre, Vayissa Yaakov raglav vayelekh arsa bné Kedem. Yaakov leva ses pieds, littéralement, et se rendit dans le pays des fils de l'Orient.
## Le premier exil
Que veut dire cela ? Cela veut dire que c'est ici la description du premier exil du peuple juif. En effet, c'est un seul homme qui représente à lui tout seul toute la nation hébraïque. Il s'agit de notre ancêtre Yaakov, qui est le dernier des patriarches et, d'une certaine manière, le premier des hébreux, d'Israël si l'on veut. Il est le peuple d'Israël qui inaugure la première galout, le premier exil.
Nous allons donc apprendre, à travers les vicissitudes de Yaakov, quel est le comportement, quel est le mode de vie de l'hébreu, ou du peuple hébraïque dans son ensemble, en exil.
Je prends ici le texte: Vayar, il vit. Véhiné béer baSadé, et voici qu'il y avait un puits dans le champ.
Un puits sert à donner de l'eau, et l'eau donne la vie. Quand on voit un puits dans le champ, cela veut dire que l'on voit une source de vie. Il y a donc des sources de vie dans le monde, des sources spirituelles, des sources matérielles, qui alimentent les humains. Et c'est cela qu'Israël rencontre, lors de son exil, parmi les nations. Il voit qu'il y a un problème par rapport à l'alimentation, aux sources de la vie.
## Le puits bouché
Vé'inénou sham chloucha édarim rovim alehah. Il vit là-bas trois troupeaux de moutons qui étaient accroupis auprès du puits. Ki minehabeer hahi yachkouou haedarim, car de ce puits-là on abreuvait les troupeaux.
Alors, indépendamment de la réalité physique que rencontre Yaakov en arrivant en galout, en voyant là-bas un puits bouché, si la Torah juge nécessaire de le raconter en détail, cela veut dire quelque chose de certainement plus profond. C'est d'ailleurs ce qui a été mis en évidence dans un des enseignements de notre maître le Rav Yehouda Léon Hacohen.
Les sources de la vie sont bouchées. Dans l'état actuel de l'humanité, il y a quelque chose de lourd qui empêche de s'abreuver aux sources de l'esprit. Vénéassef chamah kol haédarim. Et ce n'est que lorsque se réuniront là-bas tous les troupeaux, vegalelou ét ha'even mé'al pi habeer, que l'on pourra faire rouler la pierre de la bouche du puits, vehischkou et hatson, et abreuver le troupeau.
Ce qui manque, c'est l'unité. Il manque de fraternité dans l'humanité, et l'on a besoin que tous les efforts se réunissent pour que, finalement, les sources de la vie soient disponibles et accessibles. Tout a l'air d'aller extraordinairement bien, parce qu'on sait que tous les groupements humains, tous les troupeaux, vont finalement se réunir, et que l'on pourra rouler la pierre.
## La pierre remise sur le puits
Cependant, quelque chose nous surprend. Vehéichivou et ha'even al pi habeer limkomah, et l'on remettra la pierre sur la bouche du puits à sa place première. On se demande: si on a déjà réussi à dégager la pierre, pourquoi la rouler à nouveau sur le puits ? Il suffirait, par exemple, de mettre un couvercle, quelque chose de plus léger. Cela existait. Même à l'époque de la Bible, on aurait pu mettre, je ne sais pas, du bois, quelque chose de plus facile à dégager.
Si l'on remet la pierre, qui est très lourde, sur la bouche du puits, cela veut dire qu'il y a un manque de confiance. On veut être sûr que personne n'ira boire à ce puits tant que tous ne seront pas réunis. Cela pose un problème, parce que cela voudrait dire qu'il y a un manque de fraternité chez les hommes. Il est vrai qu'on est prêt à mettre ses efforts en commun, mais, d'un autre côté, il y a ici un refus de faire confiance à l'autre.
— Oui ?
Oui, bien sûr. Limkomah, là où elle était, c'est ça que cela veut dire. La pierre est remise à sa première place, c'est-à-dire là où elle était, puisqu'on dit au début que la pierre était sur le puits, n'est-ce pas ? Et donc, ce que peut discerner Yaakov,...
## L'enseignement d'Israël aux nations
Le peuple hébraïque arrivant en exil sait qu'il y a un manque de fraternité parmi les nations. Quel sera donc l'enseignement d'Israël ? Eh bien, ce sera ce que nous allons voir: Vayomer lahem Yaakov, Achai. Et Yaakov leur dit: mes frères.
Ce qu'Israël enseigne aux nations, c'est justement la fraternité comme valeur. Le chalom, la paix, dans le sens où chacun reste dans son intégrité, du mot chalem, mais où il y a entente entre les différentes parties. C'est ça que Yaakov vient enseigner. Ahai, mes frères.
Mais sur quoi se fonde la fraternité ? Il ne suffit pas de déclarer que nous sommes frères pour que nous le soyons. Il faut justifier ce jugement. Et là, Yaakov leur dit: Mei'ayin atem. On peut traduire: d'où êtes-vous ? Mais on peut tout aussi bien traduire: vous venez du néant.
Le néant, ayin, vous êtes. L'enseignement est que nous sommes tous des créatures d'un même Créateur, qui nous a créés à partir du néant. Nous sommes donc frères en Dieu. Nous sommes frères parce que nous sommes tous issus de la même origine, de la même intention, et cela justifie la fraternité. C'est effectivement l'enseignement d'Israël par rapport aux nations, l'une des grandes innovations: le monde est créé.
## La réponse des nations
Vayamou, ils répondirent. Ils répondent en refusant l'enseignement de Yaakov. Ils lui disent: « Nous venons de Haran », la colère du monde. Haran, la colère, comme le dit Rachi d'ailleurs à la fin de Noa'h, quand il nous dit que cela veut dire que jusqu'à Avram, il y avait la colère dans le monde.
C'est-à-dire que nous venons du déterminisme naturel. Toutes ces histoires de fraternité parce que nous venons d'une même origine sont une philosophie sans fondement. Nous n'y croyons pas. Nous croyons en la nature. Or, du point de vue de la nature, les hommes sont en rivalité les uns avec les autres, et donc nous ne pouvons pas accepter cet enseignement.
Vayomer alehem. Alors, bien que Yaakov puisse être déçu de leur réponse, il veut avancer un peu plus. Il leur dit: Ha yedatem et Lavan ben Nahor ? Connaissez-vous Lavan, fils de Nahor ? Et ils lui disent: nous le connaissons. Qui est Lavan, fils de Nahor ? Il est le représentant de la famille d'Abraham et de Térah, à Haran.
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