Le double don de Yitzhak : Yaakov et Essav
Pourquoi Yitzhak donne presque la même bénédiction à ses deux fils, et ce que change l'ordre des mots.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Sodome et Gomorrhe, la déchéance et la destruction, 55 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom tout le monde. Nous sommes dans le chapitre Kaf-Zayin de Béréchit, chapitre 27, au verset Kaf-Ḥet, c'est-à-dire 28. Je reprends donc: chapitre Kaf-Zayin, verset Kaf-Ḥet, ou, si vous le voulez en chiffres, chapitre 27, verset 28. D'accord ? Il s'agit des bénédictions.
Quelle est la bénédiction que donne Yitzhak à Yaakov, qu'il pense être peut-être Essav ? En fait, on a vu qu'il ne pense pas que c'est Essav, ni que c'est Yaakov. Il pense que c'est quelqu'un qui a été capable de faire l'unité des deux identités. Il a à la fois les mains d'Essav et la voix de Yaakov. Et c'est parce qu'il a à la fois les mains d'Essav et la voix de Yaakov qu'il lui accorde la bénédiction. Vous vous rappelez de tout ça ? Bon. Qu'est-ce qu'il lui dit ?
Vingt. Il y a un mot ici difficile à comprendre, c'est le premier: Veyiten. Comment traduisez-vous Veyiten ? Si c'est « il donnera », il faut dire Yiten. Que signifie le Vav ? « Et il te donnera ». N'est-ce pas ? On ne commence pas une phrase par « et ». Ce n'est pas un Vav conversif, le Vav HaYipour, qui transforme le futur en passé ou le passé en futur. Ça laisse le futur: Veyiten.
Et il te donnera. Donc, pourquoi ce Vav ? Pour commencer une phrase avec le mot « et ». La question est claire ? Si, par exemple, je vous rencontre et je vous dis « et à part ça, ça va bien », c'est bizarre: on ne commence pas une phrase par « et ». Il y a quelque chose qui doit venir avant, qui est supposé. D'accord ? Alors, qu'est-ce qui est supposé dans la phrase ? La question est claire ? Voilà, c'est très bien.
Et donc: « et que Dieu te donne ». Les Chachamim dans la Guemara ont compris que cela voulait dire: il donnera, et il donnera encore. C'est comme si c'était un don infini. Il te donnera sans arrêter de donner. Vous avez compris ? D'accord. Vous êtes tous intimidés par la caméra, c'est dommage. N'ayez pas peur de vous exprimer.
L'essentiel, c'est pour les élèves qui sont dans la classe. La caméra, c'est pour les spectateurs. Bonjour à tous les spectateurs. Ça nous fait très plaisir de vous rencontrer sur Internet. Mais l'essentiel restera malgré tout l'enseignement vivant envers les élèves. Donc: Veyiten lekha Elohim, « et que Dieu te donne », c'est-à-dire qu'il ne va pas cesser de donner. On ne peut pas le dire plus nettement que ça. Si on peut anticiper, regardez.
La bénédiction que donne Yitzhak à Essav, au verset Lamed Tet, verset 39: Vayaʿan Yitzhak aviv vayomer elav. Yitzhak, son père, lui répondit en disant: Hinne, voici, Michmanei haʾarets yihyeh moshavekha, le gras de la terre sera ton établissement, oumitale hachamayim meʿal, et de la rosée du ciel d'en haut.
Il semblerait que ce que Yitzhak va donner à Essav soit identique à ce qu'il donne à Yaakov. À Yaakov, il a dit: « Et que Dieu te donne de la rosée du ciel et du gras de la terre. » Et qu'est-ce qu'il donne à Essav ? Exactement la même chose: le gras de la terre sera ton établissement, et la rosée du ciel d'en haut. Il a donné exactement la même chose. Vous avez compris ma question ? Toi, là-bas, avec la kippa, la question est claire ?
— Oui, parle de toi.
Ah, très bien. D'accord. Donc pourquoi lui donne-t-il exactement la même chose ? Il y a deux différences, au moins. La première, c'est l'ordre: chez Yaakov, ça commence par la rosée et ça finit par la terre, tandis que chez Essav, ça commence par la terre et ça finit par la rosée. Ce qui est dominant chez Essav, c'est le terrestre; ce qui est dominant chez Yaakov, c'est le céleste. Mais malgré tout, il a et le ciel et la terre, la rosée et le gras.
Ce qui est plus important, c'est la différence dans le verbe. Quand il dit à Yaakov Veyiten lekha Elohim, « et Dieu te donnera », c'est un don qui n'est jamais fini. Tandis que pour Essav, il lui donne tout à la fois: Yihyeh moshavekha, tu le recevras, ce sera à toi de manière établie et une bonne fois pour toutes.
On peut se demander lequel a le plus grand avantage. Il est évident que c'est Essav qui gagne: il a tout. Yaakov, lui, ne reçoit pas tout, il doit attendre. Imaginez par exemple que j'ai deux dettes: je dois 100 shekels à mon ami Aleph, et je dois également 100 shekels à quelqu'un que je n'aime pas tellement, qui s'appelle Beth. Ce sont des images, il n'y a pas de gens qu'on appelle Aleph et Beth. Mais disons que j'aime Aleph et que je n'aime pas Beth. Quand je rencontre Beth, qui me demande son argent, qu'est-ce que je fais ? Je lui donne immédiatement tout ce que je lui dois, pour qu'il me fiche la paix. En tout.
Et après, vient Aleph, qui dit: « Ah, Aleph, quelle chance de te rencontrer ! Que puis-je faire pour toi ? Viens, assieds-toi, on prend un pot ensemble. » Et alors, qu'est-ce que tu veux ? Eh bien, je voudrais mon argent. « Ah, ton argent ? Combien je te dois ? Tu me dois 100 shekels ? Ah bon ? Mais c'est très bien, je vais te les rendre. Tiens, prends 10 agorot. » Oui, et le reste ? « Ça va venir, doucement, un peu de patience. Tiens, prends encore 10 agorot. Et encore 10, et encore 10. » Ça n'en finit pas.
Pourquoi ? Parce que je suis intéressé à entretenir la relation permanente avec mon ami. C'est une occasion de le voir. Quand j'ai un ami, finalement, le don sera moins complet: ça prendra plus de temps, et ça risque d'être infini. D'une certaine manière, on peut dire que la bénédiction de Yaakov est incomplète, tandis que celle d'Essav est complète. Mais celle de Yaakov est incomplète justement pour qu'il y ait en permanence un lien entre celui qui donne et celui qui reçoit.
La part d'Essav est parfaite: il reçoit tout ce qu'il doit recevoir. Yaakov, lui, ne connaît pas la perfection, il connaît le perfectionnement. C'est très différent, c'est dynamique. En hébreu, il y a deux mots pour ça: shlemout, qui veut dire perfection, et hishtalmout, qui veut dire perfectionnement. Et le monde n'est véritablement parfait que s'il y a les deux sortes de perfection, parce que chacune des deux a son manque. La perfection de la perfection est problématique. Il n'y a plus rien à rajouter.
Vous savez, quand quelque chose est achevé, on dit en hébreu tam. Tam veut dire achevé; ce sont les mêmes lettres que le mot met, la mort, le mort. D'accord ? Il n'y a plus rien à rajouter. C'est la perfection, mais une perfection finie. Tandis que le perfectionnement est infini. Mais d'un autre côté, ce n'est jamais parfait. …
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