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Pourquoi la Torah commence-t-elle par Béréchit ?

La question de Rachi sur le commencement de la Torah, et la thèse de l'identité du peuple juif.

24 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La création de l'homme et l'âme divine dans Béréchit, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour tout le monde. Nous allons commencer aujourd'hui une série d'études sur le livre de Béréchit. Pourquoi le livre de Béréchit ? Eh bien, tout simplement parce qu'il est le premier, ce qui est déjà une première bonne réponse. Une deuxième bonne réponse, c'est que le livre de Béréchit nous enseigne l'identité du peuple juif. Alors que la Torah dans son ensemble

Le livre de Béréchit a pour but de dire aux juifs ce qu'ils doivent faire. Le livre de Béréchit a cette particularité de nous dire qui est le juif à qui la Torah est adressée. Et dans ce sens, c'est une étude fondamentale. Une étude fondamentale. Il est très heureux que la Torah ait justement éveillé à nous expliquer notre identité, parce que nous vivons depuis plusieurs milliers d'années déjà avec la Torah.

Pendant plusieurs milliers d'années, une identité est susceptible de transformation, et donc il est important de savoir quel est le type humain, quelle est l'identité à laquelle les paroles de la Torah sont adressées. Et pour cela, nous avons donc besoin du livre de Béréchit. Simplement, en introduction, il faut dire qu'il y a ici plusieurs problèmes. C'est que le langage de la Torah, de la Torah écrite, est très différent. La signification des mots est très différente

de celles que nous attribuons à ces mêmes mots en hébreu moderne. Je ne parle pas, évidemment, des traductions, dont chacune a été faite en fonction du contexte culturel dans lequel elle a été réalisée. Il suffit simplement de prendre une traduction de la Torah faite au XIXe siècle, une autre faite au XXe siècle, encore une autre qui sera peut-être faite au XXIe siècle, pour comprendre à quel point l'arrière-plan culturel du traducteur a son influence dans l'interprétation du texte.

Et donc, ici, le véritable problème auquel nous sommes confrontés, c'est une restitution du sens. Nous avons vécu, nous autres juifs, pendant près de 2000 ans, intimement liés à un bouillon culturel qui est celui du christianisme. Et par conséquent, la lecture … Et donc c'est tout un travail que nous avons à faire: restituer le sens qu'avaient les versets au moment où ils ont été révélés au peuple hébraïque. Et ça, c'est tout un travail que nous allons également devoir faire pendant notre étude.

Je voudrais commencer cette étude par quelques petites remarques sur le premier commentaire de Rachi sur la Torah.

Vous connaissez tous le texte de Rachi dans lequel Rachi pose une question absolument surprenante. Amar Rabbi Yitzhak: je le lis ici dans le texte… où est-ce que c'est encore ? Amar Rabbi Yitzhak, lo hayah tzarikh lehatehil et ha-Torah ela mehachodesh hazeh lakhem, chéhou chéma'ah mitsva rishona she-nitsta'ouva Yisraël. Rabbi Yitzhak disait: il n'aurait fallu commencer la Torah qu'à partir du verset Hachodesh hazeh lakhem, c'est-à-dire: ce mois-ci est pour vous le premier des mois, car c'est le premier commandement qui a été donné à Israël. Oumma ta'am patah Béréchit: pour quelle raison a-t-il commencé par Béréchit ?

C'est absolument surprenant, cette question de Rachi. On pourrait dire même que c'est presque révoltant. Pourquoi ? De quel droit Rachi sait-il où la Torah aurait dû commencer ? Ça, c'est quelque chose d'absolument incroyable. Deuxièmement, il y a ici une pointe d'humour. Pourquoi est-ce qu'on a commencé par le commencement ? C'est-à-dire: pour une fois qu'il y a un livre qui commence vraiment par le commencement, on lui reproche d'avoir commencé par le commencement. C'est un peu énorme.

Et puis, si on réfléchit bien: si on avait donné ce livre à lire à Aristote, on aurait donné la Torah à un philosophe grec pour qu'il dise ce qu'il en pense. Alors, le philosophe lit la Torah depuis Béréchit, jusqu'à Kol Yisraël, d'un bout à l'autre. Et après, on lui demande: monsieur le philosophe, quelle est la partie de la Torah qui vous a le plus intéressé ? La réponse sera évidemment Béréchit. Comme Aristote le disait dans la Métaphysique, la vraie philosophie, c'est la philosophie qui s'occupe des commencements. Et donc le livre de Béréchit, en tout cas l'histoire de Béréchit, de la création du monde, aurait certainement été la partie la plus intéressante.

Et Rachi pose la question: mais pourquoi a-t-on commencé par ça, et il n'y a pas de mitsvot ? C'est-à-dire qu'on a le sentiment ici d'être face à une pensée extrêmement étroite, qui ne s'occupe que de ce qu'il faut faire. Et bien, la réponse est évidemment très nuancée et très vaste. On peut déjà commencer par cela: la Torah est donnée à des Hébreux. Et donc, quand une parole est adressée à quelqu'un, on suppose que la personne à qui le texte est adressé fait partie de l'intention de celui qui parle.

J'entends par là que si Dieu a voulu donner la Torah à Israël, Il connaît la sensibilité des Hébreux. Rabbi Yitzhak, cité par le midrach, ou Rachi lui-même, qui sont tous les deux des Hébreux, des Hébreux authentiques, ont le droit de présenter leur sensibilité personnelle comme faisant partie de l'intention de l'auteur de la Torah. C'est-à-dire que Rachi a le droit de se dire: mais pourquoi HaKadosh Baroukh Hou a-t-Il commencé Son livre par quelque chose qui ne m'intéresse pas ? On pourrait très bien dire à Rachi: oui, mais tu n'es pas fait pour comprendre ce texte. Mais Rachi dit: non, ce texte a été donné pour moi, donc j'ai le droit de présenter ma sensibilité personnelle.

Deuxièmement, on apprend ici quelque chose sur la sensibilité de l'Hébreu. Un Hébreu est quelqu'un qui cherche à savoir ce qu'il faut faire. La métaphysique n'intéresse-t-elle pas l'Hébreu ? Si, elle l'intéresse, mais à une condition: c'est qu'il y ait des conséquences pratiques à cette vérité métaphysique. C'est-à-dire qu'une connaissance métaphysique qui n'aurait pas de conséquences pratiques ne nous intéresse pas. J'irai même un peu plus loin. L'existence de Dieu, qui a tellement préoccupé les philosophes, quel sens a-t-elle dans la tradition hébraïque ?

Eh bien, on pourrait dire comme cela: Dieu, c'est important qu'Il existe, parce que sans Lui on ne peut pas ressusciter les morts. C'est-à-dire que si ce Dieu est capable de ressusciter les morts, alors Il est intéressant. Cela veut donc dire que l'espoir est permis, que rien n'est perdu, que tout peut revivre, même la mort. Donc il est important que Dieu existe. Tandis que les philosophes diront: non, non, ce qui est important, c'est d'abord que Dieu existe; et puis, s'Il peut ressusciter les morts, c'est bien, mais ce n'est pas indispensable.

Ce que j'en tire, c'est très simple. Vous n'avez qu'à voir, par exemple, les treize articles d'émouna de Maïmonide. Quand le Rambam présente les Shlosh Esrei Ikarim, les treize articles d'émouna, il commence par l'existence de Dieu et finit par la résurrection des morts. Il y a un ordre logique: il faut d'abord que Dieu existe pour que les morts puissent ressusciter. Mais cette présentation logique est l'ordre exigé par la philosophie grecque. Par contre, quand on voit dans la Michna, dans le traité de Sanhédrin, la liste des hérétiques,

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