La colère et la tristesse face à la prophétie selon le Rambam
Pourquoi la colère et la tristesse empêchent la prophétie, à partir de l'histoire d'Elisée et de Yaakov.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le but de la vie selon Rambam : toutes nos activités tendent vers la connaissance de Dieu, 53 min
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Nous arrivons maintenant à une remarque du Rambam: parfois la prophétie est totalement impossible si le défaut est trop bas. Par exemple, il va nous donner l'exemple de la colère ou bien de la tristesse. On va voir ça. Vélo tarechaïk, c'est-à-dire: ne t'étonne pas, eyot chesrod ksatamidot mait madrigatanivoua. De ce que l'absence de certaines qualités empêche le haut niveau de prophétie.
Car nous avons trouvé que certains défauts empêchent totalement la prophétie, comme par exemple la colère. Ainsi disent les sages: tout celui qui se met en colère, si le prophète... sa prophétie le quitte. La suite de la phrase: Veim hakhamrou, chokhmato mistaleket menou. Ici, il est un sage, sa sagesse le quitte. Veiviu reayam et Elisha. Ils ont amené pour cela une preuve à propos du prophète Elisha. Elisha, en français, se dit Élysée. Che nistalkam menou hannevoua: qui a perdu sa prophétie, keshé karas, lorsqu'il s'est mis en colère, haché essir karaso, jusqu'à ce qu'il enlève sa colère.
Ainsi qu'il est dit: Ve'atah kehouli menagen, et maintenant, prenez pour moi un musicien. De quoi s'agit-il ? C'est une histoire assez surprenante. Il y avait une guerre menée par trois rois contre le roi de Moab: le roi de Juda, le roi d'Israël et le roi d'Edom. Les trois rois sont partis ensemble faire la guerre contre un quatrième roi, le roi de Moab. L'armée, une armée importante, l'armée d'Israël, l'armée de Yehouda et l'armée d'Edom, se perdent dans le désert. Ils arrivent à un endroit où ils n'ont plus d'eau, et il y a donc une menace mortelle qui plane sur les trois armées et les trois rois. Ils sont très embêtés. Quelqu'un dit au roi de Yehouda:
Il se trouve qu'il y a un prophète ici parmi nous, le prophète Elisha, qui a lavé les mains d'Eliyahou HaNavi. Appelez-le, peut-être qu'il va faire quelque chose. Alors on amène Elisha, qui, en présence du roi d'Israël, lui dit: n'était-ce la présence du roi de Yehouda, Yehoshaphat, je ne t'aurais pas adressé la parole. Vous vous rendez compte, c'est de l'humiliation pour le roi d'Israël, devant son armée, devant d'autres rois, qui se fait remontrer par le prophète. Il lui rappelle la prostitution de sa mère, la reine Isabel. Enfin bref, tout ça n'est pas très sympathique, mais il semblerait donc que le prophète était en colère contre le roi. Une fois qu'il s'est calmé, il lui dit: Ve'atah kehouli menagen, et maintenant amenez un musicien.
Et lorsque le musicien jouera de son instrument, la main de Dieu se posera sur moi. Ce qui veut dire qu'Elisha, étant donné qu'il s'était mis en colère, ne pouvait pas prophétiser. Donc vous voyez bien que la colère empêche les prophètes de prophétiser. Quand vous voyez un prophète qui parle, c'est qu'il est heureux, calme, même quand il dit des choses profondes et emportées. C'est-à-dire que les prophètes parlent parfois de manière emportée, mais en vérité, intérieurement, ils sont très calmes. S'il est vraiment en colère, ça ne marche pas.
Et également, à cause des soupirs et de l'inquiétude de Yaakov, notre père, que la paix repose sur lui, pendant toute la période où il était endeuillé à cause de Yossef, l'Esprit Saint l'a quitté, jusqu'à ce qu'il ait reçu la nouvelle que Yossef était vivant. Il est dit: Vatehi ruah Yaakov avihem vataḥi. Le traducteur, Onkelos, le traducteur araméen, a dit: l'esprit de la prophétie résida sur Yaakov leur père. Et ainsi s'expriment les sages: la prophétie ne peut se reposer ni sur la paresse, ni sur la tristesse, mais uniquement s'il y a de la joie. C'est-à-dire que Yaakov, à cause de la tristesse, a cessé d'être prophète.
Il est intéressant de voir que ces deux exemples précisément sont retenus par le Rambam, parce qu'ils vont à l'encontre de l'idée commune. L'idée commune est que les prophètes sont en colère, et l'idée commune est que la joie n'a rien à voir avec la sainteté. Or, du point de vue de la tradition hébraïque, s'il n'y a pas de joie, il n'y a pas de prophétie. Comme, par exemple, le mode de vie monastique, la tristesse que l'on trouve chez les moines, et toute l'instruction qui est faite dans les différentes spiritualités du monde: cela n'a rien à voir avec la prophétie d'Israël.
Il y a un phénomène assez surprenant, quand même, dans le bouddhisme. Vous savez que les moines bouddhistes rigolent toujours, ils sont toujours en train de rire. Vous avez remarqué ça ? Est-ce que ça veut dire qu'il y a de la joie ? Pas forcément. Ça peut être une forme de cynisme: rien ne mérite qu'on y prête trop d'attention, tout cela n'est que vanité, donc on peut en rigoler. Mais ce n'est pas de la joie, ce n'est pas la joie au sens juif du terme.
Je vous donne un exemple très simple. Il y a dans la Guemara, puisqu'on a eu la fête de Chavouot, un rabbin qu'on appelait Rav Yosef, qui, à Chavouot, faisait abattre un veau pour le manger, lui et sa famille. Et pourquoi abattait-il un veau ? Il disait: c'est un grand jour de joie, parce qu'il s'appelait Yosef. Il disait: n'était-ce la Torah que j'ai étudiée, combien de Yosef y a-t-il dans la rue ? Kama Yosef hika beshuka. Le fait que je sois quelqu'un d'important, que je sois Rav
Yosef, c'est grâce à la Torah. Or la Torah a été donnée le jour de Chavouot, donc il fêtait la fête de Chavouot. Mais comment nous, alors, fêterions-nous le don de la Torah ? Nous étudions toute la nuit, n'est-ce pas ? Eh bien, les rabbins du Talmud ne pensaient pas que c'était l'étude qui faisait la fête. Si on veut faire la fête, on a un veau. C'est la réjouissance de la nourriture: on mange ensemble, c'est sympa. C'est très juif, ça. Qu'est-ce que font les Juifs le Chabbat
? Ils mangent. C'est la manière de fêter la vie, contrairement aux instructions des spiritualités diverses qu'on trouve sur la terre, qui engagent plutôt au jeûne et au retrait de ce monde.
Bon, jusque-là, c'est très clair. Maintenant, la question qui a été posée dans un des derniers cours: et Moshé dans tout ça, Moshé Rabbénou ? Est-ce qu'il avait des écrans ou n'en avait pas ? On avait vu dans le texte du Rambam que Moshé avait un écran entre lui et Dieu. Quel est cet écran qui lui restait ? Ici, on a vu qu'il y avait deux sortes d'écrans: les déficiences intellectuelles et les déficiences morales. Or, d'après le Rambam, on est en droit de supposer que Moshé n'avait ni l'un ni l'autre. C'est-à-dire qu'il était parfait du point de vue de son intelligence et parfait du point de vue de ses midot. Quel est donc l'écran qui empêchait Moshé d'arriver à la perception totale ?
Il s'agit de ce qu'on appelle en philosophie tardive la subjectivité. Étant donné que Moshé est une âme dans un corps, le fait de vivre à travers un corps, d'avoir des …
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