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Béréchit, Bara : créer, est-ce partir de rien ?

Le mot bara discuté entre hébreu et araméen, puis le mouvement en trois temps du premier chapitre : perfection, brisure, réorganisation.

30 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Pourquoi étudier le livre de Béréchit : identité juive et méthode, 51 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Béréchit, bara Elohim, et hachamayim, ve haaretz. Béréchit est un terme, comme on l'a dit, incompréhensible. Que veut dire le mot bara ? Créer, ça veut dire quoi, créer ? Je ne sais pas, moi je viens de Mars, j'aimerais que vous m'expliquiez ce que ça veut dire. Vous parlez français, ça veut dire quoi, créer ? À partir de ? À partir de ? À partir de quelque chose d'autre. Vous voyez que vous n'êtes pas d'accord.

Créer, c'est à partir de rien ou à partir de quelque chose ? — Un état construit. — Un état construit. C'est quoi, un état construit ? — C'est l'organisation de la matière. — L'organisation, c'est-à-dire que ce serait à partir de quelque chose. Donc vous voyez que dès le départ, nous avons dans cette classe deux opinions qui se disputent. Un homme ne peut pas créer à partir de rien, personne ne peut le faire. Mais que veut dire créer ? À partir de quelque chose ? Non, pas forcément.

Pas forcément. Décidez-vous. Il y a toujours quelque chose au départ ? Ou il n'y a pas toujours quelque chose au départ ? Non, un homme ne peut pas créer à partir de rien, c'est sûr. Mais ici, qui a créé ? C'est un homme ? — Oui. — Ça voudrait donc dire que ça peut se faire à partir du néant ? Vous voyez la difficulté ? J'ai très bien compris. Il y a quelque chose qui est difficile à concevoir. Le mot bara, quelle que soit l'interprétation qu'on en donne, est difficile à concevoir. Oui ? — Oui, de l'extérieur. — Ça, c'est à partir de l'araméen ou de l'arabe. D'accord ?

Bien qu'en hébreu, le mot bara veuille dire justement qu'il y a l'idée de plénitude, de plein. Par exemple, un bœuf bien nourri est appelé bari. D'accord ? Il y a l'idée de plénitude. Tandis que dans le bara araméen ou arabe, il y a l'idée de vacuité. Donc on voit déjà que le terme est ambigu. Vous avez déjà deux mots incompréhensibles. Troisième mot, Elohim, allez-y. Que veut dire Elohim ? — Alors là, on est complètement largué. — Que veut dire le mot et ? Il ne veut rien dire.

Hachamayim, ça veut dire quoi ? C'est quoi, les cieux ? C'est le bleu là qu'on voit là-bas ? Il n'y a rien là-bas. C'est l'épaisseur de l'atmosphère qui fait qu'on voit du bleu. Donc ça ne veut rien dire, le mot hachamayim. Que veut dire le mot ve ? Il ne veut rien dire non plus. Comment ? Le nom ? Ça veut dire qu'il y a au moins six mots dans un verset de sept mots qu'on ne comprend pas. Il reste le mot haaretz, la terre, qui est supposée être comprise. D'accord ?

Vous voyez à quel point c'est difficile. Je ne dis pas ça pour vous embêter, mais simplement pour qu'on soit attentif. Il y a un livre qu'on appelle le Tikouné Zohar, qui fait partie du Zohar, dans lequel il y a soixante-dix interprétations différentes du mot Béréchit. Et si vous voulez, on peut se mettre à l'étudier. Mais ça nous prendrait beaucoup trop de temps, et ça ne s'enseigne pas en public. Sachez que c'est un vrai problème, le Béréchit. Par exemple, Rachi dit, vous connaissez le premier commentaire de Rachi sur la Torah.

Quelle est la question que pose Rachi ? Pourquoi commencer par Béréchit ? Cette question a l'air complètement idiote. Parce que Béréchit, si c'est le commencement, ça veut dire qu'on a commencé par le commencement. Quoi de plus naturel que de commencer par le commencement ? Il y a quelqu'un qui commence par le commencement, et on se dit pourquoi est-ce qu'il a commencé par le commencement ? C'est un sens de l'humour absolument incroyable. Ça veut donc dire que, pour comprendre, Rachi a raison. On ne peut pas commencer par le commencement, parce que le commencement est inconcevable.

C'est-à-dire, pour comprendre quelque chose, je dois comprendre ce qu'il y a avant. Mais s'il n'y a pas d'avant, je ne peux rien comprendre. Donc la question de Rachi est pertinente. Ça ne sert à rien de commencer par le commencement. Essayons de voir un peu en dehors de la Torah. Quand les Goïm nous expliquent comment les choses ont commencé, qu'est-ce qu'ils racontent ? Oui ? — Ça veut dire qu'il y a eu un commencement. — Ah, c'est très important. Ça veut dire que chez les Goïm, ça commence où ?

Par exemple, chez les Goïm de nos jours, il y a la théorie scientifique du Big Bang. Ça commence à quel moment ? Ça commence par quoi, le Big Bang ? Non, mais le premier point dont parle la théorie du Big Bang, c'est quoi ? — Il y a de la matière. — C'est-à-dire que le point initial antérieur à la matière ne fait pas partie de la théorie. Et cherchez un peu avant, dans les mythologies antiques: d'où venait le monde, d'après les anciens ? Ça, c'est chez les philosophes.

Mais dans les mythologies, comment est-ce que le monde a commencé ? Parce qu'il parlait de quelque chose, d'un commencement. Vous ne connaissez pas un peu de mythologie, là ? Grecque, par exemple ? La mythologie, vous avez bien étudié ? Eh bien, d'après les anciennes mythologies, quelles qu'elles soient, le monde venait des dieux. Mais les dieux, d'où est-ce qu'ils venaient ? Ils venaient d'une généalogie de dieux. Il y avait des dieux, pères de dieux. Et les tout premiers dieux étaient issus du…

Chaos. Il y aurait une sorte de chaos originel. Ça, en grec, ça se dit chaos. Et de ce chaos s'est organisé quelque chose, ça a donné les dieux, ça a donné le monde. Comment dit-on le chaos en hébreu ? Tohou va bohou. Le tohou et le bohou. Où est-ce que ça apparaît dans la Torah ? Au deuxième verset. Ça veut donc dire que les mythologies, ou même quelque chose de beaucoup plus tardif, la théorie du Big Bang,

commencent au verset numéro 2. Oui, oui, je ne suis pas contre. Je ne me fixe pas sur une théorie ou sur une autre. Ce que je veux dire, c'est que l'esprit humain n'arrive pas naturellement à dépasser le verset deux. Et l'innovation de la Torah, c'est qu'avant le verset deux, il y a un verset un. C'est-à-dire qu'avant le début, il y a un commencement. Ça veut dire quoi ? Si on commence uniquement par le chaos originel,

une sorte de nébuleuse qui se serait organisée, alors ça voudrait dire que dans le monde, il y a au départ un désordre. Et qu'à partir de ce désordre, quelque chose s'est organisé. Il y a eu l'émanation de la vie, de la pensée, de l'amour. Ces choses-là sont apparues à un moment. Mais à l'origine, il n'y a rien de tout ça. L'origine est, comme on dit, chaotique. Si tout vient du chaos, ça va finir comment ?

Ça va revenir au chaos. Tandis que ce que dit la Torah, c'est qu'avant le chaos, il y a un Réchit. Il y a eu une …

Cours de Machon Meir

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