Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Moché, la colère et la juste mesure des midot

Le péché de Moché à Mériva selon le Rambam : une faute de midot, la colère, et non le coup porté au rocher.

52 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le Yetzer Hara et la vraie tsedaka selon le Rambam, 45 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, shalom à tous. Nous sommes à la page 26, c'est-à-dire vers la fin du quatrième chapitre des Chemona Prakim du Rambam, à peu près à la ligne du milieu, qui commence par le mot Baaret. Au milieu de la ligne, il est écrit Veata yodea. Vous avez trouvé ? Nous allons nous entretenir d'un point de détail, mais c'est un point d'exégèse important.

Vous vous rappelez que le Rambam nous a expliqué qu'il faut être attentif à ses midot, ce qu'on appelle faire le heshbon hanefesh tous les jours, c'est-à-dire examiner son comportement et l'état de ses midot chaque jour. Pourquoi tous les jours ? Pour que cela ne prenne pas des proportions insurmontables. Si quelqu'un voit qu'il a un problème quelconque dans ses midot, il doit réparer tout de suite, avant que cela ne devienne énorme.

Le Rambam dit aussi que nous savons qu'il n'y a pas d'homme sur terre qui n'ait pas de défaut. Il prend pour exemple le plus grand de tous, Moshé. Moshé Rabbeinu, bien qu'il soit l'un des plus grands hommes de l'histoire, avait lui aussi un défaut à réparer. De quoi s'agit-il ?

Veata yodea: il sait bien que Chei adon hanevi'im... le maître des anciens et des modernes, Moshé Rabbeinu, que la paix repose sur lui, Kvara Marela av yilbarech, le Saint, béni soit-Il, lui a déjà dit: Ya'an lo he'emantem bi, lehakdisheni le'einei bnei Israël. C'est parce que vous n'avez pas été fidèles à moi pour me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël. Al asher meritem et-piyi bemei Meriva, c'est parce que vous avez désobéi à ma parole aux eaux de Meriva. Al asher lo hiktadtem oti betokh bnei Israël, parce que vous ne m'avez pas sanctifié au sein des enfants d'Israël.

Ce sont trois versets différents dans lesquels Moshé, ainsi qu'Aaron, sont accusés de ne pas avoir été fidèles à Dieu. Donc on ne parle pas de n'importe qui, on parle de Moshé.

D'après Rachi, vous savez bien que c'était une transgression: Moshé aurait dû parler au rocher, et il l'a frappé. À ce propos, il existe environ treize interprétations différentes chez les commentateurs pour savoir quel a été le péché de Moshé. Bien sûr, la plus renommée est l'histoire du bâton et de la parole.

Mais c'est extrêmement compliqué. Le texte de la Torah nous laisse dans le flou. Quelle que soit l'interprétation que l'on adopte, il faut comprendre en quoi cela est si important, comment Moshé a pu trébucher, comment cela s'insère dans la personnalité de Moshé dans son ensemble, et si cela a une influence, une retombée, sur le contenu de la Torah. Il y aurait beaucoup de choses à étudier là-dessus. Soit dit en passant, c'est également la paracha de cette semaine.

Et d'après le Rambam, le défaut de Moshé, son péché, se situe au niveau des midot. Que lui reproche-t-on ? Ce n'est pas d'avoir frappé le rocher: le Rambam est tout à fait d'accord que Moshé a frappé le rocher. Ce qui est problématique chez Moshé, c'est la colère. Il s'est mis en colère. Or il n'avait pas le droit d'être en colère, et c'est pour cela qu'il n'est pas entré en Erets Israël.

Cela paraît disproportionné. La colère est un défaut, c'est très vrai, mais est-ce que cela justifie une réaction aussi sévère de la part du Créateur ? C'est ce que nous allons étudier.

Son péché, que la paix repose sur lui, consiste en ceci: il s'est penché, il a incliné vers l'une des extrémités des qualités des midot. Or la bonne mida, c'est la patience. Vous vous rappelez que, dans les midot, il y a toujours trois possibilités: deux mauvaises, qui sont les extrêmes, et une bonne, qui est la médiane, l'intermédiaire.

Pour la colère, c'est un excès. C'est donc une mauvaise mida, ce qu'on appelle en français un défaut. L'autre extrémité, c'est l'apathie, qui est également un défaut. Entre la colère et l'indifférence, il y a la patience, la bonne mida. Il faut tendre un peu, mais là, il a tendu plus que ce qu'il fallait.

Est-ce vraiment le fait qu'il y ait tant de poussière, ou est-ce le moment où il n'y a pas d'eau ? C'est ce que nous allons voir. Ka'asher natah letsad ha-za'am: lorsqu'il s'est incliné vers la colère.

Il dit: Chim'ou na, hamorim. Écoutez donc, vous les rebelles. On voit d'ailleurs dans le texte de la Torah que Moshé s'adresse au peuple au moment de frapper le rocher et dit: écoutez donc, vous les rebelles. C'est une expression de colère. Avait-il le droit d'exprimer de la colère ou non ? Le Rambam dit non, il n'avait pas le droit. Pourquoi ? Dieu lui est rentré dans le détail: comment un homme comme lui se met-il en colère, lifnei adat Israël, devant l'Assemblée d'Israël, dans un endroit, dans un temps où il n'était pas digne d'être en colère ?

Le Rambam ne dit pas qu'il n'est jamais bon d'être en colère, mais il faut que ce soit au bon moment. De quoi s'agit-il ? Je ne sais pas si vous vous rappelez la paracha de Houkat: le peuple arrive à Kadesh et Myriam meurt. Qui est Myriam ? La sœur de Moshé. Si la sœur de Moshé meurt, que doit faire le peuple ?

Imaginez que la sœur du roi meurt: que fait le peuple ? Il est en deuil, et puis ? Ils vont voir Moshé. Que font-ils chez Moshé ? Des consolations, des condoléances. Quand quelqu'un est en deuil pour sa sœur, d'autant que Myriam était un très grand personnage, on pouvait s'attendre de la part des enfants d'Israël à ce qu'ils viennent faire leurs condoléances à Moshé. Que fait le peuple à la place ? Il se plaint qu'il n'y a pas d'eau et parle de manière très dure. Ils disent à Moshé et à Aaron: « Pourquoi nous avez-vous fait sortir d'Égypte pour nous faire mourir, nous et nos troupeaux, dans la soif ? »

La réaction est très difficile à accepter, émotionnellement, pour Moshé. On comprend donc qu'il est mis à l'épreuve. D'un autre côté, que doit faire un dirigeant d'un peuple, et qui plus est le peuple d'Israël ? Quand la population a soif, il doit lui donner à boire. Son deuil, c'est un problème personnel. Le peuple a soif, il faut donner à boire; après, on parlera de ta sœur.

Mais on peut comprendre que, du point de vue de Moshé, il y a un moment de colère: « Ma sœur est morte et c'est ça que vous demandez ? De l'eau ? Vous m'engueulez ? » Il y a donc ce problème.

Il dit donc: « Vous, les rebelles. » Maintenant, qu'est-ce que le peuple comprend quand il entend Moshé dire: vous êtes des rebelles ? Il pense que Moshé a raison. Il s'imagine qu'avoir demandé de l'eau n'était pas bien. C'est une erreur. Car s'ils comprennent que demander de l'eau n'était pas bien, cela veut dire qu'ils comprennent que Dieu est en colère. Or ce n'est pas vrai: Dieu n'est pas en colère.

Cours de Machon Meir

Dans la même série

97 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Maïmonide, Rambam, Les huit chapitres, Libre arbitre.

  1. 42
    Le juste milieu et les tsadikim aux conduites extrêmes
    Pourquoi le Rambam juge l'ascèse inutile, à partir de l'exemple du Rav Kharlap et du Rav Tsvi Michal Shapira.
    51 min
  2. 43
    Le juste milieu et la Torah qui corrige les midot
    Comment les mitsvot de la récolte et de la Chemita éduquent la générosité et la maîtrise de la colère.
    30 min
  3. 44
    Servir la connaissance de Dieu dans les actes du quotidien
    Comment manger, parler, plaisanter ou orner sa maison peut servir la connaissance de Dieu selon le Rambam.
    50 min
  4. 45
    Le jeûne, les vertus médianes et la tsédaka selon le Rambam
    Pourquoi le jeûne n'est pas un idéal, et comment la tsédaka va jusqu'à combler le manque du pauvre.
    46 min
  5. 46
    Moché, la colère et la juste mesure des midot
    Le péché de Moché à Mériva selon le Rambam : une faute de midot, la colère, et non le coup porté au rocher.
    En cours de lecture
  6. 47
    Le Yetzer Hara et la vraie tsedaka selon le Rambam
    Le chapitre 6 : le mauvais penchant, deux sortes de justes, et le devoir d'être tsadik.
    45 min
  7. 48
    Moché frappe le rocher : le péché de la colère
    Le Rambam explique la faute de Moché à Mériva, et ce que la colère change dans la hachgaha.
    44 min
  8. 49
    Le but de la vie et l'usage des forces de l'âme selon le Rambam
    Le Rambam montre comment orienter manger, parler et rire vers la connaissance de Dieu, sans rien disqualifier.
    50 min
  9. 50
    Les écrans entre l'homme et Dieu selon le Rambam
    Le Rambam explique que les défauts moraux font office d'écrans séparant le prophète de Dieu, et que Moshe n'en avait qu'un seul.
    52 min
  10. 51
    Le but de la vie selon Maimonide : zéro, un ou plusieurs
    Le cinquième chapitre examine si l'existence a un but, et pourquoi un seul but donne sens à toutes les forces de l'âme.
    51 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav