Pourquoi Dieu parle-t-il à Avraham plutôt qu'à Noa'h
La révélation à Avraham tient à sa fonction de fondateur de la nation, non à sa seule justice personnelle.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham sorti hors du monde, la promesse des étoiles, 50 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Très bien, on va y aller. Chapitre Youdbet, verset Aleph. Bonjour à tous, à ceux qui sont en classe et à ceux qui nous voient sur internet. Et un grand bonjour également à Dan Shulman, qui nous suit depuis la France. C'est tout.
Alors, Vayomer Hachem el Avram, et Dieu dit à Abraham. Le problème de savoir à qui Dieu parle, en l'occurrence cet Avram, est très intéressant. À propos de Noach, par exemple, la Torah nous dit d'abord que Noach était un tsadik, et ensuite qu'Il lui a parlé. Cela explique pourquoi Dieu lui parle: parce qu'il est tsadik. Pour Abraham, en revanche, il n'est pas dit pourquoi Dieu lui parle. Vayidabèr Hachem el Avram, et Dieu s'adressa à Abraham, et il lui dit…
Pourquoi cela serait-il évident ? Évident pour qui ? Que le Saint béni soit-Il sache ce qu'il fait, ça, je veux bien. Mais moi, qui suis le lecteur de la Torah, j'aimerais qu'on m'explique. On ne me dit pas pourquoi Dieu parle à Abraham, alors qu'on me dit pourquoi Il parle à Noach.
— Mais Dieu dit ensuite ce qu'Il a fait, donc on aurait dû nous dire ce qu'Il a fait. Or la Torah ne le dit pas.
— Oui, justement, c'est là que j'aimerais comprendre pourquoi la chronologie est inversée. Nous savons par la suite qu'Abraham était quelqu'un de très grand. Mais comment ? Tu ne peux rien y faire ? Eh bien, justement, nous voulons comprendre quand même. D'accord ?
Nous ne levons pas les bras si facilement. Nous voulons donc comprendre pourquoi la Torah, lorsqu'elle nous parle de Noach, nous présente d'emblée Noach comme tsadik, tandis que lorsqu'elle nous parle de la révélation à Abraham, elle ne dit pas qu'Abraham était tsadik. Il doit donc y avoir une différence. N'est-ce pas ? Il y en a une.
Pourquoi ne parle-t-on pas d'Abraham de cette manière ? Simplement pour nous dire que la révélation faite à Noach est en fonction de sa tsidkout, du fait qu'il est juste, de ses actions. La révélation de Dieu à Abraham, elle, n'est pas parce qu'Abraham est tsadik. Il est vrai que si Abraham n'avait pas été tsadik, Dieu ne se serait pas révélé à lui. Mais ce n'est pas parce qu'il est tsadik que Dieu se révèle. La raison pour laquelle Dieu parle à Abraham, c'est qu'il est le fondateur de la nation d'Israël. C'est pour cela qu'il mérite cette révélation.
Il y a donc une anticipation sur l'avenir. Abraham pourrait être grand, gigantesque, il n'arrive pas encore à la cheville de l'identité qu'il faut avoir pour une révélation de ce type, une révélation d'ordre national. On n'est jamais aussi tsadik que le Clal Israël. La Torah ne peut donc pas nous dire que Dieu se révèle à Abraham parce qu'il est tsadik, car ce n'est pas vrai. Dieu parle à tout Israël à travers la personne d'Abraham. C'est donc plus grand qu'Abraham lui-même. Il est tsadik autant qu'il est. D'accord ?
Voilà le premier point que je voulais mettre en évidence.
Quel âge a Abraham lors de cette révélation ? Vous avez proposé 72. Quelqu'un a dit 99. Décidez-vous. 75 ?
Bon, la proposition 72 a été émise une fois, 99 également une fois, et 75 deux fois. Nous allons donc lui donner la préférence. Abraham a effectivement 75 ans. Il y a une autre raison de préférer cela: c'est écrit en toutes lettres au verset 4, qu'Abraham avait 75 ans.
75 ans, c'est un âge respectable. Mais qu'a-t-il fait jusqu'à 75 ans ?
— Il a grandi, il a mangé des carottes, il a bu la soupe…
Oui, et puis quoi encore ? Il y avait Ur-Kasdim avant.
— Il y avait Ur-Kasdim avant, effectivement. Et qu'est-ce qu'il y faisait ? Le chemin vers Erets Israël, c'est tout ce qu'il a fait dans sa vie ? À 75 ans, il marchait ? Berger, à 75 ans ?
La Torah nous parle ensuite, au verset 5, de ce qu'on appelle les âmes qu'il s'était acquises à Kharan. Il y a deux manières d'interpréter cela: soit ses serviteurs, soit… qu'Abraham était le fondateur d'une religion. Il était très riche, et il était fondateur d'une religion. Selon la tradition orale, qui n'est pas écrite dans la Torah, Abraham était monothéiste. Il ne l'était pas seulement: il avait décidé d'enseigner le monothéisme au monde entier.
Contrairement à certains de ses ancêtres, qui étaient eux aussi monothéistes, comme Chem, Ever ou Noach, mais qui ne pensaient pas qu'il fallait enseigner cela aux autres, Abraham a jugé indispensable d'en finir avec le polythéisme, avec les idoles, et d'enseigner la émouna en Dieu. Il fait cela pendant 75 ans. C'est son travail. Qu'est-ce que vous faites, Abraham ? Monsieur, nom de famille Avinou, prénom Abraham, qu'est-ce que vous faites dans la vie ?
— Eh bien, je suis diffuseur de monothéisme. Monothéistologue.
Les midrachim nous parlent des étapes de la conscience d'Abraham: à trois ans il commence à comprendre, puis à quarante, cinquante ans, etc. En tout cas, à 75 ans, il a déjà fait pas mal de choses. Il a donc déjà beaucoup de travail derrière lui. C'est ce qui se passe jusqu'à 75 ans.
À votre avis, à quel genre de personnes Abraham destine-t-il son enseignement ?
— À tout le monde.
Et donc l'espérance d'Abraham, c'est de transformer quelle partie du monde ?
— Le monde entier. Cela veut dire que c'est destiné à toute l'humanité. Abraham voudrait que tous les hommes sur terre abandonnent l'idolâtrie et se sanctifient à travers la émouna en un Dieu unique.
C'est pour cela que les Hachamim disent qu'Abraham convertissait les hommes et que Sarah convertissait les femmes. Les convertissait à quoi ? Au monothéisme. Et le judaïsme dans tout cela ? Pas encore. Donc on peut dire qu'Abraham avait pour but de fonder une religion monothéiste cosmopolite.
Cosmopolite, cela veut dire sans distinction d'appartenance à une nation, à un sexe, à une condition économique. C'est pour tout le monde. D'accord ? Connaissez-vous, dans l'univers actuel, une religion de ce genre ?
— Oui, lesquelles ?
— Le christianisme n'est pas strictement monothéiste puisqu'il admet la Trinité, donc c'est écarté. Deuxièmement ?
— Le judaïsme, pas du tout, puisque le judaïsme est une nation. Il n'est pas destiné au monde entier.
Les francs-maçons ne sont pas des monothéistes. Ce n'est pas fondé sur une émouna en un Dieu. Il y a même des francs-maçons athées.
— L'islam.
Ah, l'islam. Ils veulent faire une nation unique. Attention: ne confondez pas l'arabisme et l'islamisme, ce sont deux choses différentes. Être arabe, c'est une identité nationale. Être musulman, c'est une identité religieuse. On peut être arabe sans être musulman, on peut être musulman sans être arabe. On peut être les deux. Souvent il y a conjonction, mais ce n'est pas toujours le cas.
— Oui, vas-y.
— Oumma, c'est quoi ?
Oui, Oumma veut dire nation, mais une nation au sens non national. C'est une notion musulmane, pas une notion arabe. Il y a d'ailleurs un site, Oumma.com, où vous trouvez tout ce que vous voulez en français. Oumma a vocation à absorber l'humanité. Oui, absolument, la communauté …
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