Céline Pina : le 7 octobre et la confusion des mots
Comment la perte de la distinction entre barbare et résistant mine la vérité, le journalisme et la responsabilité.
Ensuite : Eli Sharabi et la force de la tradition en captivité, 6 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, quand Michel m'a proposé de venir parler du 7 octobre, il m'a forcément proposé un sujet. Je lui ai dit: je ne comprends rien. Il m'a dit: ce n'est pas grave. De toute façon, ce qui m'intéresse, c'est la façon dont tu réagis par rapport à ce que je propose. Donc, ça m'a libérée de tout. Ce qui fait que je vais essayer de respecter quand même un petit peu la trame. Mais si ça ne correspond pas au titre, vous m'excuserez.
La première chose avec le 7 octobre, moi, qui m'a marquée, c'est que pour moi, c'est une explosion totale des lignes temporelles. Autrement dit, il n'y a pas seulement le fait que ça renvoie à la Shoah, ça détruit surtout un état du monde. « Plus jamais ça », c'était une croyance.
Bien entendu, pour que quelque chose ne se reproduise pas, il faut lutter contre. Donc peut-être que « plus jamais ça », c'est même un mot absurde dans un monde humain. Il n'empêche, c'est un mot qui avait suscité pour moi une croyance extrêmement forte, une croyance en l'homme, une croyance en la capacité de l'homme non seulement de s'élever, mais de ne pas retomber, de conserver cette élévation et de la transmettre aux générations.
Donc le premier effet du 7 octobre, outre la violence, outre cette explosion des lignes temporelles, c'est quand même aussi une explosion de mon rapport à l'homme, à l'autre, à moi-même, et une façon d'être au monde qui s'abolit complètement d'un coup. La deuxième chose qui était très angoissante, c'est que le 7 octobre n'est pas derrière nous. Ce n'est pas une date qui s'éloigne dans le temps, c'est une date qui se rapproche en permanence, parce que c'est une date qui aujourd'hui est devant nous.
Elle est devant nous, pourquoi ? Tout simplement parce qu'il n'y a pas eu que le 7 octobre, il n'y a pas eu que le massacre. Il y a eu la réponse du monde civilisé. Et j'emploie « civilisé » dans un terme très clair. Autrement dit, je vais vous dire: je ne crois pas que toute civilisation ou toute culture se vaut. Je crois que toute civilisation ou toute culture désire subsister dans son être, et que c'est normal. Et c'est cet art de faire des distinctions qu'a aboli complètement l'après-7 octobre.
Qu'est-ce qu'a aboli l'après-7 octobre, qui nous parle d'Occident et qui nous parle d'humanité autant que de judaïté ? La première chose qui a été abolie, c'est finalement la capacité à distinguer le barbare du résistant. Ce que l'on entend très souvent dans les argumentations, c'est de dire: oui, mais regardez, vos résistants, ils ne se gênaient pas pour aller buter de l'Allemand en pleine rue.
Sauf que les résistants français, par exemple, lors de la Seconde Guerre mondiale, n'ont jamais organisé d'expédition pour aller tuer les femmes et les enfants des gens qui résidaient dans leur pays. Après tout, ça a été compliqué, je l'admets. Pourquoi pas ? Voilà ce qu'a été vraiment le 7 octobre.
La deuxième chose, c'est que la Deuxième Guerre mondiale nous a mis face à la nécessaire définition de ce qu'était notre humanité, ou du moins notre rapport à l'humanité. On l'a fait en creux, on l'a fait en définissant le crime contre l'humanité.
Il se trouve qu'en France, j'ai été mise sous protection. Vous savez pourquoi ? Pour avoir simplement tenté d'expliquer la différence entre un crime contre l'humanité et des morts liés à des bombardements. Le simple fait de vouloir expliquer, de vouloir opérer une distinction, est vu comme une forme d'inhumanité. Or, l'humain, c'est celui qui distingue. L'humain, c'est celui qui crée en nommant. L'humain, c'est celui qui est responsable.
Ici, dans le 7 octobre, ce qui a été incroyable, c'est que ça abolit toutes les responsabilités. Et la première des responsabilités que nous ont données les Lumières, c'est la vérité. Alors, la vérité est peut-être impossible à saisir dans sa totalité, dans sa globalité, on va peut-être pouvoir toujours en discuter. Mais chercher le lien à la vérité, c'était quand même la base, une des bases en tout cas des Lumières et de la civilisation occidentale. Et c'est pour ça qu'elle va se construire, d'ailleurs, contre le dogme, contre l'adhésion aveugle. Même si, y compris quand on quête la vérité, on a peut-être besoin d'un peu d'émouna.
Et cette abolition de la vérité, on l'aura directement dans la façon dont le journalisme s'est détruit lui-même. Je pense qu'après la manière dont la guerre à Gaza a été couverte, il va être très compliqué de faire à nouveau confiance, d'avoir à nouveau un journal de référence, de faire confiance à ce qui est écrit, à ce qui est dit.
Le problème, c'est que quand vous employez des mots aussi forts que « génocide », que « famine », que « apartheid », alors qu'en fait ce n'est basé sur rien, et que c'est repris uniquement parce que la puissance de ces mots dote celui qui les emploie lui-même de la toute-puissance, vous savez que quelque chose est pourri. Et ce n'est pas qu'au royaume du Danemark que c'est en train de se passer.
Alors, pourquoi est-ce que ça se passe comme ça ? C'est parce que cela fait quand même un certain temps que nous assistons à un effondrement de cet Occident et à son abandon des lignes qui le définissent. Sauf qu'en face, vous avez un projet totalitaire qui est peut-être complètement fou, mais qui, à la différence du fantasme hitlérien, s'appuie sur des invariants culturels extrêmement forts. La différence que nous avons en face de l'islamisme, c'est que nous, nous sabotons nos invariants.
J'ai trouvé très intéressante votre communication, parce qu'elle rejoint parfaitement la mienne, sur la manière dont on a détruit petit à petit les capacités de résistance, par exemple, d'un État que je connais bien, qui est l'État français. Et ça va commencer, et ça commence bien avant le 7 octobre.
Quand vous travaillez sur l'islamisme, vous vous rendez compte que les intellectuels... je ne vous parle pas du bourrin qui va casser la gueule d'un juif dans l'école de banlieue. Non, non, je vous parle des intellectuels, de ceux qui préparent le terrain et de ceux qui vont ensemencer notre gauchisme culturel. Ils vont partir de l'idéal. Ils vont vous dire: mais regardez ces Français, ils ont un idéal d'égalité. Vous voyez la réalité ? Les femmes sont moins payées que les hommes. Et ça marche.
Vous prenez un gamin de vingt ans, et derrière, vous lui dites: tu vois, en fait, l'idéal, point devant, c'est pour te manipuler. On te fait croire, ça n'existe pas. Mais il n'y a jamais personne qui dit à ces gamins qu'on tente de les manipuler. Eh bien si, l'idéal est fécond. Prenez simplement les réalités qui sont générées entre un pays dans lequel on met, par exemple, l'égalité homme-femme, l'égalité entre les races, au cœur de la matrice citoyenne.
Autrement dit, c'est le pilier fondateur de votre société politique. Regardez quelles conditions ça a très concrètement sur la condition des femmes, sur leur aptitude à poursuivre le bonheur, sur leur capacité à choisir le …
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