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Devenir hébreu : identité israélienne après le 7 octobre

Stéphane Wahnich analyse le passage du sionisme laïque à une identité hébraïque fondée sur des valeurs communes.

13 min

Ensuite : Le peuple juif, une existence singulièrement universelle, 20 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Mon sujet, c'est l'israélien hébreu, anthropologie d'une entité en construction. En effet, le 7 octobre a été le deuil de quelque chose. Le deuil, d'abord, d'un sionisme purement laïque où l'idée était de devenir normal parmi le monde, qu'Israël était une nation parmi les autres et que les Juifs allaient être citoyens du monde, et beaucoup y ont cru. Le 7 octobre a marqué le deuil complet de cette idée.

Ça avait commencé dès la guerre des Six Jours, aussitôt que les Juifs ont su se défendre. Les critiques d'Israël ont commencé. La déclaration de De Gaulle en est sans doute le premier symptôme. Mais par rapport à ce que nous avons vécu avant le 7 octobre, et avant même la Covid, parce que la Covid a été importante également, il y a une rupture identitaire qui se produit, qui va sans doute laisser des traces et qui va, à mon avis, créer une réaction positive.

Qu'est-ce que c'est ? C'est qu'on va devenir hébreux. On va redevenir hébreux. Qu'est-ce qu'être hébreu ? C'est d'abord ceux qui se reconnaissent dans le sionisme, entre guillemets. Tous les Israéliens ne vont pas devenir hébreux. Il y a une partie de la population arabe qui ne veut pas être sous domination juive, une partie des ultra-orthodoxes qui n'ont pas encore envie, mais ça va venir. Il y a quarante ans, ils ne parlaient pas hébreu; maintenant ils parlent hébreu, donc ça, c'est en évolution. Mais tout le reste de la population israélienne est en train de devenir hébreu, que ce soit juif, mais aussi chrétien, druze, etc.

Les hébreux, ça veut dire qu'on a un système de valeurs communes. Et ce système de valeurs communes n'est pas, en fin de compte, laïque, même si moi je suis ultra-laïque. On ne peut pas être juif et laïque, ça n'existe pas. Et la laïcité à la française n'existe pas en Israël.

J'habite le cœur de Tel Aviv. Le Chabbat, il n'y a pas une seule voiture, et pourtant on est au cœur de la laïcité israélienne. Anthropologiquement, il n'y a pas de laïcité comme on la connaît en France.

Alors, qu'est-ce qui se passe ? C'est ces valeurs communes. D'abord, première des valeurs: c'est nous, en tant que sujet, en tant que citoyen. Il y a trois formes d'existence historique de l'être humain, et sur ces trois formes, il y a trois formes de domination. Première domination: c'est le maître qui a le serviteur, l'autre. C'est l'esclavage, c'est le Moyen Âge, les dictatures encore actuelles. Deuxième domination: c'est le souverain sur le sujet, type royauté. Et dernière domination, la nôtre, celle des Juifs: c'est la domination de Dieu. C'est-à-dire que nous sommes dominés par Dieu, mais pas par des êtres humains. Il y a donc un étage supplémentaire. C'est la loi de Dieu qui nous domine, ce ne sont pas d'autres êtres humains.

Et ça, c'est un enjeu extrêmement important par rapport à ce que disait notamment Céline Piat tout à l'heure: nous restons dépendants de Dieu, mais nous restons indépendants vis-à-vis des hommes. C'est quelque chose d'important, car nous avons créé, du coup, un statut juridique égalitaire. Nous sommes tous à l'image de Dieu, n'oubliez pas. Et individuelle, c'est-à-dire que c'est l'individu qui est reconnu, et pas les peuples. Ça a été une révolution extrêmement forte.

Ça veut dire quoi ? C'est qu'on a la liberté de choix. Nous avons le libre arbitre, l'exercice du libre arbitre, Deutéronome 30:19. Je vais vous rappeler quelques passages de la Bible de temps en temps pour montrer le lien qui existe, même si on est dans un cadre de laïcisation ou de sécularisation. C'est la liberté de parole: « Pessah, la bouche qui parle, toutes les communautés des enfants d'Israël murmurent contre Moïse et Aaron dans ce désert. » C'est-à-dire que nous avons la capacité de nous rebeller, nous avons la capacité de dire, nous avons la capacité de faire mouvement, et c'est le moins qu'on puisse dire, on l'a connu.

Et donc on a une espèce de relation contractuelle entre les individus. Nous, Israéliens, avons une relation contractuelle entre nous, qui n'est pas une relation de domination, mais une relation d'égalité, et surtout de non-dépendance institutionnelle. C'est-à-dire que le souverain n'a pas de droit sur nous, comme dans les démocraties modernes; le souverain a les mêmes droits que nous, et pas plus de droits.

Alors, qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ? Avec le 7 octobre, on a une réaction qui va être identitaire et évidente. Et ce que l'on est en train de voir, c'est que cette réaction n'est pas seulement par rapport au Hamas, par rapport à nos ennemis directs, mais aussi par rapport au reste de l'Occident, par rapport à l'Europe et aux États-Unis. Le discours de Trump, ou de Kouchner, nous prenant à peu près pour des sous-civilisés, des Européens qui nous prennent pour des sauvages: on voit bien qu'il se passe quelque chose aujourd'hui par rapport à toutes ces logiques.

Si on veut faire une analyse anthropologique, ce n'est pas nouveau. On est porté, que l'on veuille ou non, comme le témoignait Yves Ferrand tout à l'heure, par quelque chose que l'on ne connaît pas vraiment. D'abord, première chose, quelques observations anthropologiques que j'ai pu vivre depuis mes huit ans ici. On ne cède pas aux faux prophètes. Greta Thunberg ne nous aime pas, mais elle a de bonnes raisons. Là où le monde entier manifestait, à partir de 100 000 personnes par pays au minimum, les manifestations en faveur de Greta Thunberg à Tel Aviv ont rassemblé neuf personnes, et à Beersheba, je ne sais pas pourquoi, trente. On n'a pas de prophétie, on ne croit pas aux faux prophètes. Le Deutéronome 13:4 dit que tu n'écouteras pas la parole de ce prophète, etc. On ne croit pas à ce genre de parole, on ne rentre pas dans cette logique.

La Covid également. Personne n'y avait vraiment prêté attention, mais on croit dans la science, on croit dans l'État, et on a accepté de se faire vacciner avant tout le monde. Et on est devenu un test pour le monde. On est une nation, une « lumière des nations », entre guillemets, pour le monde. Les gens ont d'abord été reconnaissants, c'est évident, mais on a quelque chose de spécifique. Là où il y avait beaucoup de résistance sur le vaccin, là où on pensait qu'on allait tous mourir, ou avoir une pile, ou je ne sais pas quoi, pour nous suivre, etc., Israël n'a pas réagi de cette façon.

Israël a réagi, pour deux raisons, à mon avis, scientifiquement. Nous croyons en la science, nous croyons en le savoir, nous croyons en Athènes et pas simplement en Sparte. Et je pense qu'Israël est Sparte qui protège Athènes, parce que Sparte tout seul, ça ne sert à rien, et s'il n'y a pas d'Athènes, ça ne fonctionne pas. Et on croit aussi dans l'État d'Israël. C'est-à-dire qu'on sait que l'État va protéger le peuple juif. C'était un des traumatismes du 7 octobre, parce qu'il l'a mal protégé. Mais on sait que l'État va protéger le peuple vivant. Du coup, …

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