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Le peuple juif, une existence singulièrement universelle

Daniel Sibony présente sa notion d'existence singulièrement universelle et l'hypothèse fondatrice du peuple juif, points d'amour dans l'être.

20 min

Ensuite : L'hébreu, langue du sionisme : verbalisation et nativisation, 18 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

J'ai répondu avec plaisir à l'invitation à ce colloque, parce que son thème était exactement celui que j'avais étudié et traité il y a une dizaine d'années dans un livre qui s'appelle « De l'identité à l'existence ».

Du peuple juif. Qu'est-ce que le peuple juif a apporté ? Je ne vais évidemment pas trop vous le dire vu le manque de temps, mais je dirais qu'il a apporté la notion et la pratique d'une existence singulièrement universelle. C'est dans ce livre que j'ai introduit ce concept.

Et il n'est pas facile à comprendre, tout comme il n'est pas facile à vivre, parce que chacun a envie de cultiver sa singularité, et c'est normal. Ça s'appelle se replier dans sa sphère narcissique. Ou bien, quand il entreprend de conceptualiser, il a envie de se projeter dans l'universel, c'est plus réconfortant, même si ce n'est pas toujours réalisé, et ça ne coûte pas cher.

Entre nous, d'ailleurs, les gens qui se lancent dans des diatribes qui accusent Israël, le peuple juif, d'être un peuple génocidaire, il ne faut pas trop confondre la complaisance qu'ils ont à le faire avec une toute-puissance qui en résulterait. En réalité, ça ne leur donne aucune puissance, mais ça les conforte, et ils rayonnent évidemment de mauvaises ondes, qui ont rendu l'existence du Juif réelle,

que ce soit en diaspora ou en Israël, car ce n'est pas non plus facile à vivre pour des Israéliens de savoir que — je ne dis pas l'opinion mondiale, mais vous voyez ce que je veux dire — il y a une baudruche, aussi bien, mais il y a sa réalité, que l'opinion mondiale... Il leur est hostile, qu'elle peut les traquer à Amsterdam, à Madrid, en Irlande, etc. Ce n'est pas du tout facile à vivre, surtout quand ils ont un fond d'emblée universaliste et qu'ils sont convaincus d'être dans la vérité.

Alors, voilà, il y a tout un travail. Je me disais tout à l'heure, bien que j'ai beaucoup travaillé sur le 7 octobre, et je suis en train de terminer le deuxième livre sur le 7 octobre, donc je suis très familier de cette question, mais je me suis rendu compte que très souvent, on a zappé le pourquoi au profit du comment, qui viendra plus tard, quand il y aura une commission d'enquête.

C'est curieux. Pour un psychanalyste, le 7 octobre, c'était un gigantesque acte manqué. Vous n'étiez pas là quand les autres ont déboulé. Ça a ensuite révélé des choses énormes et monstrueuses, qui peuvent tout à fait être analysées et expliquées. Mais quand même, pourquoi cette absence ? Pourquoi il y a eu cet acte manqué ? On se pose cette question devant tout individu qui dit « au revoir, monsieur » quand il voulait dire « bonjour, monsieur ». Et on se dit: tiens, pourquoi ? Et on trouve des histoires explicatives.

Et ce que j'ai trouvé est assez hallucinant, et je ne vous en parle pas, mais ça reflète non seulement les divisions, et la complaisance extraordinaire qu'il y a eu à jouir de se rentrer dedans, de s'insulter, de se dénoncer. Donc, la jouissance mortifère de cette division qui, malgré les pansements, les apaisements qui ont suivi, a repris. Ce n'est pas si grave, mais il faut savoir que ça peut mener à des choses très graves.

Qu'il y ait de la dissension en Israël, il y en a aussi en diaspora. La diaspora juive est en dissension, contrairement à Israël qui est aussi en dissension. Donc la dissension n'est pas un problème en soi. Le problème, c'est de savoir ce qu'on en fait, comment on la vit. Or la dissension est prévue dans ce qu'a apporté le peuple juif, dans l'existence singulièrement universelle.

Pourquoi ? Parce que l'existence singulièrement universelle nous met d'abord devant le divin — en version laïque, ça veut dire qu'elle nous met devant l'être, devant l'infini des possibles. Et ce que j'introduis dans ce livre, c'est ce que j'appelle l'hypothèse fondatrice du peuple juif.

Quelle est l'hypothèse fondatrice du peuple juif ? C'est qu'il y a pour nous des points d'amour dans l'être, dans le divin, dans le destin — appelez-le comme vous voulez — dans l'infini des possibles. Évidemment, le corollaire immédiat de cette hypothèse, c'est qu'on va avoir de gros ennuis pour ça. S'il y a des points d'amour, les autres vont tout de suite les prendre comme des avoirs qu'on aurait confisqués, alors que ce sont des rapports à l'être, que ce sont des modes d'être, des modalités.

Et j'ai bien aimé que quelqu'un rappelle la question « Comment va votre Dieu ? ». Je l'avais travaillée autrefois dans mon livre « Nom de Dieu », qui se terminait par un chapitre sur « à quoi croient les incroyants ». Oui, les incroyants croient aussi à quelque chose. La croyance est une forme simplifiée de l'amour. Donc croire, c'est aimer quelque chose, ou s'aimer en train d'aimer quelque chose. Et surtout, c'est s'aimer en train d'être beaucoup à aimer cette chose. C'est ça, le lien.

Le lien de la transmission n'est pas abstrait. C'est que les gens se rattachent à un fil de la transmission, la transmission étant presque la suppléance du divin pour les Juifs. Le peuple se transmet quoi ? L'appel à se transmettre, au fil des générations. Peu importe ce que chacun met, peu importe les contenus de cette transmission, mais chacun a besoin d'un fil pour s'y rattacher.

D'autres ont besoin de deux fils, trois fils, et certains ont besoin d'être complètement ficelés, c'est-à-dire qu'ils ont besoin d'avoir tous les liens avec eux, tout le temps, en même temps. C'est difficile à vivre, parce qu'en réalité, l'enjeu, c'est bel et bien non pas la reconnaissance de l'autre, mais déjà sa connaissance.

Un des éléments du pourquoi du 7 octobre, c'est que l'establishment israélien, de droite ou de gauche, n'a jamais eu la connaissance exacte de la pensée qui habite l'adversaire, n'a jamais eu la notion, parce qu'elle est totalement irrationnelle. La notion que ce qui fait jouir les gens d'en face, ce n'est pas, évidemment, d'avoir des terres, ce n'est pas même « du fleuve à la mer », c'est de vous tuer. Cette notion n'entre pas dans la mentalité.

Et du coup, la réaction israélienne au 7 octobre, entre nous, a écarté le danger dès les premiers jours. Donc dire qu'aujourd'hui on est sauvés du danger, c'est un peu exagéré, parce que très vite, il n'y a plus eu de danger. Mais une sombre histoire a commencé, qui s'est répandue comme un tourbillon dans toute la planète, à savoir qu'on était en train de commettre un crime, un crime radical.

Et là, il faut quand même revenir aux fondamentaux. Vous savez quelle est la première déshumanisation des Juifs que je connaisse ? Ce n'est pas la chrétienne, dans les épîtres de Saint-Paul ou dans l'Évangile de Jean, qui fait de nous des fils du diable. C'est que dans le Coran, il est écrit explicitement que nous sommes, les Juifs, des singes et des porcs. Autrement dit, il y a une animalisation préalable, qui est suivie, en revanche, de quelque chose qui n'est pas « il …

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