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Du juif à l'hébreu : Israël après le 7 octobre

Antoine Mercier analyse le choc identitaire, la résilience et le passage de l'identité juive à l'hébraïté.

15 min

Ensuite : Devenir hébreu : identité israélienne après le 7 octobre, 13 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Je vais essayer de vous parler un peu de l'actualité, puisque c'est censé être notre métier. Je vais reprendre certaines choses qu'on a déjà un peu entendues par la force des choses, puisque la plupart des invités de ce colloque, on a eu la chance aussi de les interviewer pour Mosaïque. Les choses vont tellement vite que ce qu'on peut dire aujourd'hui risque d'être assez facilement périssable. Heureusement que Michel nous a laissé douze minutes de temps de parole, comme ça, ça limite le risque d'être démenti avant d'avoir fini de parler.

Alors, je vais commencer par deux ou trois constats que je tire des quelque 300 interviews que j'ai réalisées depuis deux ans, donc pour la chaîne Mosaïque YouTube, que David Kakoun et moi avons lancée il y a deux ans maintenant. Peu après le 7 octobre, voici quelques points que je retiens.

Premier point, le 7 octobre a provoqué incontestablement un choc identitaire en Israël. On dit que les malheurs de l'identité diasporique sont revenus frapper à la porte d'un Israël, ou des Israéliens, qui se sentaient sans doute en sécurité, qui se pensaient à l'abri en tout cas. C'est pourquoi le mot pogrom est revenu pour décrire ce qui s'était passé. La notion d'État-refuge fut dans un premier temps ébranlée. Le sionisme semblait ne pas devoir tenir ses promesses. Et si l'État d'Israël n'était pas finalement une garantie pour la survie du peuple juif, voilà les questions qui revenaient dans un premier temps.

Mais très rapidement, ce retour à l'ambiance diasporique s'est transformé, il fut l'occasion d'une réaffirmation de l'identité israélienne, cette fameuse résilience, que moi je préfère appeler peut-être renaissance. Deux ans après, il faut bien le constater, je crois qu'il faut quand même le dire aujourd'hui: deux ans après, en effet, Israël se retrouve en bien meilleure situation, en situation de force en tout cas, sur le plan géopolitique. Si on veut bien regarder autour de soi, sans a priori, on constate que les menaces existentielles de l'arc chiite ont été

écartées: celles du Hezbollah, celles de l'Iran, celles du Hamas. Évidemment, ces trois groupes vont continuer à ne pas renoncer à leurs objectifs de rayer Israël de la carte, mais globalement, ils n'en ont plus les moyens, au moins pour un certain temps. C'est quand même un fait qu'il faut souligner de ce qui s'est passé depuis le 7 octobre: cette menace a été concrètement écartée pour un temps. C'est un changement fondamental, et on peut avoir tendance à l'oublier parce qu'on est pris par les difficultés actuelles, par l'actualité

qui continue. Mais ça autorise à entrevoir l'avenir avec un certain optimisme.

La société israélienne va se retrouver en sécurité relative pour quelques années. Elle va pouvoir reprendre sa dynamique de développement. Elle va pouvoir affermir sa souveraineté, selon le souhait notamment de Sarah Feinberg, et en particulier commencer effectivement à s'affranchir de la dépendance américaine en matière d'armement et de stratégie militaire. Il y a une phrase qui résume ça, je pense: sortir des exigences des empires, c'est une impérieuse exigence aujourd'hui pour Israël.

Deuxième constat, et il se trouve assez curieusement en apparence, en réalité pas tellement surprenant, que ce renforcement de la souveraineté d'Israël sur sa terre s'est accompagné incontestablement d'une augmentation proportionnelle de l'hostilité des nations. Je crois qu'il faut se poser la question de fond sur cette concomitance, et on peut donner une réponse. Quand Israël se renforce, les autres nations se sentent manifestement en danger. L'agressivité se renforce. C'est difficile à comprendre, mais c'est bien une réalité. Même si, d'ailleurs, je constate que c'est souvent un point aveugle de la conscience juive, avec cette question lancinante: mais pourquoi est-ce qu'on nous en veut autant ?

Il y a bien des exemples qui sont bien connus, le christianisme et l'islam notamment. Ce sont des systèmes à prétention universelle, qui ne peuvent maintenir cette prétention à se substituer à Israël que si Israël est abaissé, et si Israël retrouve une place parmi les nations, ça pose un grave problème pour eux. C'est un problème existentiel. Il faut comprendre la remise en cause que ça représente pour ces systèmes. Si les Juifs confortent leur droit à l'existence sur leur terre, c'est tout le mythe du Juif errant qui

s'effondre. Israël ne serait donc plus sanctionné, ne serait plus effacé de l'histoire pour avoir refusé de reconnaître le Messie en la personne de Jésus, le rabbi de Nazareth. Et si l'islam est empêché de conquérir la terre perdue de Palestine malgré une guerre permanente qualifiée de défensive par l'islam lui-même, menée depuis plus d'un siècle, c'est qu'il y a bien une faille dans la théorie de l'islamisme, contraint ainsi de rester sur la défensive.

La tradition juive, de Rachi au Maharal de Prague, évoque cette situation où l'antagonisme entre Israël et les nations est un état de fait. Les deux systèmes de valeurs ne peuvent cohabiter longtemps: s'il en monte un, l'autre descend. C'est pourquoi il est sans doute vain de vouloir, à mon avis, lutter contre l'antisémitisme avec des paroles, mais qu'il faut le faire avec des réalisations, en d'autres termes, être convaincant sur le terrain, et notamment ici.

Un troisième constat: nous sommes vraiment dans un moment de bascule. La majorité du peuple juif se retrouve maintenant sur sa terre après 2000 ans d'exil ou 2000 ans d'éclipse. Et avec lui, le centre de gravité du monde juif est venu désormais se placer dans l'histoire d'Israël, ici, sur cette terre. Ça se traduit par une mutation d'identité des Israéliens, qui sont poussés à faire un pas de plus vers l'hébraïté. On va essayer de définir ce que ça signifie, hébraïté.

La condition juive de l'exil, qui est revenue frapper à la porte le 7 octobre, les Israéliens la rejettent aujourd'hui très majoritairement. Ils n'en veulent clairement plus, de cette condition juive diasporique. Et sur ce point, je crois qu'il y a vraiment une unité qui s'est reformée au sein du peuple. On dit que les querelles politiques sont revenues au galop. Certes, mais la situation a vraiment changé. Je pense que la marloquette nationale dont les Israéliens sont si friands se déroule maintenant sur un socle commun. C'est la conscience qu'ils ne veulent plus être à la merci de ceux qui veulent les détruire, et chacun s'accorde à prendre les moyens pour que cela ne devienne pas une réalité. Aujourd'hui, les Israéliens intègrent l'idée que l'hostilité ne va pas cesser tant que durera l'histoire, mais ils sont tous d'accord pour qu'Israël s'arme, à tous les sens du terme, pour y faire face.

On va faire un pas de plus, si vous voulez bien. La tradition nous dit que la prophétie s'était évanouie au moment de la destruction du Deuxième Temple, et même du Premier. La dispersion du peuple juif, en tout cas, avait entraîné la disparition de la prophétie. Le retour sur sa terre du peuple juif, en majorité aujourd'hui, laisse penser qu'il pourrait y avoir des signes de retour de la prophétie. Quand on dit ça, on ne sait pas trop ce qu'on dit. Je vais essayer quand même de vous en dire deux mots de ce que j'en perçois. …

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