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Les déplacés juifs après la Shoah et le foyer national

Comment les survivants des camps, entre exil et revendication, ont fait de la Brikha et de l'hébreu le chemin vers Erets Israël.

17 min

Ensuite : Korah, la contestation et la vérité selon le Rav Sacks, 18 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Alors bonjour tout le monde. Je voudrais vous parler d'une tranche d'histoire qui est souvent occultée dans les livres scolaires, et qui pourtant joue un rôle crucial dans la compréhension du peuple d'Israël, et aussi de la relation entre Israël et les États-Unis aujourd'hui.

Je ne crois pas que j'aurai l'occasion de faire des parallèles entre le président Truman et le président Trump, bien que les trois premières lettres soient similaires. Mais je voudrais vous dire que j'ai choisi ce sujet lorsque j'ai été gentiment invitée par Micha et les autres membres de cette équipe, formidables d'ailleurs, parce que je voulais vous montrer que cette tranche d'histoire, qui paraît un peu compliquée, est en fait capable d'éclairer des questions tout à fait contemporaines, et peut aussi nous aider à mettre des mots sur nos émotions depuis le 7 octobre, et même avant.

Alors, la première question que je voudrais poser, c'est: quand apparaît le lien entre la question internationale des personnes déplacées et celle de la Palestine ? Je devrais rappeler, pour ceux qui n'ont pas lu le titre de ma conférence, que je vais essayer de porter mon attention sur cet entre-deux, entre exil et revendication, les personnes déplacées et le foyer national juif, entre 45 et 48.

Donc, quand apparaît ce lien ? Pour répondre à cette question, il faut savoir qui sont les personnes déplacées. C'était très difficile pour l'armée qui devait s'en occuper de définir qui étaient des personnes déplacées, parce que ces deux lettres, « DP », qui sont un peu infamantes et méprisantes, s'appliquent à la fois à un million de personnes déplacées par le Troisième Reich, qui étaient opposées à leur rapatriement pour des raisons diverses, essentiellement ne pas être sous la coupe de pays nouvellement communistes. Mais pour les Juifs, qui dans ce million représentaient 20 %, c'est-à-dire environ entre 200 000 et 250 000, le problème était différent.

C'est parce que la communauté juive américaine, qui se sentait aussi un petit peu coupable de ne pas avoir assez aidé ses coreligionnaires pendant la Deuxième Guerre mondiale, vu que l'Amérique fermait ses portes, et aussi parce qu'il y avait un antisémitisme très fort dans les années 30-40 — je vous rappelle qu'il y avait certains parcs où il était écrit « interdit aux Juifs », idem dans les hôtels. En fait, les Américains juifs se sentaient vulnérables, en quelque sorte. Mais là, ils ont mis le paquet. Vraiment, la plupart des organisations juives ont essayé d'aider ces personnes déplacées d'Europe qui étaient encore dans des camps après la libération. C'est-à-dire qu'en somme, elles avaient été libérées par les armées alliées, mais pas libres.

Ces organisations ont convaincu le président Truman, qui succédait à Roosevelt, d'enquêter sur les camps de personnes déplacées où les Juifs étaient encore maltraités. Le président Truman a accepté. Il a envoyé une personne qui était en fait le doyen de la faculté de droit de Pennsylvanie, et cette personne a été accompagnée par des membres du Joint, de l'American Jewish Joint Distribution Committee, et a visité ces camps.

Ces camps pouvaient être d'anciens camps de concentration qui avaient été transformés, ça pouvait être comme Bergen-Belsen, qui est devenu en fait Belsen, mais un kilomètre et demi plus loin que le camp de Belsen lui-même, qui avait été brûlé. On a une énorme disparité dans ces camps. Mais ce que le rapport révèle, et qui a été parfaitement avalisé par Truman, qu'il a trouvé convaincant, ce sont quatre choses.

Premièrement, les Juifs sont une catégorie à part. C'était très difficile à avaler, surtout pour le général Eisenhower, qui était le chef des armées alliées et qui deviendra plus tard président. Lorsqu'il a lu ce fameux rapport, qui s'appelait le rapport Harrison — j'ai eu entre mes mains, aux archives Truman, dans le Missouri, sa réaction — il a dit: « Mais d'accord, vous nous reprochez de traiter mal ces réfugiés juifs, mais on ne veut pas faire des camps à part pour les Juifs, parce qu'on ne veut pas reconduire la discrimination que les nazis ont élaborée. » Finalement, il va se rendre à l'évidence, parce que le président Truman, ému par le sort des personnes déplacées juives, va le convaincre.

La deuxième chose que ce rapport demande, c'est que le public américain soit sensibilisé à la tragédie des personnes déplacées juives, qui étaient pour la plupart des survivants de la Shoah. Mais il faut le savoir: le groupe des personnes déplacées n'était pas un groupe clos. Ceux qui retournaient dans les pays de l'Est, comme par exemple en Pologne, où il y a eu le fameux et affreux pogrom de Kielce, le 4 juillet 1946, se faisaient tuer pour le simple fait d'être revenus et de demander leur maison ou autre chose. Ces Juifs-là ont essayé de retourner dans la zone américaine d'occupation pour pouvoir acquérir le statut de DP, parce que c'était un statut, et grâce à ce statut ils étaient aidés par l'agence de secours des Nations unies, l'UNRRA.

Mais notez que ceux qui revenaient étaient labellisés, en quelque sorte, comme des infiltrés. C'est-à-dire qu'après avoir été des numéros, après avoir été du bétail, ils étaient considérés, par l'armée qui avait la charge de s'occuper d'eux et de les rapatrier, comme des infiltrés. C'était terriblement humiliant d'être un infiltré, quand on voulait revenir, puisqu'on avait vu qu'on n'allait plus chez soi en Pologne ou dans les pays d'Europe de l'Est. Les Juifs avaient des rations caloriques inférieures, pour les punir, en quelque sorte, de ne pas être restés chez eux, qui n'étaient plus chez eux.

L'autre chose, et c'est le troisième point de ce rapport, c'est que ce rapport va encourager les membres du Congrès américain à libéraliser l'immigration aux États-Unis, ce qui est très étonnant. Il faut vraiment oser l'écrire, parce qu'en 1945, comme le disait Elie Wiesel, l'Amérique ne voulait pas des Juifs. J'ai publié un livre il y a longtemps, qui s'appelait Ces Juifs dont l'Amérique ne voulait pas.

Au Congrès, les débats ont été très, très longs, et en fait la loi de 1924 était toujours là pour limiter l'immigration. Je n'entrerai pas dans le détail des trois lois qui ont été votées, parce que ce n'est pas mon propos aujourd'hui, mais il y a trois lois qui ont permis aux Juifs, petit à petit, d'entrer au compte-gouttes.

L'enjeu de ceci, c'est qu'en somme, parce que l'Amérique a fermé ses portes ou les a entrouvertes, l'État d'Israël s'est créé plus vite. Certains, comme le grand historien Yehuda Bauer, pensent que si l'Amérique avait ouvert ses portes plus tôt, la proportion serait absolument renversée: au lieu de trois quarts qui ont immigré en Israël et un quart aux États-Unis, ce chiffre serait absolument inversé.

Alors maintenant, j'en arrive au deuxième point: comment ces survivants ont-ils trouvé la force de transformer leur détresse en énergie constructive ? On en a parlé tout à l'heure. Comment ont-ils fait de leur douleur une force ?

On a parlé de cette idée de Klal Israël. Ils étaient ensemble. Ils n'étaient plus dans ces camps de personnes déplacées où il y avait aussi certains anciens sympathisants nazis, certains Polonais qui les narguaient, …

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