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Le sionisme, paradigme du désenclavement juif

Six « désenclavements » que le sionisme accomplit, face au point de vue exogène et au décolonialisme.

8 min

Ensuite : Israël Eldad et la révolution juive, face au déclin de l'Europe, 1 h 12

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonsoir à tout le monde. Merci à Michel Valkovitz de son invitation. Je suis très sensible à tout ce que j'ai entendu, ayant été présent depuis ce matin. Et ce qui m'apparaît, c'est que tout le monde ici, évidemment, au-delà du choc du 7 octobre, essaie de reconstituer un... Excusez-moi, il y a encore beaucoup de bruit dans la salle. Si vous pouvez rester en silence. Merci.

Nous essayons de faire corps sur des bases nouvelles, une fois la compréhension de ce trauma acquise. C'était un processus très long. Alors, le décolonialisme à l'épreuve du sionisme. Comme tout le monde le sait et tout le monde le subit aussi depuis plusieurs mois maintenant, ce qu'on appelle le postcolonialisme, ou plus précisément le décolonialisme, notamment en Occident, est devenu l'acmé de l'antisémitisme contemporain. L'idéologie décoloniale, appuyée sur le wokisme et l'islamo-gauchisme, a présenté et convaincu les multitudes que le sionisme et l'État d'Israël constituent le paradigme de la domination et de l'exclusion. Mais un examen attentif, à la fois des aspects divers et des enjeux divers du sionisme, fait apparaître exactement le contraire.

À savoir que le sionisme est en réalité le paradigme même de la désaliénation et de l'émancipation collective. Pour comprendre cela, il faudrait que j'explicite deux de mes présupposés. Le premier présupposé, c'est que le sionisme accomplit l'espérance du retour qui se trouve au cœur de la tradition du judaïsme historique. Le deuxième présupposé, c'est qu'incidemment, le sionisme détermine toutes les modalités d'affranchissement de la mentalité exilique.

Il y a longtemps, dans mes premiers travaux, en dialogue avec Raphaël Draï, dont nous célébrons aussi la mémoire, j'avais fait l'hypothèse que ce qu'on appelle globalement l'identité juive était exposé à deux points de vue, ou pouvait résulter de deux points de vue. Un, que j'appelais le point de vue endogène, c'est-à-dire celui que les Juifs véhiculent eux-mêmes, avec les contradictions et les diversités d'opinion, mais néanmoins avec un fond commun dont il a été question notamment dans l'exposé de... mais il y a aussi ce que j'appelle un

point de vue exogène. Et le point de vue exogène, c'est le point de vue qui a défini le judaïsme et le peuple juif de l'extérieur pendant des siècles. Et je pense que le décolonialisme est le point d'aboutissement de ce point de vue exogène, compte non tenu de toutes les leçons de l'histoire qui ne sont jamais passées. Autrement dit, ce que le sionisme réussit à faire, ce qu'il a commencé d'accomplir, c'est un désenclavement, ce que j'appelle aussi un désenclavement catégoriel de ce fameux point de vue exogène.

Cela correspond à ce que le philosophe israélien Eldad, disciple de Jabotinsky, a appelé la révolution juive, dans un essai très important de 1973 que j'ai traduit cette année. Mon exposé, je n'excéderai pas peut-être même dix minutes, se ramène à six propositions pour illustrer ce que c'est que ce fameux désenclavement catégoriel.

La première proposition, c'est que, tout d'abord, le sionisme permet le désenclavement théologique d'Israël, puisque le judaïsme, depuis 2000 ans, a subi ce que j'appelle une réduction cléricale. Il a été ramené purement et simplement à un contenu religieux et, sous la pression polémique, notamment de la polémique théologique menée par le christianisme et relayée ensuite par l'islam.

La deuxième proposition, c'est que le sionisme permet aussi le désenclavement historique et historiographique d'Israël. Ce n'est pas tout à fait la même chose, mais cela s'explique ainsi: le retour d'Israël sur sa terre permet à Israël de devenir de nouveau sujet de sa propre histoire. C'est la définition même de la philosophie politique du sionisme, mais aussi sujet de l'écriture de sa propre histoire, chose que l'antisionisme, dans son paroxysme radical, dénie fortement et complètement à Israël. Autrement dit, le sionisme est une dénonciation vivante de l'ordre du monde ancien.

Troisième proposition, le sionisme réussit le désenclavement géographique d'Israël, c'est-à-dire qu'il détermine un nouvel ensemble de droits et de devoirs, qui sont ceux de la souveraineté recouvrée. Et le philosophe Michael Barsby disait que ce recouvrement permettait à Israël d'affirmer à nouveau le droit de faire la guerre. C'est un point très important, en dépit du pacifisme béat qui a assailli les médias depuis deux ans. Surtout s'agissant d'Israël, il fallait absolument arrêter les combats et ne pas aller jusqu'au bout. Et la riposte d'Israël n'était jamais justifiée aux yeux de quiconque, en tout cas dans la majorité de l'opinion dominante.

Ce que permet aussi ce désenclavement géographique, c'est la réappropriation du nom même d'Israël. Et ça, c'est très important, puisque vous me connaissez, je mène une polémique inlassable contre la prétention substitutive qui met en rivalité le nom d'Israël avec le mot de Palestine.

Quatrième désenclavement, le sionisme permet le désenclavement politique d'Israël, de manière progressive, comme on le sait, au regard de ce qu'a été le développement de l'histoire même du mouvement national juif: par la création d'abord d'institutions prénationales, puis par la création d'institutions étatiques. À mon sens, ce désenclavement politique d'Israël permet la réunification de ce que j'appellerais la trinité d'Israël: le peuple, la Torah et la terre, sans oublier, comme l'a très fortement et justement rappelé Priven Kriger, la nécessité de ne jamais y oublier l'arrière-plan métahalakhique de la halakha.

Cinquième proposition, le sionisme permet le désenclavement sociologique d'Israël, c'est-à-dire qu'il permet et accomplit ce que les textes hébreux appellent le kibboutz galouyot, le rassemblement des exilés.

Sixième proposition, le sionisme permet aussi le désenclavement linguistique et culturel, dont a beaucoup parlé mon ami Cyril Aslanov tout à l'heure. Péniouda, évidemment, la fondation aussi de la commission sur la renaissance de la langue hébraïque comme langue vernaculaire. Mais le grand saut qualitatif de cette dimension de la Haskala, la reviviscence de l'hébreu et son institution comme langue vernaculaire collective, nationale, permet aussi à l'hébreu, en tant que langue, de surmonter la réduction liturgique qui est corrélative de la réduction cléricale du judaïsme.

Alors, les développements historiques du sionisme représentent finalement une réappropriation des différents attributs de la souveraineté, en dépit des prétentions du décolonialisme, qui est l'ultime symptôme des impérialismes, dont parle déjà le livre de Daniel dans la Bible hébraïque. Ce qui me fait inférer et dire qu'en somme, tout décolonialiste conséquent, s'il était honnête de surcroît, devrait s'affirmer comme le plus ardent partisan du sionisme. Merci de votre attention.

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