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Tsahal, dernier bastion identitaire du peuple juif

Pourquoi Tsahal reste le seul consensus du peuple juif, de l'après 7 octobre à la pensée du Rav Kook.

12 min

Ensuite : Céline Pina : le 7 octobre et la confusion des mots, 21 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Donc, ce dont je veux parler ce matin, c'est que Tsahal représente pour moi l'ultime bastion identitaire du peuple juif, qu'il vive en Israël ou qu'il ne vive pas en Israël. Je suis arrivé à cette conclusion, qui me paraît un peu évidente, après deux ans de guerre. Tout passe par Tsahal, au fil des articles et des analyses depuis le 7 octobre que j'ai réunis dans le livre Tribune de guerre, paru chez David Reinhardt. Ce sont des analyses allant du 7 octobre jusqu'à maintenant, et je réalise qu'il ne reste plus effectivement de consensuel pour le peuple juif que Tsahal. C'est l'ultime bastion d'un consensus, c'est la dernière vache sacrée, aussi, à mon avis.

À partir du 7 octobre, un processus s'engage, une redéfinition de l'identité israélienne qui était en pleine démarcation du juif d'avant, du juif de la Shoah. L'Israélien, le sabra, le nouveau juif, était en complète rupture, c'était même voulu sur le plan sioniste: une rupture complète avec un passé qu'il ne rejetait pas, mais qu'il mettait à l'écart pour bâtir un nouveau type, un nouvel archétype juif. Et là, évidemment, nous rejoignons d'un coup le 7 octobre, nos parents, nos grands-parents, nos ancêtres, dans la Shoah et aussi dans tous les pogroms, les pogroms qui étaient la base de la motivation de Herzl pour développer le projet sioniste.

Donc, tout d'un coup, le choc, en Israël, c'est d'avoir rejoint l'histoire tragique du peuple juif, des pogroms, mais en plus d'avoir eu un pogrom là où c'était l'endroit où il ne devait plus y en avoir. C'est évidemment un choc terrible, psychologique, pour toute la population israélienne et pour tous les sionistes. Et puis, il y a à ce moment-là une perte de confiance dans Tsahal, qui était le pilier de la sécurité, ce en quoi on avait le plus confiance. Tout d'un coup, il y a cette perte de confiance, ce désarroi, qui ne sera que temporaire, car Tsahal va se reprendre très vite pour acquérir des victoires, des succès énormes, renverser l'équation stratégique au Proche-Orient.

Aujourd'hui, on peut décemment dire que Tsahal et les services secrets israéliens ont reconquis la confiance du public. En revanche, là où il n'y a plus du tout de confiance, ou presque, c'est envers les politiciens, les décideurs au niveau gouvernemental et administratif israélien: une perte de confiance totale et catastrophique. Aujourd'hui, on peut vraiment dire qu'une frange, en tout cas une grande partie de la politique israélienne, met en danger le projet sioniste tel qu'il est conçu dans Altneuland. Ce n'est plus du tout cette vision-là.

Nous avons des tiraillements extrêmement dangereux, d'un côté vers un sionisme messianique d'extrême droite, on sait de qui on parle. D'un autre côté, nous avons aussi des dirigeants que je voudrais appeler post-sionistes, qui ne sont plus véritablement des sionistes comme l'étaient Begin ou Shlomo Hillel, ces dinosaures qui n'avaient aucun intérêt financier, pécuniaire, qui étaient de grands idéalistes, parfois peut-être un peu lourds dans leur attitude politique. Mais aujourd'hui, on a affaire à une classe de dirigeants politiques, et j'accuse les deux côtés, c'est-à-dire la coalition actuelle et l'opposition actuelle, qui n'ont même pas été capables, en temps de guerre, c'était du jamais vu, de s'unir, d'avoir un gouvernement d'union nationale, au moins le temps de la guerre. C'était du jamais vu en Israël, et c'est extrêmement dangereux pour le projet sioniste. C'est un danger aussi existentiel que l'est la menace iranienne.

Et donc, à l'heure même où, en pleine guerre, la classe politique israélienne se montre incapable d'union nationale, Tsahal donne l'exemple, lui, de la cohésion et de la fraternité. Tsahal, c'est l'armée de tout le peuple, et c'est là qu'on peut se retrouver. C'est le creuset culturel et social indispensable à l'amalgame de toutes les différences ethniques, confessionnelles, économiques, en une identité nationale fidèle au projet sioniste tel que défini par Théodor Herzl. Depuis 1948, l'armée a fait vivre l'idéal sioniste chez tous les jeunes Israéliens, ou même les jeunes juifs, à travers les mouvements de jeunesse et ceux qui viennent faire leur service militaire en Israël, et donc des générations successives d'engagés, soudés dans cette entité solidaire: « J'ai fait l'armée, j'ai défendu l'État d'Israël, je suis fidèle au projet sioniste tel qu'il a été conçu par Théodor Herzl. »

Fidèle aussi à ce rêve de Théodor Herzl, mais celui exprimé plus tôt dans Altneuland, Tsahal accueille de plus en plus de musulmans et de chrétiens dans ses rangs, afin de consolider leur sentiment d'appartenance. Cette ouverture vers le monde était extrêmement importante dans l'esprit de Herzl, et je pense qu'elle est extrêmement importante dans l'esprit du sionisme. C'est la seconde phase. Il y a un sionisme qui se referme sur lui-même pour lutter, pour combattre, et atteindre une première étape, un premier but, un objectif. Mais ensuite, une fois cet objectif atteint, il se rouvre au monde et laisse épanouir sa lumière, et la lumière du monde vers lui: c'est un échange.

Tsahal assume, à mon avis, un rôle déterminant dans la poursuite de l'idéal sioniste, du simple fait qu'il soit à l'écart des marchandages et des magouilles de la scène politique, qui aujourd'hui, vraiment, est décevante. Tsahal, c'est le siège d'un sionisme inaltéré: depuis sa création, il a gardé les mêmes principes, les mêmes valeurs, sans complexe ni compromis. Le sionisme tel qu'il est exprimé par Tsahal, le patriotisme de Tsahal, c'est sans complexe, sans compromis, c'est clair et net: vous pensez ce que vous pensez, nous, on pense ceci, et c'est tout. Et c'est surtout aussi, dans le respect, et ça c'est extrêmement important, des plus nobles valeurs du judaïsme.

C'est extrêmement important. Nous avons, par exemple, celle de la pureté de l'âme, tohar, un échec. Les règles d'engagement de Tsahal sont extrêmement strictes, éthiques à l'extrême: le respect de la dignité humaine, la façon dont sont traités les prisonniers, par exemple, et puis celui de la sacralité de la vie. Ce qui fait que, dans Tsahal, la vie est sacrée avant tout. Chaque soldat sait que tous les efforts nécessaires seront faits pour le sauver, pour aller le récupérer s'il a été fait prisonnier. Et on a vu, dans les deux ans de combat, que les soldats de Tsahal ne se battaient pas principalement pour tuer des terroristes. Ils en ont tué, bien heureusement, mais ce n'était pas le but principal. Chaque soldat de Tsahal se battait en espérant ouvrir une porte quelque part et y trouver un otage à libérer.

Sacralité donc de la vie. Et enfin, ce qui relie évidemment le judaïsme et le sionisme, c'est l'attachement indéfectible à la terre d'Israël.

Alors, la résistance des communautés ultra-orthodoxes aux services militaires soulève tout de même des questions profondes sur notre identité juive, sur notre solidarité nationale. Le phénomène auquel nous assistons aujourd'hui, en plein cœur d'Israël, de ce refus de servir dans Tsahal, doit nous faire poser des questions. On peut être contre, je suis bien sûr contre, mais je me pose tout de même la question: pourquoi Tsahal n'arrive-t-il pas à interpeller cette jeunesse des yeshivot, alors qu'on arrive aujourd'hui à recruter, comme je l'ai dit, une jeunesse musulmane ? Nous …

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