émouna, raison et doute : Kant face au Kouzari
Pourquoi la émouna ne peut se fonder sur le seul raisonnement, selon le dialogue du roi des Khazars.
Rav David Partouche
Ensuite : De quoi vivons-nous vraiment : l'émouna vécue, 1 h 01
En bref
Le Rav Partouche commente le Sefer HaKouzari de Rabbi Yehuda HaLevi, et plus précisément le passage où le rabbin définit l'émouna face au roi des Khazars : une vérité qui ne se déduit ni du séchel ni du régech, mais qui se vit, à partir de l'expérience transmise par le peuple d'Israël, de la sortie d'Égypte au don de la Torah. Il montre pourquoi une émouna fondée sur des preuves intellectuelles reste fragile et sujette au doute. Il explique enfin ce que signifie le mot émouna, relié à amen et à emet, et pourquoi l'émouna se vit plutôt qu'elle ne se démontre.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
J'ai fait Chalom à tous. Nous continuons le cours sur le Sefer HaKouzari. Le problème est le suivant: nous sommes, Mamache, au cœur du livre, même si nous n'en sommes qu'au début. Il a donné, en quelques lignes, la définition de ce qu'est la émouna. On en était là. Je vais d'abord vous remontrer le texte, et ensuite nous allons beaucoup expliquer au tableau. C'est pour cela que j'ai pris le tableau aujourd'hui, pour récapituler les principes que nous allons étudier à travers Rabbi Yehouda HaLevi. Regardez bien. Nous sommes au dialogue, après que... le Khaver. Quand je dis Rabbi Yehouda HaLevi, pour moi, c'est le Khaver, c'est le rabbin. On a déjà expliqué que c'est Rabbi Yehouda HaLevi qui parle à travers le rabbin.
L'histoire réelle qui s'est passée, elle s'est passée trois cents ans avant Rabbi Yehouda HaLevi. Rabbi Yehouda HaLevi a donc inventé le discours qui a pu avoir lieu entre le rabbin et le fameux roi des Khazars. Lorsque le roi des Khazars lui demande quelle est l'émouna, quelle est sa croyance, il lui répond: « Nous croyons dans le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Amotzi Edvin Israël ? (?) Le Mitzraïm (?), qui a fait sortir les enfants d'Égypte. Beotot, Ouvmoti, Masot, Bevchakel, Bamidbar (?): il nous a nourris dans le désert. Il nous a fait entrer pour conquérir la terre de Canaan, la terre d'Israël. Achar, Shevirar et Tayam (?), après nous avoir fait traverser la mer, le Jourdain, par des miracles. Shalach Moshe, Betorato (?): il nous a envoyé Moïse et sa Torah. Vachar, Karkamal, Fenevi, Macharav (?): il a envoyé des prophètes, des milliers de prophètes après lui, pour Mazirim, Altorato (?), pour...
...nous mettre en garde contre sa Torah, en nous disant: celui qui respecte sa Torah sera récompensé, et celui qui fait l'inverse, qui ne la respecte pas, aura l'inverse de la récompense. Nous avons la émouna dans tout ce qui est écrit dans la Torah. » Et les choses sont très longues. Sur ce, le roi des Khazars lui dit: « J'étais d'accord » (?) de ne pas poser la question aux Juifs. Vous vous rappelez qu'il avait commencé par le philosophe, le chrétien, l'islam, et qu'il ne voulait pas poser la question aux yéhoudis. Je vous rappelle qu'à chaque fois qu'il utilise le mot yéhoudi, c'est très péjoratif. C'est le juif, le nom porté par les enfants d'Israël quand ils sont en galout, en exil.
Parce que c'est la situation dans laquelle se trouve le peuple d'Israël: les Juifs sont dans une situation très basse, celle de l'exil. Par conséquent, ils sont incapables de donner de bons conseils, puisqu'ils sont faibles dans ce monde. Et là, le roi des Khazars dit au rabbin: tu aurais dû me répondre, au Créateur de ce monde, Oumé Sadeiro Oumanigo (?), celui qui met de l'ordre dans ce monde et qui le dirige. Oubé Mishébera Acha, Veitrifécha, Veadomen Asipurimene (?), celui qui t'a créé et qui te nourrit, et toutes les choses qui ressemblent à ces histoires. Acherem Ta'anat Kol Mishé Yechlodat (?), qui est la raison de toute personne qui se réclame d'une religion: dans quel Dieu crois-tu ? Au Dieu créateur ? À celui qui m'a...
C'est pour cette vérité, cette croyance qui poursuit la vérité. Le rabbin répond au roi des Khazars: ce que tu dis que j'aurais dû répondre, c'est-à-dire dire que je crois au Dieu créateur, etc., c'est une... c'est une religion basée sur le Ekesh (?), basée sur le rationnel, le Sechel, l'intellect. Il est vrai qu'elle appelle à l'approfondissement, c'est-à-dire qu'elle appelle les gens à approfondir, à essayer de comprendre. Mais elle recèle énormément de doutes. Et si tu poses la question aux philosophes, tu verras que personne n'est d'accord avec personne, velo aldat achat (?), sur une seule chose, et même sur une seule raison, mipne shem tehanot (?), parce que ce sont des arguments. Yeshmeh mashem yechonim lamin moufet (?), ou mehem ashe yaspikou bam (?): il y a énormément de doutes parmi eux. Ou mehem ashe lo yaspikou bam (?), kol sheken shemdou bam moufet (?), moufet: il faut expliquer ce que veut dire ce mot.
Maintenant, le roi des Khazars, you dalet (?), et on termine le texte. Je regarde l'explication: Amar Hakouzaru, le roi des Khazars dit: rohe anit varecha (?).
Alors on y va. Première étape: le roi des Khazars n'a aucune confiance dans le Juif. Il ne voulait pas aller le voir. Il est allé poser la question au peuple d'Israël, au rabbin, au Chaver, uniquement parce que la réponse des philosophes, la réponse de la chrétienté et de l'islam ne lui a pas convenu, et parce que l'islam et la chrétienté se sont référés au peuple d'Israël. Tadam ? (?) Quand il irait, il semblerait que ce soit le chemin que l'humanité va emprunter. C'est-à-dire qu'elle va chercher au niveau de l'intellect, elle va chercher au niveau de la chrétienté, elle va chercher au niveau de l'islam, et c'est seulement après que le peuple d'Israël pourra dire ce qu'il a à dire.
Pourquoi ne s'est-il pas dit: Ein Borei Oulay (?) ? Peut-être qu'il faudrait se juger ou pas ? Oui. Pourquoi n'y a-t-il pas une soubya (?), une question, à HaKadosh Baroukh Hou, le Père ? Bien. C'était le premier cours, mais c'est directement en rapport avec ce qui va se passer là. Il ne peut pas dire cela, parce que cela a été soulevé par le philosophe, qui lui a dit: « Mais non, Dieu ne s'intéresse pas à toi. » Qu'a-t-il répondu, lui ? Il dit: « Moi, j'ai vécu autre chose. Moi, j'ai vécu un rêve. »
D'accord, tu peux me faire un doctorat sur le fait que Dieu ne s'intéresse pas à nous, mais moi, j'ai vécu une expérience très particulière. Ça, c'est une koucha (?), une difficulté très grande. D'après Rabbi Yehouda HaLevi, toute personne qui cherche la vérité a vécu un rêve. Toute personne a rencontré quelque chose qui est au-delà de la vie matérielle, au-delà de la vie rationnelle. Il y a quelque chose qui dépasse... J'ai du mal à trouver des réponses rationnelles, justement.
La chrétienté va jusqu'au bout. Elle dit: « Non, non, non, la émouna est irrationnelle, totalement irrationnelle. Tu ne peux rien comprendre, et c'est comme cela qu'il faut l'accepter. » L'islam se rapproche du rationnel, mais en étant très, très réducteur, puisqu'il dit que le rationnel passe uniquement par les textes en arabe, puisque c'est avec l'arabe que tu vas comprendre, etc. C'est donc très, très réducteur. Mais il se rapproche du rationnel par rapport à la chrétienté, qui est fondée uniquement sur l'émotion religieuse.
Donc oui, il a vécu quelque chose. C'est cela qui le pousse, c'est cela qui le pousse dans sa recherche. Très fort. Que veut dire cela ? Que toute l'humanité, si elle cherche la Hémet (?), pourra y arriver. Même le roi des Khazars est arrivé jusqu'au rabbin, et il va pouvoir y arriver. Maintenant, faites très attention: la vérité n'est pas de devenir juif. C'est-à-dire ? …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
. Avec le Rav Partouche, redécouvrez le dialogue qui oppose la Emouna d'Israël à la philosophie, la chrétienté et l'islam — et comprenez pourquoi cette œuvre du XIIᵉ siècle reste d'une actualité brûlante.
- 11
Yaakov contre Essav : Israël, la chrétienté et le divinPourquoi le peuple d'Israël sur sa terre répond à la chrétienté, selon le Kouzari et Vayikra. - 12
Le Coran face à la Torah selon le KouzariComment le sage de l'islam présente le Coran comme une nouvelle Torah et la fin de la prophétie. - 13
Le sage de l'islam face au roi des KhazarsLe Kouzari confronte la prophétie du Coran à celle du peuple d'Israël, témoin collectif du divin. - 14
L'arrivée du Khaver et la émounaLe Kouzari présente le Khaver, le savant qui vient vers le roi des Khazars, et ce que sa venue dit de la émouna. - 15
émouna, raison et doute : Kant face au KouzariPourquoi la émouna ne peut se fonder sur le seul raisonnement, selon le dialogue du roi des Khazars. - 16
De quoi vivons-nous vraiment : l'émouna vécueLe Rav Partouche montre que l'émouna naît de l'expérience vécue, non de la seule étude, et que la vie tient à Hachem. - 17
La racine Oman et l'artiste qui fait entrer l'abstrait dans le concretComment l'émouna se comprend à partir de l'artiste, de son œuvre et de l'intériorité rendue visible dans la matière. - 18
Hineni : la réponse d'Avraham et l'émouna comme acteLe cours distingue l'émouna du savoir et du ressenti, et explique le mot Hineni d'Avraham comme disponibilité à Hachem. - 19
Le Khaver, la émouna et le Dieu de nos pèresLe Khaver affirme sa émouna dans le Dieu qui a fait sortir Israël d'Égypte, et pourquoi ce vécu prime sur la seule raison. - 20
Le Mashal du roi d'Inde et le dévoilement d'HachemPourquoi le Kouzari use d'une parabole lointaine pour faire passer de la spéculation à la émouna vécue.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav