Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

La prière, petit luminaire qui reçoit du grand

Rav Aviner oppose l'étude, qui est parole de Dieu à l'homme, à la prière, parole de l'homme à Dieu.

43 min

Rav Shlomo Aviner

Ensuite : La prière des jeunes filles face à la famille, 3 min

En bref

Le Rav Shlomo Aviner explique que la prière et l'étude de la Torah sont les deux services divins essentiels, et que l'étude doit précéder la prière pour purifier les émotions avant de les exprimer devant Dieu. Il montre que la prière n'est pas un moyen d'obtenir des biens matériels mais un déversement de l'âme vers Dieu, illustré par l'histoire d'un juif de Russie qui, égaré dans la neige, trouve la vraie prière en priant pour que le nom de Dieu soit sanctifié. Il conclut que les aspirations nobles sont le cœur de la prière, et que l'intelligence et le sentiment doivent marcher ensemble.

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Le sujet qui nous préoccupera ce soir est au sommet de la spiritualité, comme disent nos sages: la prière, Boroumo Chololam, au sommet du monde. La prière est l'adoration divine à travers l'émotion, à travers le sentiment.

Elle est construite par diverses forces de la personnalité qui s'affrontent et se complètent. Mais les deux forces essentielles sont l'intellect et le sentiment. D'autres forces, comme l'imagination et la volonté, sont des forces adjointes. L'essentiel, c'est l'intellect et le sentiment.

Celui qui est caduc dans l'une de ces deux forces boite spirituellement. Il est impossible de vivre sans sentiments, sinon on est un être sec et creux. Et à plus forte raison sans intellect: on est une girouette instable. Il faut les deux.

En grande harmonie. En effet, l'intellect, la réflexion, l'intelligence et le sentiment sont foncièrement différents. Le sentiment est instable: vous ressentez quelque chose le matin, deux heures après, c'est disparu, comme une nuée de l'aube. Alors que l'intelligence, ce qu'on a compris, on l'a compris pour toujours.

Le sentiment est très facilement sujet à l'erreur. Le juge condamne à mort cette personne, et alors il voit sa femme avec deux nourrissons qui pleurent: il risque de changer d'avis. « Non, non, non ! Ce type-là, c'est un assassin ! À cause de lui, il y a vingt veuves et quarante orphelins. » Ne craquez pas le sentiment: il est facilement sujet à l'erreur.

Alors que l'intelligence peut se construire dans la vérité. Elle recherche la vérité, elle se vérifie à travers la critique mutuelle, à travers l'universalité des messages. Mais parfois l'intelligence est sèche: « Ça, ça me touche pas, ça m'intéresse pas. » Alors que le sentiment pénètre dans les profondes arcanes de la personnalité. Il est doux, il est sucré. Bref, pour avoir une personnalité complète, il faut les deux. Et il faut servir Dieu par les deux, puisque c'est pour ça que nous sommes sur terre.

Lorsqu'on sert Dieu par l'intelligence et par le sentiment, on a une personnalité profondément ancrée dans l'attachement divin, et il y a des corollaires de comportements droits et justes, des vertus, des mitsvot. Le service divin par l'intelligence, c'est l'étude de la Torah. On étudie la Torah: des heures, des semaines, des mois, des années, des siècles, des millénaires. Avodat Hachem shebassekhel: on sert Dieu par notre intelligence. On travaille Dieu par notre intelligence, et on travaille notre intelligence: on la forge à travers l'étude de la Torah. Et la prière, c'est le service divin. Évidemment.

Toutes les mitsvot construisent le sentiment ennobli envers Dieu, et également l'intelligence ennoblie, mais pas avec la même force que l'étude et la prière. Ces deux services divins sont donc absolument nécessaires, mais il y a quand même une différence: comme nous l'avons dit, le sentiment est fugace, il est susceptible d'être erroné, alors qu'à propos de l'intelligence, nous avons de plus grandes garanties de profondeur.

Qui plus est: qui parle dans la prière ? C'est l'homme qui parle à Dieu. Et dans l'étude, c'est Dieu qui parle à l'homme. Point de différence, que vous étudiiez la Torah, la Michna, la loi écrite, la loi orale, ou les paroles et les écrits de nos sages contemporains: c'est Dieu qui parle à travers eux. Alors que dans la prière, c'est nous qui parlons à Dieu. Avec la grande valeur de l'homme qui parle à Dieu, mais c'est incommensurable relativement à Dieu qui parle à l'homme. C'est pourquoi la maison d'étude est plus sacrée que la maison de prière: Beit Hamidrach yoter kadosh mi Beit HaKnesset. C'est pourquoi on a le droit de transformer la maison de prière en maison d'étude, car Ma'alin BaKodesh: on grimpe dans le sacré. Mais on n'a pas le droit de transformer une maison d'étude en maison de prière.

Car Ein moridin. Évidemment, dans la maison de prière, il y a également de l'étude, et dans la maison d'étude, il y a également des prières. Mais il reste à savoir quel est l'essentiel. C'est pourquoi nos sages se sont servis de l'image suivante: l'étude, c'est le grand luminaire, et la prière, c'est le petit luminaire.

Le grand luminaire, c'est le soleil, et le petit luminaire, c'est la lune. Et la lune reçoit sa lumière du soleil. Alors si la lune reçoit la lumière du soleil, à quoi bon la lune ? Il n'y a qu'à prendre directement du soleil. C'est comme cette boutade d'enfant, qui ne comprend pas pourquoi Dieu a créé la lune pendant la nuit. « Pendant la journée, c'est clair. Il n'y a pas besoin du soleil, il suffit d'une lune. Mais la nuit, il fait noir, alors pourquoi il y a une petite lune ? »

C'est la boutade enfantine, célèbre. Oui, c'est vrai que la lumière de la lune vient du soleil, mais le soleil est de l'autre côté, on ne le voit pas. Et le clair de la lune est quand même très utile, comme il est écrit: « Au clair de la lune, mon ami Pierrot, prête-moi ta plume pour écrire un mot... » etc.

C'est pourquoi on raconte dans le traité Chabbat, page 10, recto, l'histoire suivante. Il y avait des sages qui étaient en train d'étudier, et un sage a dit: « Allez, allez, allez, prière, prière ! » Et « Rom », comment disent les Ashkenazes ? « Mincheh, mincheh. » Alors l'autre l'a vertement tancé: Mesir ozeno mishmoa Torah, gam tefilato to'eva: celui qui détourne son oreille d'écouter la Torah, sa prière est une abomination.

Et pourquoi cela ? Parce que dans la prière, nous déversons vers Dieu le trop-plein de nos émotions. Mais peut-être que nos émotions sont illégitimes, perverses, sales; ça arrive qu'on ait des sentiments pervers. Alors, tout d'abord, il faut étudier la Torah afin de cribler nos émotions, de savoir lesquelles sont légitimes, lesquelles sont sacrées, et lesquelles doivent trouver leur chemin vers les WC. Comme le corps humain qui absorbe de la nourriture et qui expulse des résidus empoisonnés.

Le traité Moed Katan, page 19 peut-être, raconte l'histoire d'un homme qui était amoureux d'une fille. Mais la fille était amoureuse d'un autre, et puis elle s'est mariée avec l'autre. Alors l'homme en question a dit: si c'est comme ça, alors qui meurt ? Qu'elle meurt, ou que moi je meure ? Ça, c'est shakespearien. Comment s'appelait l'autre ? Hamlet, Desdemone. C'est bon pour Shakespeare.

Mais son maître a vu ça, avec une flamme si grande, et lui a dit: « Arrête ton char ! Ce n'est pas comme ça qu'on prie. Ta prière est illégitime. » « Mais ça vient des profondeurs de mon cœur ! » « Eh bien, ton cœur est plein de saloperies, malheureusement. Et pas seulement le sien, le nôtre aussi. Le cœur, parfois, est plein de saleté. Ce n'est pas notre faute. On est des êtres humains, on n'est pas des anges. »

Il y a des égouts de pulsions instinctuelles qui roulent par millions de mètres cubes dans les profondeurs de notre être. Le célèbre Hyde de Freud. C'est comme ça. Abraham avinou …

Cours d'Orot veKelim

Dans la même série

Réponses aux questions halakhiques pratiques du quotidien. Le Rav Aviner répond aux interrogations des étudiants sur la loi juive.

  1. 26
    Le mazal dans le mariage selon la Guemara
    Le couple n'est pas écrit d'avance : il se construit, et l'apparence ne doit pas primer.
    8 min
  2. 27
    Choisir la date d'un lancement d'entreprise
    Pas de jour favorable en soi : la superstition du Yerouch est interdite, le choix reste libre.
    3 min
  3. 28
    Étudier la nuit et le sommeil selon Maïmonide
    Le Rav Aviner rappelle que l'étude nocturne est louable mais qu'il faut dormir suffisamment, de jour ou de nuit.
    3 min
  4. 29
    Sionisme et yeshiva : monter, construire, servir
    Le Rav Aviner répond aux objections sur Herzl et l'armée, et montre que monter en Erets Israël relève de la Torah.
    8 min
  5. 30
    La prière, petit luminaire qui reçoit du grand
    Rav Aviner oppose l'étude, qui est parole de Dieu à l'homme, à la prière, parole de l'homme à Dieu.
    En cours de lecture
  6. 31
    La prière des jeunes filles face à la famille
    Comment prier sans honte quand la famille ne prie pas, et le minimum de prières requis pour les femmes.
    3 min
  7. 32
    Faire travailler un non-juif : quand est-ce permis
    Préférer un juif, sauf écart de prix important : les avis des sages sur la marge admise.
    4 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav