Israël et la Torah : qui est plus grand ?
Le midrash d'Eliyahu, et le premier précepte de Michpatim : libérer l'esclave hébreu.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Les tentures du Mishkan et l'excédent de la Yeriya, 39 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente la paracha Teroumah dans le cadre du couple Yitro-Mishpatim, qui suit la naissance du peuple d'Israël et lui donne la Torah comme code de son identité. Il s'appuie sur le Tana Dévé Eliyahou pour montrer qu'Israël et la Torah ne peuvent se penser l'un sans l'autre, et que les Mishpatim, lois détaillées, sont elles aussi données au Sinaï. Il explique enfin le premier précepte de Mishpatim, la libération de l'esclave hébreu, comme fondement de toute la Torah : sa libération, même contre sa volonté, vaut pour la dépendance intellectuelle et spirituelle autant que pour la servitude physique.
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On le dit parce que nous nous rappelons le principe, très enrichissant, des zougiot de parachiot, les couples de paracha. Depuis que nous avons ouvert le livre de Chemot, nous avons eu les paracha concernant la sortie d'Égypte: Chemot, Vaéra, les préparatifs, Bo, Beshalach, la sortie d'Égypte à proprement parler, y compris la traversée de la mer Rouge et le cantique de la mer dans la paracha de Beshalach.
Et nous voilà maintenant arrivés au couple Yitro et Mishpatim. Comme nous l'avons dit, après la naissance du peuple d'Israël, c'est-à-dire après les épisodes de la sortie d'Égypte, le peuple d'Israël reçoit sa carte d'identité, Téoudat Zéhout, la première carte d'identité du peuple d'Israël, qui s'appelle la Torah. La Torah est, à proprement parler, le reflet de cette identité nouvelle, née du passage de la mer, de la sortie d'Égypte et surtout du passage de la mer Rouge. Nous avons vu que, du plus grand au plus petit, il s'agit d'un événement constitutif du peuple d'Israël. À ce moment-là, il est temps de lui donner le code de la Torah, le code interne de l'identité historique de ce peuple, qui va se refléter à travers deux paracha, Yitro et Mishpatim.
Nous allons tout de suite définir pourquoi deux paracha et une seule ne suffirait pas. Mais avant cela, il faut citer la chose suivante. Au moment où le peuple d'Israël reçoit la Torah, une grande question se pose: qu'est-ce qui est le plus important ? C'est une question très souvent débattue, et c'est pour cela que je voudrais en parler à l'ouverture de la paracha de Mishpatim.
Qu'est-ce qui est plus important ? Israël, ou la Torah de ce peuple ? On voit que les premières paracha nous parlent de la naissance du peuple, alors que les paracha de Yitro et de Mishpatim nous parlent de la kabbale, de la réception de la Torah par ce peuple. Je voudrais citer en exergue un midrash qui se trouve dans le Tana Devé Eliyahou. C'est un midrash très ancien et très important, attribué à l'enseignement du prophète Élie. Il existe un grand et un petit Tana Devé Eliyahou, Rabba et Zouta.
Dans ce midrash, on demande à Eliyahou: « Cha'alou oti talmidaï », mes élèves m'ont demandé: « Mi Chachouv, mi Gadol, qui est plus grand que qui ? Israël est-il plus grand que la Torah, ou la Torah est-elle plus grande qu'Israël ? »
Je leur ai dit: « Dites-le vous-mêmes. » En général, quand un élève pose une bonne question, il a sûrement aussi une bonne réponse. Parfois. Ils avaient effectivement une réponse en tête, et ils m'ont dit: « Bien sûr, la Torah est plus importante qu'Israël. » C'est cette Khemda Gnouza dont nous parlions la semaine dernière, ce trésor caché dans les armoires divines, si je peux dire, et donc bien sûr elle est plus grande qu'Israël.
Eliyahou leur a alors répondu: « Ça, c'est votre opinion, mais ce n'est pas la mienne. Moi, je dis qu'Israël est plus grand que la Torah. » Vous êtes étonnés ? Qu'est-ce que cela veut dire, « Israël est plus grand que la Torah » ? Bien sûr, il s'agit d'Israël avec la Torah. Que veut dire « Israël est plus grand » ? Cela veut dire que, s'il n'y a pas de peuple, de nation, qui soit le vecteur de la réalisation de cette Torah, alors la Torah peut
rester, comme on l'a dit, au ciel, comme nous l'avons prouvé la semaine dernière d'après ce texte du Talmud. La Torah ne sert alors à rien, finalement, est inutile, puisque les êtres divins sont des êtres entièrement dépourvus de libre arbitre. La Torah est donc faite pour Israël. Et donc, quelque part, Israël est plus important, ou plus grand, que la Torah. Mais cela veut dire, bien entendu, Israël avec la Torah.
Ceci dit, lorsqu'il y a incompatibilité, par exemple lorsque le peuple d'Israël, à un niveau qui n'est même pas zéro, à un niveau d'idolâtrie, va sortir d'Égypte, c'est bien ce peuple-là qui sera sauvé de la mer Rouge, alors que les Égyptiens, qui sont eux aussi idolâtres, vont être engloutis dans les flots. Sans aucun doute, le peuple d'Israël recevra la Torah, et en tant qu'il la recevra, il est plus grand, il est premier par rapport à la Torah.
Vous vous rappelez qu'il y a Béréchit Bara Elohim. Une des façons de lire ce verset, d'après le midrash, n'est pas « au commencement Dieu a créé le monde », mais Beit Réchit: il y a deux choses qui s'appellent Réchit, deux choses qui s'appellent commencement. La Guemara nous dit que l'une est Israël et l'autre la Torah. Réchit Darko, c'est la Torah, et le peuple d'Israël est également appelé Réchit. Il y a donc deux commencements, deux choses pour lesquelles le monde mérite d'être commencé, d'être initié. Mais lequel est le plus important ? Israël, mais pas Israël en tant que tel: Israël en tant que nous savons d'où il vient et où il va. Et puisqu'il est porteur [...]
Ceci était une introduction, pour établir l'équilibre entre les paracha concernant le peuple d'Israël au début du livre de Chemot, et les paracha concernant la Torah que nous venons de commencer avec Yitro et que nous poursuivons avec Mishpatim.
Pourquoi deux paracha concernant la Torah ? C'était notre question ? Je crois que les choses sont claires. Dans la paracha de Yitro, nous trouvons les Assérèt Hadibrot, les dix commandements, les dix principes fondamentaux que la Torah vient enseigner, dans les trois catégories de la moralité de l'homme: bein adam lamakom, entre l'homme et le Créateur; bein adam lahavero, entre l'homme et son prochain; bein adam lo atsmo, entre l'homme et l'idéal de lui-même.
Mais après ces grands principes vient la paracha de Mishpatim, qui commence par les mots Véèlé, chapitre 21: « Véèlé hamichpatim achèr tassim lifnèhem », « Et voici les lois que tu placeras devant eux ». Nous l'avons déjà appris une fois. Mishpatim, ce ne sont pas les grands principes du décalogue. Mishpatim, c'est le détail des détails de l'application de ces grands principes. Si c'est ainsi, on peut se demander si les détails ne sont pas l'œuvre, je ne sais pas, de qui que ce soit d'autre, de rabbins
ou de philosophes religieux, ou je ne sais de qui encore. La Torah vient nous dire non: Véèlé. Nous avons déjà appris que lorsque le mot Élé, « voici », est employé, il introduit une césure, une rupture entre ce qui précède et ce qui suit. Mais lorsqu'il y a Véèlé, « et voici », c'est pour nous dire que l'un est la continuité de l'autre, et c'est ce que dit Rachi.
Rachi, sur Véèlé hamichpatim, nous dit: de la même façon que les premiers ont été donnés au Sinaï, Maharichonim mi-Sinaï, afilou mi-Sinaï, ceux-ci aussi ont été donnés au Sinaï. Rappelez-vous que Sinaï est l'un des noms de Dieu. Sinaï, c'est 26 fois 5, le tétragramme Yod Hé Vav Hé multiplié par 5. Ça fait combien ? 26 fois 5, c'est 26 fois 10 divisé par 2, ce qui …
Cours d'Orot veKelim
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