La sortie d'Égypte et la naissance d'une nation
Pourquoi la Torah passe de Béréchit à Chemot : des identités individuelles à un peuple, et la sortie d'Égypte comme naissance d'Israël.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Le veau d'or et la vache rousse : deux portes de la Torah, 35 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun ouvre le livre de Chemot en expliquant pourquoi la Torah est nommée « cinq cinquièmes » : un seul ensemble divisé en cinq livres, chacun portant la Torah entière. Il montre que Chemot marque un passage de l'identité individuelle des pères, dans la Genèse, à l'identité collective des fils, avec la naissance du peuple d'Israël. Il enseigne enfin la structure du livre (naissance du peuple, don de la Torah, construction du Mishkan) et la différence entre l'émouna des pères, fondée sur la confiance dans les promesses, et celle des fils, qui doit tenir lorsque ces promesses se réalisent.
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Chalom. Nous ouvrons maintenant le livre de Chemot. Quand je dis que nous ouvrons le livre de Chemot, il faut se poser la question: pourquoi y a-t-il un autre livre ? Puisque nous avons terminé la paracha de Béréchit, on pourrait commencer la paracha de Chemot sans avoir besoin d'ouvrir un autre livre. Est-ce que vous voyez ce que je veux dire ?
La question que je pose concerne ce qu'on appelle Hamicha Houmchei Torah. On est tellement habitué à l'expression « les cinq livres de la Torah » que l'on ne voit pas que ce n'est pas la traduction exacte. Houmach veut dire un cinquième, il vient du mot Hamech, la fraction, un cinquième. Littéralement, Hamicha Houmchei Torah veut dire les cinq cinquièmes de la Torah.
Les cinq cinquièmes, c'est-à-dire cinq qui sont un. Pas besoin d'être sorti de très haut pour comprendre que cinq cinquièmes font un. Les cinq livres ne sont donc pas divisés, puisqu'ils forment un seul ensemble. L'intention, c'est qu'il y a ici une Torah, mais elle ne peut pas être contenue dans un seul livre. Il y a bien sûr des livres de la Torah, il y a même des livres du Tanakh réunis en un seul volume, mais ce n'est pas une question de typographie, ce n'est pas pour que
ce soit moins lourd. Dans le Sefer Yetzira, l'un des plus anciens livres de la Kabbale, attribué à Avraham Avinou, il y a une expression: « Ve-Sefer, ve-Sefer, ve-Sipour ». Le Gaon de Vilna explique que Sefer ne signifie pas seulement un livre. Cela désigne d'abord un niveau de révélation, une dimension de révélation qui se manifeste par ce que nous appelons un livre, mais pas au sens de l'édition: il ne s'agit pas de dire qu'il y a dix volumes alors qu'il vaudrait mieux n'en avoir qu'un seul.
Ce n'est pas cela la discussion. La discussion porte sur la différence entre le Sefer Béréchit et le Sefer Chemot. Pourquoi faut-il passer à une dimension complètement nouvelle, qu'on appelle Sefer Chemot ? Pourquoi faudra-t-il ensuite passer à un autre Sefer, Vayikra, puis à Bamidbar et Devarim ? Hamicha Houmchei Torah: chacun est une Torah en soi, et pourtant les cinq ensemble constituent la Torah seulement à eux tous. C'est clair ?
La réponse à la première question essentielle, je pense que vous avez déjà une idée: qu'est-ce qui change profondément ? Quelle est la mutation qui se fait entre le Sefer Béréchit et le Sefer Chemot ? Le livre de Béréchit parle d'identités fondatrices au pluriel individuel. Après quelques chapitres concernant la création du monde, puis quelques chapitres un peu plus longs concernant les soixante-dix nations, du sein de l'identité humaine va se créer l'identité d'Avraham. Dans le creuset de l'humanité sort Avraham l'Ivri, celui qui est Ever, Kol Olam, « de l'autre rive », et qui fait passer sur l'autre rive ceux qui en sont capables. Avraham, Yitzhak, Yaakov, Yosef: nous en avons parlé la semaine dernière, ce sont douze identités, il n'y en a pas une seule. Ce sont douze identités singulières, qui devront apprendre la fraternité, ce qui est déjà le début de ce qui nous occupe.
Lorsque, à la fin du livre de Béréchit, la fraternité commence à s'établir, ils sont tous capables de dire à Yosef, dont ils ignorent encore qu'il est Yosef, car ils voient en lui le vice-roi d'Égypte: « Nous sommes tous fils d'un même père. » À partir de ce moment-là, les douze fils de Yaakov commencent à devenir les douze tribus d'Israël. Et là, tout bascule, et l'on arrive à notre livre nouveau: Véélé Chemot Bné Israël.
Vous savez qu'il y a parfois Éléh et parfois Véélé. Ici, c'est Véélé: « Et voici les noms des enfants d'Israël, les venus en Égypte, haba'im Mitsraïma; avec Yaakov, chacun est venu avec sa maison, sa famille. » La dimension de clan, de multiplicité, est déjà là. Le mot Véélé n'est pas toujours celui qui est choisi. Parfois il y a Éléh. Quelle est la différence ? Le midrash nous le dit très clairement: quand il est écrit Éléh, c'est posek et haRichonot: cela vient rendre caduque ce qu'il y avait avant, c'est un nouveau commencement. Quand il est écrit Véélé, c'est mossif al haRichonot: cela vient ajouter à ce qui était là auparavant. Par exemple, Éléh Toldot Noa'h rend caduc ce qui précédait.
Ici, il s'agit à la fois de l'un et de l'autre, et c'est cela qu'il faut comprendre. On a souvent dit que la réalité dont la Torah nous parle, la réalité créée par le Créateur, est très souvent double, paradoxale. D'un côté, il s'agit d'un tout nouveau livre, de quelque chose d'absolument et radicalement nouveau, une dimension nouvelle. Mais en même temps, cette dimension nouvelle ne peut prendre corps que sur la base du Véélé, sur la base de ce qu'il y avait dans le Houmach précédent.
C'est là que nous allons introduire ces notions. Le livre de Béréchit est le livre des pères. En hébreu, le mot av veut aussi dire principe. Par exemple, Arba Avot Nezikin, au début de la Michna de Baba Kama, ce sont les quatre principes de dommage. Un père est quelqu'un qui a des fils; un principe est quelque chose qui donne naissance, qui a des toladot, des engendrements, des dérivés. C'est le même mot: av et toladot, le père et ses engendrements. Sachez d'ailleurs que le mot av lui-même le dit: alef, bet, comment l'un devient deux, comment l'unique devient multiple tout en restant unique.
Je fais une parenthèse, parce que je vois que ce n'est pas suffisamment clair. Quand vous serez papa, si Dieu le veut, bientôt, vous verrez qu'il y a dans cette expérience quelque chose d'exceptionnel, d'inouï. Quand vous voyez une famille avec plusieurs enfants, vous vous dites: ces enfants-là, c'est clair, voilà le papa, voilà la maman, ils ont tous quelque chose, ça ne trompe pas, on sait que ce sont les enfants de ce père et de cette mère. On ne parle pas ici des cas un peu difficiles. Mais,
d'un autre côté, les enfants entre eux sont radicalement et totalement différents. Les éducateurs vous diront surtout: ne va pas éduquer un enfant en lui disant « Pourquoi tu n'arrives pas à faire ça ? Ton frère, lui, il fait… ». C'est la pire des choses. Son frère, c'est son frère, et lui, c'est lui. Ce sont des mondes totalement et radicalement autres, et pourtant il y a quelque chose d'absolument homogène chez chacun d'eux, très difficile à définir. Une unité qui devient multiple tout en restant unité.
C'est cela qui est constitutif de la génération des pères, le Houmach Béréchit, l'identité du père. À partir de Chemot, Véélé désigne les identités des fils, et ces identités vont être multiples. Comme vous l'avez dit, un grand peuple va devenir, à partir des douze fils de Yaakov, les fameux soixante-dix qui sont énumérés au début de notre paracha: Chiv'im nefesh, verset cinq. Ce sont les soixante-dix, comme les soixante-dix nations. Soixante-dix, c'est le chiffre de la multiplicité. Voilà comment l'unité …
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