Vayera : la double nature de la réalité et l'Akeda
Pourquoi les parachiot vont par couples, et comment Chochmah et Binah relient la connaissance à la vie.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : L'échelle de Jacob et le mot makom, 35 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun explique que les parachiot de la Torah vont par couples, parce que toute réalité créée est double : une connaissance objective (Chochmah, savoir que quelque chose existe, comme Shabbat) et une connaissance relationnelle (Binah, savoir comment s'y relier). Il développe ensuite la paracha Vayera : les dix épreuves d'Abraham, dont la ultime est la Akedat Yitzhak, qu'il présente comme un attachement et non un sacrifice. Le cours s'achève sur Har Moria et l'idée d'une liaison entre le ciel et la terre, symbolisée par la nuée attachée à la montagne, ainsi que sur la double Jérusalem d'en haut et d'en bas.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom. Nous voici donc dans la quatrième paracha du livre de Béréchit, la paracha de Vayera. Vous vous souvenez certainement que, dans notre dernier cours, nous avons appris un principe très important, celui des couples de parachiot, c'est-à-dire que les parachiot vont par couple. Il est peut-être nécessaire d'ajouter quelque chose que nous n'avons pas dit la dernière fois. Si elles vont par couple, je dirais presque d'une façon triviale, c'est parce qu'elles ne peuvent pas aller toutes seules.
Je veux dire par là que ce principe vient nous apprendre que la réalité tout entière, comme nous l'avions appris dans le tout premier cours, est double, duelle. La réalité que Dieu a créée, le Midrach nous dit, dans Béréchit Rabba, que tout ce que Dieu a créé l'a été à l'image de l'homme, Zakhar ouNekeva, mâle et femelle. Cela a certainement diffusé dans toutes sortes de cultures, le yin et le yang, et je ne sais pas quoi, mais en tout cas, il faut savoir que toute réalité créée
est forcément créée avec deux aspects. Un aspect vient nous apprendre que la chose existe, proche de ce qu'on appelle la connaissance objective. Et puis un aspect vient nous dire que la chose dont on parle n'existe pas seulement de façon objective, mais qu'elle a aussi un rapport avec moi, subjectivement si vous voulez. Voilà comment moi je peux me relier à cet enseignement, ou à cette chose dont tu me parles maintenant.
Prenons le cas de Chabbat. Si Dieu ne nous avait pas enseigné l'existence de Chabbat, si la Torah ne nous avait pas enseigné l'existence de Chabbat, jamais on n'aurait pu l'inventer. On aurait pu inventer un jour de repos hebdomadaire. Beaucoup de civilisations dans le monde ont compris qu'on ne peut pas faire marcher la machine, y compris la machine humaine, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Même au début du communisme, où l'on avait essayé de faire travailler les gens tout le temps, parce que le productivisme était essentiel, très rapidement on s'est rendu compte qu'il faut un jour de repos. On a essayé de faire que ce ne soit pas chaque semaine, mais finalement on est revenu à une fois par semaine.
Mais Chabbat n'est pas un jour de repos hebdomadaire, en tout cas certainement pas uniquement. C'est tout à fait autre chose, on en parlera probablement un jour. Si on ne m'avait pas révélé que Chabbat existe, jamais je n'aurais pu inventer Chabbat. Ça, c'est le premier type de connaissance, qu'on appelle Chochmah. Mais il y a un deuxième type de connaissance, qu'on appelle Binah. Binah veut dire également connaissance, mais c'est un type de connaissance qui, Bein, veut dire « entre ». Il s'agit de savoir comment nous nous relions à ce dont tu nous as appris l'existence. Tu nous as appris l'existence de Chabbat: Chabbat existe, c'est objectif, c'est réel. Mais je n'ai pas de relation avec lui. Vient alors une connaissance du type Binah, pour me dire et m'enseigner comment je vais me relier à ce que tu m'as enseigné.
C'est dans cet esprit qu'il faut comprendre l'enseignement du Rav Tzvi Yehouda Kook, que nous citions précédemment, concernant le fait que les parachiot vont par couple. Par exemple, nous avons dit que les parachiot Lekh Lekha et Vayera sont les deux parachiot d'Abraham, n'est-ce pas ? Viendront ensuite deux parachiot concernant Yitzhak, puis deux parachiot concernant Yaakov, etc. Nous nous étions demandé pourquoi il en faut deux. La première pour Abraham. Rappelez-vous ce que nous avons appris la semaine dernière: on ne nous dit pas qui était vraiment Abraham. On nous dit que Dieu a choisi Abraham, que Dieu a parlé à Abraham, et ça a été le sujet du cours de la semaine dernière. Vous pouvez vous y reporter.
Maintenant, par contre, dans la paracha de Vayera, c'est là que, de façon beaucoup plus centrale, beaucoup plus concentrée, nous allons faire connaissance avec le personnage d'Abraham. Comment dire ? Comment allons-nous nous relier à ce personnage exceptionnel dont nous sommes, quelque part, les descendants ? La paracha tout entière est vouée à celui que nous avons appelé l'activiste, le premier activiste hébreu. Cet activiste va traverser toutes sortes de choses, il va réaliser toutes sortes de choses afin de faire exister essentiellement la vertu dont il est porteur, dont il est le vecteur: Midat HaChessed, la vertu de générosité.
Mais à la fin de toutes les épreuves, et nous allons dire quelques mots sur la notion d'épreuve, je suis important, à la fin de toutes les épreuves qu'il va traverser, viendra la dixième et ultime épreuve, qui s'appelle Akedat Yitzhak, le sacrifice d'Isaac, le sacrifice de son fils. Ou plus exactement, comme vous le savez, le pseudo-sacrifice. D'ailleurs, en hébreu, Akedah ne veut pas dire sacrifice. Si étonnant que cela paraisse, que veut dire Akedah ? C'est Akod, très bien: attaché, lié. Il aura été nécessaire, et nous essaierons d'en dire quelques mots tout à l'heure, d'attacher Yitzhak et non de le sacrifier. De l'attacher pour qu'il ne puisse pas nuire, car nous verrons que la vertu incarnée par Yitzhak est exactement opposée à celle d'Abraham.
Abraham est Midat HaChessed, vertu de générosité. Isaac, lui, est la vertu de rigueur et de justice. La vertu de générosité dit: donner, donner sans tenir compte de celui qui reçoit. La vertu de rigueur dit: ne donner qu'à celui qui le mérite. Or, d'après la loi absolue, et la loi est toujours absolue, d'ailleurs la loi est toujours à 100 %, qui pourrait dire: moi je suis digne de recevoir ? On n'est pas au ciel pour être des absolus. On est sur terre, où nous sommes en train de réaliser, petit à petit, les absolus du ciel dans le monde historique terrestre. Tout cela sont des notions qui seront très nécessaires pour la suite de notre étude.
Dix épreuves, donc, c'est ce qu'enseigne la Michna de Pirkei Avot, dans le cinquième chapitre. Tout le monde est d'accord là-dessus: Assara nisyonot nitnasa Avraham Avinou, dix épreuves ont été éprouvé Abraham notre père. Soit dit en passant, les commentateurs de cette Michna ne sont pas d'accord. Rachi et Maïmonide ne sont pas d'accord. Quelles sont les dix épreuves du texte biblique qu'a eues Abraham ? Certaines y sont d'accord, bien sûr: Akedat Yitzhak est l'épreuve ultime pour tout le monde. Mais sur les autres, ou certaines des autres épreuves, ils ne sont pas d'accord. Par contre, ils sont tous d'accord qu'il y en a eu dix. D'abord parce que c'est écrit dans la Michna, et puis le dix est le chiffre de la perfection.
Le Maharal de Prague étudie cela abondamment dans plusieurs de ses livres, en montrant que chacun des chiffres jusqu'à neuf s'allie à l'autre pour faire le chiffre dix. C'est une des manières, bien sûr, d'expliquer que le chiffre dix est le chiffre de la perfection. C'est d'ailleurs pour cela qu'on a besoin d'un minyan pour pouvoir prier la prière publique. Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus, mais qu'est-ce qu'une épreuve, d'abord ? Et qu'est-ce qu'un nissayon ? On ne va pas parler que de cela, …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Étude hebdomadaire de la paracha avec le Rav Attoun. Commentaires et enseignements sur les portions de la Torah.
- 3
Lekh Lekha : le choix d'Avraham et le mérite de la nationLe Maharal explique pourquoi Dieu choisit Avraham avant de juger sa justice, et ce que le départ de Our Kasdim engage. - 4
Noé, un juste qui ne transmet pasPourquoi la Torah dit de Noé qu'il était juste « dans ses générations », et ce que révèle le mot toldot. - 5
Toldot : Isaac, prière et engendrementPourquoi la Torah dit qu'Isaac a prié pour sa femme stérile, et ce que la tefila apprend du manque. - 6
Vayehi : les bénédictions de Jacob à ses filsRéouven, Chimon et Lévi : la faute de Réouven et ce que Rachi en retient pour les douze fils. - 7
Vayera : la double nature de la réalité et l'AkedaPourquoi les parachiot vont par couples, et comment Chochmah et Binah relient la connaissance à la vie. - 8
L'échelle de Jacob et le mot makomLe lieu de la rencontre entre la terre et le ciel, et ce que l'échelle du rêve ouvre pour Israël. - 9
Yehouda et Yossef, la rencontre des deux identitésComment la paracha Vayigach montre la greffe de deux perfections, Yehouda et Yossef, dans un seul arbre. - 10
Vayichlach : le verset des douze fils et le YouladPourquoi le texte compte toujours douze fils malgré la faute de Réhouven, et ce que le mot Youlad annonce. - 11
Vezot Haberakha et la lettre propre de chacunMoïse révèle à chaque tribu son identité et le tikkoun qui lui manque, avec l'exemple du Gaon de Vilna et de Yehouda. - 12
Le mois d'Aviv et la sanctification du tempsPourquoi la Torah ordonne le calendrier avant même la sortie d'Égypte, et ce que signifient « ce mois-ci » et « il sera pour vous le premier ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav