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Vayehi : les bénédictions de Jacob à ses fils

Réouven, Chimon et Lévi : la faute de Réouven et ce que Rachi en retient pour les douze fils.

41 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : Vayera : la double nature de la réalité et l'Akeda, 36 min

En bref

Le Rav Yossef Attoun commente la paracha Vayehi, dernière paracha du livre de Béréchit, à partir des bénédictions que Jacob adresse à ses fils avant sa mort. Il explique pourquoi Jacob veut révéler la fin des temps sans y parvenir complètement, selon Rachi, le Rambam et le Ramban. Le cours s'arrête surtout sur Réhouven, l'aîné déchu pour son impulsivité, afin de montrer ce que suppose la fonction d'aîné : savoir qu'on n'est pas complet et accepter la complémentarité avec les autres.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. En espérant que ma voix ne me fera pas défaut, nous allons entamer, avec une certaine émotion, la dernière paracha du livre de Béréchit, la paracha de Vayehi. Vayehi, ça veut dire, du mot haïm, il a vécu. De façon générale d'ailleurs, quand on dit dans le Tanakh la vie de quelqu'un, cela veut dire que cette personne est sur le point de mourir. Reportez-vous par exemple à la paracha de Ḥayé Sara, la vie de Sarah, qui nous parle effectivement de la mort de Sarah. Ce n'est pas notre propos, mais sachez qu'en hébreu on appelle très souvent le cimetière Beït ha-ḥayim, la maison des vivants, et pas seulement par euphémisme. On appelle aussi un aveugle la Shon Sagi Nahor, celui qui est plein de lumière.

Car il est vraiment plein de lumière, de la même façon que le cimetière est vraiment plein de vie. Mais d'un autre genre de vie, une vie certainement beaucoup plus pleine et parfaite. C'est la raison pour laquelle cette paracha, Vayehi Yaakov be'Eretz Mitsraïm (Vayehi Yaakov be-Erets Mitsraïm, cheva esré chana, vayiyhou yemei Yaakov, shnei ḥayav, cheva meot chanim ve-arbaïm ouman chana), la vie de Jacob au pays d'Égypte, en exil, qui est relatée ici, va tout de suite nous amener au verset 29. Vayiqravou yemei Yisraël lamout. Yisraël fut sur le point de mourir. Et au moment de mourir, Vayiqra livno le Yossef, il appela son fils Yossef. Nous avons déjà étudié par ailleurs que Yossef avait l'essentiel des traits de Jacob, même physiquement, mais surtout de caractère.

Il appela donc son fils Yossef et lui dit: Im na matsati ḥen be'eneka, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, sim na yadekha tahat yerekhi, mets ta main sous ma cuisse, ve'asita imadi ḥessed ve'emet, fais-moi cette grâce et cette vérité, al na tiqbereni be-Mitsraïm, jure-moi de ne pas m'enterrer en Égypte. À vrai dire, le serment qu'il fait prêter à Yossef sera celui de Yossef lui-même, puisque Yossef demandera aux enfants d'Israël de ne pas l'enterrer en Égypte, afin qu'ils ne deviennent pas tout simplement un temple d'idolâtrie

à un niveau premier. Mais, comme tout un chacun à la veille de sa mort, et bien entendu à plus forte raison quand il s'agit de Jacob, l'ancêtre, on peut dire même, en utilisant une expression de certains auteurs ḥassidiques, l'âme du peuple d'Israël. Il y a Yisraël Saba, l'âme du peuple d'Israël. Lorsqu'il en vient à mourir, la chose la plus importante qu'il ait à faire est de réunir tous ses enfants pour leur dévoiler des choses qu'il ne leur avait pas dévoilées jusqu'à ce jour.

C'est ce qui se passe à partir du chapitre 49, même tête. Vayiqra Yaakov el banav, Yaakov appela ses fils. Vayomer, il leur dit: He'assefou. He'assefou, ça veut dire, oui, comme Yossef. Assefa, cela veut dire rassemblement. Et Yossef, ça veut dire ajouter; la racine est vraisemblablement la même. Je vous dirai ce qui se passera pour vous à la fin des temps. Et ensuite, verset deux: regroupez-vous, et écoutez-moi, fils de Jacob. Écoutez votre père Israël. Voyez qu'il y a ici deux appellations sur lesquelles, je crois, nous n'avons pas eu l'occasion de nous arrêter. La différence essentielle entre le nom de Jacob et le nom d'Israël indique bien sûr le même personnage, mais deux visages du même personnage. Yaakov, le visage de l'exil; Yisraël, le visage de la rédemption, de la Gueoula.

Il va donc tenter de leur parler des deux catégories historiques, l'exil et le retour. Et il commence par Réouven, remarquez bien. L'ordre des fils qui vont recevoir ici la bénédiction de Jacob avant sa mort... on verra ce que signifie exactement le mot bénédiction ici. On verra qu'il s'agit beaucoup plus de définition d'identité, et encore d'autres choses que nous allons essayer de découvrir. Mais notons tout de suite l'ordre d'apparition des fils de Jacob tels qu'ils sont ici: d'abord Réouven, suivez avec moi, puis Chimon, dans la même phrase. Chimon et Lévi. On n'est pas trop étonné qu'ils soient dans la même phrase: rappelez-vous qu'ils sont tous les deux ḥakhim, ils sont frères dans les combats qu'ils ont menés, en particulier pour délivrer Dina, leur sœur. Réouven, Chimon, Lévi, puis Yehouda.

Jusqu'à présent, est-ce qu'on est étonné de cet ordre ? Pourquoi n'est-on pas étonné ? Pas seulement parce que ce sont les fils de Léa. C'est l'ordre de naissance des quatre premiers fils. Après, les choses se corsent un petit peu. Je ne veux pas trop entrer dans les détails, cela nous prendrait beaucoup de temps. Mais sachez qu'ensuite, pour les fils des deux servantes, Bilha et Zilpa, il y a des changements très significatifs par rapport à l'ordre de leur naissance. Et puis on revient, alors qu'on avait vu les quatre premiers fils de Léa, aux deux derniers: on revient à Yossef et Binyamin, qui ferment la marche, qui ferment la série des bénédictions. Là non plus, on n'est pas trop étonné, car dans ce cas c'est comme pour l'ordre de leur naissance.

En tout cas, sachez qu'il existe de nombreuses études, de nombreux commentateurs qui essaient de comprendre l'ordre d'apparition des tribus. Pas seulement lorsqu'elles sont nées, pas seulement lorsqu'elles reçoivent ici la bénédiction, mais aussi plus tard, lorsqu'elles recevront encore une série de bénédictions. De la part de qui ? De la part de Moshé. Où cela se trouve-t-il ? Oui. De la même façon qu'ici, c'est la dernière paracha du livre de Béréchit, de l'engendrement des pères de l'identité d'Israël; eh bien, ce sera à la fin du livre de Devarim, à la fin de la Torah de Moshé. Et là-bas, l'ordre varie de façon beaucoup plus sensible. Sachez simplement que là-bas on trouvera toujours Réouven en premier, mais on trouvera en second quelqu'un qui apparaît maintenant de plus en plus comme celui qui va prendre la tête, à savoir Yehouda. Yehouda intervient dans les bénédictions de Moshé en second.

Plus tard, dans le livre de Bamidbar, à deux reprises en tout cas, premièrement dans la marche à travers le désert, et deuxièmement dans les korbanot, les sacrifices qui vont être offerts par les chefs des tribus, cette fois ce ne sera plus Réouven qui sera en tête, et ce sera notre sujet. Qui marche en premier dans le désert ? Non, ce n'est pas Lévi. C'est Yehouda. Yehouda batehila. À partir du livre de Bamidbar, Yehouda va commencer à être systématiquement en premier. La tribu de Dan, retenez-le, sera

en dernier. Yehouda ouvre la marche, aussi bien au propre qu'au figuré, alors que Dan ferme la marche, là aussi, au propre comme au figuré. Retenez cela. Ce n'est pas notre sujet, mais c'est un peu notre sujet, car si Réouven est ici encore en premier, comme je l'ai déjà dit en allusion, cela ne durera pas très longtemps. D'ores et déjà, nous allons assister petit à petit à la chute de Réouven. Bekhori ata, Réouven, bekhori Yisraël, l'aîné. Enfin, comme on va le voir, celui qui aurait dû être

l'aîné.

Car être aîné, comme chacun sait, n'est pas une chose très aisée, sachez-le. Y a-t-il des aînés parmi vous ? Oui ? Non ? …

Cours d'Orot veKelim

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