Le Netsiv de Volozhin à travers deux livres
Présentation de deux ouvrages francophones sur la vie, l'œuvre et le contexte du Netsiv.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le psaume 107 et la reconnaissance de la Guemara, 1 h 09
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
En direct sur l'île Maud. Il y a 130 ans, en Pologne, le Kafret Av, un géant de la Torah, a rendu son âme à son Créateur. C'est le natif de Volhynie, le Rav Naftali Tsvi Yehouda Berlin. Un grand, un géant du XIXe siècle. Et donc ce soir, c'est l'azkara. C'est pour ça qu'avec l'île Maud, on s'est donné comme mission de parler ce soir de ce grand… du natif de Volojin, qui représente beaucoup et qui a été novateur sur plusieurs points.
Pour ce faire, on a deux intervenants de haute qualité, ajoutés à l'épingle. Bonsoir Aurel et Revtov. Bonsoir. Et bonsoir au Rav Kling. Il faut allumer le son, je crois. Rav Kling. Ce n'est pas grave, puisque nous sommes avec vous. Bonsoir. Super.
Alors, bon, Rav Kling, on te connaît. Et donc j'aimerais qu'on commence par Aurel. Bonsoir. Est-ce que tu peux nous d'abord te présenter ? Ce soir, on va présenter deux livres qui ont été écrits: un par le Rav Kling, Relever le défi, et le second par toi, Aurel, Creuser la parole. À mon avis, ce sont les deux seuls livres qui ont été écrits en français sur le natif de Volojin, sur sa pensée, sa personnalité, qui il était.
Aurel Medioni: Donc moi, je m'appelle Aurel Medioni. Je suis photographe et, à côté de ça, j'ai une passion de longue date pour les commentaires bibliques. Ce qui m'a amené à m'intéresser au natif, c'est que je me suis d'abord intéressé aux pchat. Et je pense que quand on s'intéresse aux pchat, on s'intéresse évidemment à Rachi, et pas qu'à Rachi, aux Richonim. Donc je me suis intéressé au natif.
Pour le livre, je me suis lancé, un peu avant une paracha de Béréchit il y a trois ans, quelque chose comme ça, à écrire un devar Torah et à le partager sur WhatsApp, en faisant ça justement sur le HaEmek Davar du Netsiv. C'était aussi pour moi une façon de ne pas trop papillonner d'un commentaire à l'autre. J'ai choisi le natif, et quand j'ai commencé à écrire, je me suis dit: si j'écris, il faut aussi le partager. Après, tout ça a fait la matrice d'un livre qui s'appelle Creuser la parole. C'est évidemment un jeu de mots avec HaEmek Davar, qui veut dire approfondir la parole.
— Il y a quelqu'un qui dit qu'on n'entend pas bien…
— Oui, on entend très bien. Toi, si tu peux mieux te cadrer, Aurel, remonter un petit peu, pour qu'on voie tes épaules. Mais on t'entend parfaitement.
Aurel Medioni: D'accord.
— Effectivement, et je crois que toi, quand tu as voulu sortir ce livre, qui suit les parachiyot, c'est-à-dire chaque paracha que tu développes, tu t'es rendu compte avec l'éditeur, Youssef Azoulay, qu'il y avait un ancien livre, une autre génération, que le Rav Kling avait écrit sur le natif. C'est ça ?
Aurel Medioni: Absolument. Moi, je ne le connaissais pas, et on était vraiment à la fin. Youssef, à qui on passe le bonjour, qui a édité finalement nos deux livres, m'avait parlé tout le temps de ce qu'avait écrit Élie, il y a, je ne sais pas, vingt-cinq ou trente ans. On était à la fin du livre et il m'a envoyé une version PDF que je me suis empressé d'imprimer. Effectivement, j'ai trouvé Relever le défi exactement, qui est donc ressorti. Et j'ai trouvé beaucoup d'éléments historiques très intéressants, parce que moi, je me suis effectivement intéressé aux commentaires, mais c'est indissociable de toute cette histoire de la Russie, de l'époque de la yeshiva de Volojin, de la Russie de la deuxième partie du XIXe siècle, des débuts du sionisme, et aussi d'un antisémitisme qui va aller en se renforçant. Le natif est contemporain de toute cette période.
C'est aussi une personnalité extrêmement intéressante et même extrêmement attachante, et ça, je pense qu'Élie va en parler. C'est de ça que nous allons parler. Justement, Rachel, on va parler avec toi du contexte historique. Qu'est-ce qu'on peut dire du natif ? Il est né en 1816. Quel est le contexte historique, et quels sont les défis pour le judaïsme à cette époque ?
Rachel: Bah, écoute, tout le monde sait que le XIXe siècle est le siècle des grands bouleversements à l'intérieur du judaïsme. D'ailleurs, ce sont des bouleversements à l'échelle mondiale également, mais en ce qui concerne le judaïsme, c'est particulièrement frappant. C'est le début des grands mouvements qui vont ensuite définir l'identité juive au siècle suivant. Nous avons évidemment les mouvements de la Réforme, et le mouvement de la Haskala, ce qu'on appelle les Lumières. Le mouvement des Lumières universelles était là avant, mais chez les Juifs, il est venu un petit peu plus tard. Et puis le réveil de la conscience nationale du peuple juif. Ce sont des événements dont les prémices, et quelquefois plus que les prémices, vont être perceptibles déjà au XIXe siècle, ou en tout cas dans la deuxième partie du XIXe, la partie où le Netsiv est le grand Rosh Yeshiva, le recteur de la plus grande yeshiva d'Europe, et sans doute du monde de l'époque.
Et donc ce genre de problème auquel va être confronté ce qu'on va appeler plus tard le judaïsme orthodoxe, c'est-à-dire les Juifs qui continuent à être de grands pratiquants de la Torah et des mitsvot, le juif de la Torah. Certains vont faire comme si le fait même de s'occuper de ce genre de nouveaux mouvements portait atteinte à l'intégrité de leur conception du judaïsme. Et puis il y a ceux, comme le Netsiv, mais ils sont plus rares, qui vont dire: c'est un fait qu'un certain nombre de Juifs décident de réfléchir de manière nouvelle à leur identité juive. Écoutons ce qu'ils ont à dire, et essayons de voir dans quelle mesure on peut donner des réponses appropriées.
Justement, avant de parler des réponses, parce qu'il a donné des réponses originales, et qu'il a pris des positions assez singulières par rapport aux autres grands de l'époque: il paraît qu'au début, le natif de Volojin n'était pas si doué que ça, et qu'il n'était pas prêt à être Rosh Yeshiva. Raconte-nous ça.
Rachel: Non, en effet, il n'était pas… Il est arrivé à Volojin à l'âge de treize, quatorze ans. Il habitait à Mir, une grande ville juive de Lituanie. Son père était connu comme un homme respectable, tam ve-yachar, et en même temps négociant, commerçant. Pour toutes ces raisons, et comme cela se faisait à l'époque, le Rosh Yeshiva de Volojin, le fils du fondateur de la yeshiva, est arrivé à Mir, chez la famille Berlin, pour voir si ce qu'il pressentait avec intuition était juste: s'il pouvait avoir des vues sur le fils de la famille, le jeune Naftali Tsvi Yehouda, pour l'amener d'abord à la yeshiva de Volojin pour qu'il y étudie, et pour qu'il devienne plus tard le Rosh Yeshiva, un successeur de lui-même ou de l'un de ses successeurs. En même temps, comme c'était l'usage à Volojin, il avait également prévu de donner sa fille au natif, et le mariage eut lieu.
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